TIMOR ORIENTAL

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Timor oriental : carte physique

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Timor oriental : drapeau

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Combattants du Timor oriental

Combattants du Timor oriental
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Nom officielRépublique démocratique du Timor oriental (TL)
Chef de l'ÉtatFrancisco Guterres (depuis le 20 mai 2017)
Chef du gouvernementRui Maria de Araújo (depuis le 16 février 2015)
CapitaleDili
Langues officiellesportugais, tetum 1
Note : L'anglais et l'indonésien sont des langues de travail
Unité monétairedollar des États-Unis (USD)
Population1 233 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)14 954
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Situé dans la partie orientale de l'île de Timor, la plus grande des îles de la Sonde, dans l'archipel indonésien, Timor oriental est un État indépendant depuis 2002. L'ancienne colonie portugaise, abandonnée par Lisbonne en 1975, est occupée et annexée l'année suivante par l'Indonésie qui en fait sa vingt-septième province, malgré la résolution contraire adoptée par l'O.N.U. L'Indonésie accepte en 1999 la tenue d'un référendum sous l'égide des Nations unies à Timor oriental. Favorable à 78,5 p. 100 à l'indépendance, celui-ci déclenche la rage vengeresse des forces armées indonésiennes et de leurs milices, qui sèment la mort et la destruction avant d'être obligées de quitter le territoire. Timor oriental est placé alors sous administration onusienne, avant de retrouver son indépendance. Cependant, celle-ci n'a pas créé de dynamique capable d'apporter des solutions aux problèmes liés aux conflits du passé, pas plus qu'elle n'a réussi à mobiliser les forces économiques susceptibles d'extraire le pays de la pauvreté. Sur fond de misère sociale, l'instabilité et la violence resurgissent donc périodiquement, mettant à mal l'autorité d’un État déjà affaibli.

Timor oriental : carte physique

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Carte physique de Timor oriental. 

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Timor oriental : drapeau

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Timor oriental (mai 2002). Sur un champ rouge, un triangle jaune au guindant est partiellement recouvert par un triangle noir frappé d'une grande étoile blanche à cinq branches. 

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—  Françoise CAYRAC-BLANCHARD, Universalis

Géographie

La République démocratique de Timor-Leste, aussi connue sous le nom de Timor oriental ou de Timor-Est, occupe la partie orientale de l'île de Timor, à laquelle s'ajoutent une enclave sur la côte nord-ouest dans la partie indonésienne (Oecusse), la petite île volcanique d'Ataúro, au large de la capitale Dili, et l'îlot Jaco, à la pointe orientale de l'île. La superficie nationale est de 14 600 kilomètres carrés. Cela ne fait pas de Timor oriental un « grand pays », mais il est cependant une fois et demie plus grand que le Liban, tandis qu'un quart des États de la planète ont une superficie ou une population moindre ou équivalente (1 066 000 habitants au recensement de 2010).

Une grande diversité en dépit d’un territoire relativement limité

Située dans l'arc extérieur des petites îles de la Sonde, entre l'Indonésie et l'Australie, l'île de Timor est d'une nature géologique complexe. On y trouve des matériaux des ères secondaire, tertiaire et quaternaire, amalgamés ou juxtaposés par les forces poussant la plaque tectonique australienne sous la plaque asiatique. Ce phénomène a donné à Timor un relief particulièrement accidenté, surtout dans la partie orientale, avec des altitudes avoisinant 3 000 mètres (point culminant, le mont Ramelau, 2 960 m). Il a également amené la formation de couches sédimentaires propices à la concentration des hydrocarbures. D'un point de vue climatique, l'île se trouve en zone tropicale sèche, avec une saison des pluies s'étalant de novembre à juin. Des disparités importantes existent néanmoins entre le nord, où la pluviométrie est inférieure à 1 000 mm/an, et le sud ainsi que les montagnes centrales, où elle peut dépasser 3 000 mm/an.

