VATICAN (Ier CONCILE DU)

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Projets et discussions

Les trois premières semaines furent occupées par l'élection des commissions (pour les questions doctrinales, pour la discipline ecclésiastique, pour les droits des religieux et pour les questions concernant les missions et les Églises de rite oriental). Ceux qui s'agitaient en vue d'obtenir la définition de l'infaillibilité du pape réussirent à exclure systématiquement les membres de la minorité de la plus importante, dite « députation de la foi », ce qui ne fit qu'exaspérer les préventions de ces derniers, fort mécontents par ailleurs de ce que le règlement du concile, au lieu d'être élaboré par l'assemblée elle-même comme à Trente, lui avait été imposé d'en haut par le pape (constitution Multiplices inter, du 27 novembre 1869, modifiée ultérieurement sur certains points par le décret du 22 février 1870).

Le 28 décembre, on aborda l'examen du premier projet de constitution dogmatique, contre les erreurs issues du rationalisme moderne. Ce schéma fut très critiqué, même du côté de la majorité : on le trouva obscur et trop technique, trop peu inspiré par des préoccupations pastorales, trop affirmatif sur les points librement discutés entre théologiens catholiques. Après six séances, les présidents annoncèrent qu'il serait renvoyé en commission pour être refondu et qu'on aborderait en attendant les schémas sur la discipline ecclésiastique.

Dans l'idée de beaucoup, l'adaptation du droit canonique avait été considérée comme la tâche principale du concile. Vingt-huit schémas avaient été préparés par la commission pour la discipline et dix-huit autres, très remarquables, par celle des religieux, mais quelques-uns seulement furent distribués aux Pères. On en discuta quatre du 14 janvier au 22 février, en se perdant dans de nombreux détails, car le temps de parole n'était pas limité. Puis, après trois semaines d'interruption pour améliorer l'acoustique, qui était déplorable, on reprit le 18 mars l'examen du schéma contre le rationalisme, retravaillé par un jésuite allemand, le père J. Kleutgen. La nouvelle rédaction fut bien accueillie et la discussion ne porta plus que sur des points de détail. Le 24 avril, la constitution Dei Filius fut approuvée solennellement et proclamée par le pape. On y trouvait en quatre chapitres un exposé dense et clair de la doctrine catholique sur Dieu, la révélation et les rapports entre raison et foi.

Mais depuis janvier, on s'agitait surtout en dehors de l'aula conciliaire. Un groupe de pression agissant indépendamment de la curie, dont les animateurs étaient Manning (Westminster), Senestrey (Ratisbonne) et Dechamps (Malines), mit en circulation au début de janvier une pétition demandant au pape de mettre au programme du concile la question de l'infaillibilité, que la commission préparatoire avait préféré ne pas présenter spontanément. On finit par recueillir plus de quatre cent cinquante signatures. La minorité, très émue, s'empressa de récolter des signatures en sens contraire, mais bien qu'elle en eût réuni cent trente-six, soit le cinquième de l'assemblée, Pie IX décida, le 1er mars, de faire droit au désir de la majorité et fit insérer un passage définissant l'infaillibilité du pape dans le projet de constitution dogmatique sur l'Église qui avait été distribué aux Pères quelques semaines plus tôt et dont le déséquilibre flagrant entre les passages consacrés à la papauté, d'une part, et à l'épiscopat, de l'autre, de même que la perspective théocratique des chapitres sur l'Église et l'État, avaient déjà mécontenté et inquiété de nombreux Pères, même en dehors de la minorité.

L'affaire des pétitions avait été pour la minorité l'occasion d'organiser la résistance, qui était jusqu'alors demeurée diffuse et dispersée. Elle fut stimulée en ce sens par un jeune laïc anglais, John Acton, qui, comme historien, partageait contre le dogme en préparation les préventions de son maître Döllinger, mais qui redoutait bien davantage encore les conséquences que la définition pourrait avoir indirectement sur les possibilités d'avenir du catholicisme dans une société de plus en plus axée sur l'idée de liberté. En même temps qu'ils cherchaient à convaincre le plus de Pères possible de la valeur de leurs objections par des brochures théologiques, les opposants n'hésitèrent pas à violer la loi du secret, à laquelle ils ne s'estimaient pas tenus puisqu'ils n'avaient pas eu l'occ [...]

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Pour citer l’article

Roger AUBERT, « VATICAN (Ier CONCILE DU) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/vatican-ier-concile-du/