ALFRINK BERNARD JAN (1900-1987)

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Archevêque d'Utrecht pendant les tumultueuses années soixante, le cardinal Bernard Jan Alfrink fut l'initiateur de l'idée de collégialité lors du IIe concile du Vatican. Président international de Pax Christi, il restera celui dont l'élimination par Rome fut, selon Hans Küng, le scandale du xxe siècle. Né, d'un père menuisier, dans un milieu catholique minoritaire de Nijkerk (en dialecte « nouvelle église »), petite ville bourgeoise marquée par le calvinisme, il fut ordonné prêtre après des études brillantes et appelé à se former dans les sciences bibliques à Rome puis à Jérusalem. Après cinq années de travail pastoral, il devint professeur d'exégèse au grand séminaire d'Utrecht, puis, en octobre 1945, professeur à l'université catholique de Nimègue. Le 28 mai 1951, il fut nommé coadjuteur de l'archevêque d'Utrecht, le cardinal Jan De Jong, qui avait acquis un grand prestige, notamment auprès de la population non catholique (65 p. 100), par sa résistance sans compromis face au fascisme italien et au nazisme allemand. Quand Bernard Jan Alfrink succéda, en 1955, au cardinal De Jong, il appartenait à la tendance qui était traditionnelle chez les archevêques néerlandais depuis le rétablissement de la hiérarchie en 1853. Pieux, et redoutant l'exubérance, il portait témoignage de sa foi et fut un organisateur rigoureux d'une Église qui, grâce à la reconnaissance nationale qu'elle avait acquise pendant la Seconde Guerre mondiale, était prête à l'émancipation, alors que, durant trois siècles, elle s'était tenue à l'écart et, de ce fait, se trouvait fort dévouée à Rome et à ses pompes ou distinctions. Clairvoyant et doté d'une intelligence réaliste, le cardinal Alfrink comprit, dès sa nomination, que l'Église catholique des Pays-Bas ne pouvait rester repliée sur elle-même, mais devait imprégner la vie sociale et politique. Constituant une communauté dans laquelle les fidèles, formés dans ses écoles (financées par l'État), étaient activement engagés, elle en était arrivée à faire son propre aggiornamento.

Quand Jean XXIII annonça la convocation du IIe concile du Vatican, le cardinal Alfrink et, avec lui, l'ensemble de la communauté catholique se montrèrent plus que favorables au renouvellement proposé. À Noël 1960, l'archevêque publia une lettre pastorale dans laquelle il se révélait comme un véritable pionnier de l'idée de la collégialité des évêques, formule qui, par la suite, fut diluée en fait dans celle d'un synode épiscopal n'ayant qu'un rôle consultatif. Se fondant sur une traduction italienne erronée (les gens bien placés pensent qu'il s'agissait d'une falsification délibérée), Jean XXIII manifesta son désaccord avec cette prise de position. Peu après, Alfrink lui ayant exposé ses intentions réelles, le pape le fit entrer dans le présidium du concile. Le cardinal fondait sa vision de la collégialité sur le fait que le Ier concile du Vatican n'était pas arrivé, à cause de la guerre entre l'Allemagne et la France, à discuter de la théologie du collège des évêques. Le passage controversé de sa lettre pastorale était le suivant : « En raison de l'interruption prématurée du Ier concile Vatican, le dogme particulier de l'infaillibilité du pape a donné l'impression d'être dépourvu de points d'ancrage [...]. Cependant, cette infaillibilité personnelle est aussi liée à l'infaillibilité officielle de l'épiscopat mondial, qui, à son tour, est également étayée par la foi infaillible de l'ensemble de la communauté religieuse. » Aussi, Alfrink mit-il à l'ordre du jour du nouveau concile le principe de la collégialité, notamment dans son intervention (2 oct. 1963) concernant le Schéma de l'Église, dont le texte, selon lui, assignait à la curie romaine une place propre sur laquelle il s'était déjà exprimé en 1961 et qui la subordonnait à une sorte de conseil d'évêques autour du pape : « Vue sous cet angle, déclarait-il, la curie romaine ne se situera donc pas entre le Saint-Père et les évêques disséminés à travers le monde, mais elle sera à la disposition du collège des évêques. L'ordre dans l'Église du Christ ne doit pas être : d'abord le Saint-Père, ensuite la curie romaine et, en troisième position, les évêques. S'il y a confraternité entre les évêques en vertu du droit divin, cet ordre doit être : le Saint-Père [...], qui forme conjointement avec les autres évêques de l'Église le collège des évêques, et ensuite la curie romaine, qui assume le rôle d'organe exécutif de ce corps composé des évêques du monde entier, même si elle sert simultanément d'organe exécutif au Saint-Père lui-même. »

Auteur de dix-huit interventions importantes, Alfrink fut considéré comme un des porte-parole, sinon comme le porte-parole, du parti le plus dynamique du concile. Ses six interventions sur l'ecclésiologie furent accueillies fraîchement par la curie. Une campagne s'éleva alors, surtout dans la presse italienne, tendant à insinuer que les catholiques des Pays-Bas s'acheminaient vers le schisme. En septembre 1965, à Rome, Alfrink tint une conférence dans laquelle il prit la défense de ceux-ci, montrant justement combien ils étaient fidèles à Rome : « L'attachement au Siège de saint Pierre, déclarait-il, [...] est si profondément enraciné dans la communauté néerlandaise que l'idée d'un schisme néerlandais ne peut avoir germé qu'en dehors des Pays-Bas. »

Aussitôt après le concile, les évêques appelèrent les croyants à traduire les idées de ce dernier dans le cadre du catholicisme local. Il faut replacer dans ce même contexte conflictuel l'édition, en 1966, du Nouveau Catéchisme, ou Enseignement de la foi pour adultes. Avant même sa parution, ce livre suscita un intérêt international sous la forme de nombreuses demandes de traduction. Lorsqu'il fut présenté par le cardinal Alfrink, celui-ci souligna qu'un tel ouvrage, édité par les Pays-Bas, n'était pas un « catéchisme mondial », formule qui risquait, au contraire, de porter atteinte à la pluralité nécessaire du point de vue pastoral. Des discussions futiles avec Rome sur quelques passages du texte entraînèrent un éloignement réciproque entre le pape Paul VI et le cardinal Alfrink, bien que le premier eût manifesté, quand il était archevêque de Milan, beaucoup d'estime pour le second. À ce propos, rappelons que, quand, jeune prêtre, Alfrink soutint (avec la mention maxima cum laude) sa thèse sur La Vie après la mort dans l'Ancien Testament, ce travail ne fut pas accepté. Et, beaucoup plus tard, justement lorsque parut le Nouveau Catéchisme, le cardinal notait que « à Rome on a constamment peur qu'il ne soit dan [...]

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Kees MIDDELHOFF, « ALFRINK BERNARD JAN - (1900-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/bernard-jan-alfrink/