Cette variété de conditions naturelles se traduit également par une grande diversité de peuplement. On compte une vingtaine de groupes ethnolinguistiques appartenant aux familles mélanésienne et austronésienne. Les Mélanésiens, issus de l'île de Nouvelle-Guinée, seraient les premiers occupants de l'île, comme semblent l'attester des vestiges archéologiques datant de 37 000 ans. Les populations austronésiennes venues de l'archipel insulindien (notamment des régions d'Ambon et de Célèbes) ont migré en diverses vagues environ 1 000 ans avant l'ère chrétienne. Les populations vivaient dans de petits royaumes ou chefferies et pratiquaient une agriculture vivrière basée sur le sagou. Elles faisaient également commerce de cire, de miel et de bois de santal. Ce dernier a attiré les marchands chinois dès le xiiie siècle. C'est aussi pour le santal que les Portugais se sont intéressés à l'île lorsqu'ils ont commencé à ouvrir des comptoirs en Asie du Sud-Est en 1511. Toutefois, la présence portugaise à Timor à partir des années 1550, de même que celle des Hollandais, à partir de 1651, a longtemps été limitée à quelques implantations et à des accords d'exclusivité commerciale. De fait, les chefferies timoraises ont conservé une large autonomie jusqu'au xixe siècle voire au début du xxe siècle. C'est seulement en 1893 qu'a été fixée la frontière entre les deux moitiés de l'île, néerlandaise à l'ouest et portugaise à l'est, la délimitation finale devant être tranchée par la Cour internationale de justice en 1914.

Des ressources non négligeables dans un environnement sensible

La surexploitation des forêts jusqu'au début du xxe siècle et les années de guerre liées à l'occupation indonésienne de 1975 à 1999 ont mis une forte pression sur l'environnement. La forêt couvre aujourd'hui moins de 20 p. 100 du territoire. Parallèlement, l'agriculture traditionnelle s'est diversifiée avec l'essor du café depuis les années 1880, surtout dans les montagnes du centre et à l'ouest de Dili. À l'époque coloniale et même jusqu'à la fin de la période indonésienne, cette culture a constitué la majeure partie des revenus d'exportation, avec une production d'environ 10 000 tonnes par an. Les deux autres grandes ressources agricoles du pays sont le maïs, à l'ouest et à l'extrême est, et le riz, dans le centre et sur la côte sud. Cette dernière culture a bénéficié de recherches agronomiques à la fin de la période portugaise et surtout d'investissements pour l'irrigation depuis la fin des années 1980. Les élevages de buffles, de chevaux et de porcs, autrefois importants dans les économies familiales, peinent à reprendre leur place après deux grandes hécatombes liées aux troubles de 1975 et de 1999.

Les potentiels miniers non négligeables ont longtemps joué un rôle marginal dans l'économie. Bien que les ressources soient diversifiées, avec du cuivre, de l'argent, de l'or, du manganèse, du charbon, du phosphate et du marbre, leur concentration limitée n'a pas permis d'exploitation à grande échelle. La situation a changé avec la découverte d'hydrocarbures, pétrole et surtout gaz, en mer de Timor et sur la côte sud de l'île. Les premiers gisements, entrés en production dans les années 1990, sont partagés avec l'Australie. À la suite d'âpres négociations menées à partir de 1999, sous la tutelle de l'O.N.U. puis par le gouvernement indépendant, une large majorité des royalties revient désormais à Timor-Est. Elles assurent au pays des revenus croissants, aux alentours de 900 millions de dollars en 2007, versés dans un fonds de placement aux États-Unis, sur le modèle norvégien. Ce procédé devrait garantir des revenus réguliers et éviter les dérives qu'occasionnent souvent les revenus pétroliers dans les pays dits « en développement », d'autant que la période de production est évaluée à seulement quelques décennies.

Le difficile apprentissage de l’indépendance

Après une transition sous l'égide de l'O.N.U., Timor-Est a accédé à l'indépendance le 20 mai 2002, sous la présidence de Xanana Gusmão, avec un gouvernement largement issu du Front révolutionnaire pour l'indépendance de Timor oriental, le Fretilin. Les conditions de la réussite paraissaient réunies. Le pays n'est pas très peuplé, la population vivant majoritairement d'une agriculture vivrière, du café et de l'élevage. Des ressources en hydrocarbures lui permettent par ailleurs de ne pas devoir dépendre de l'aide internationale dans les décennies à venir. Pourtant, en dépit de discours qui ont encensé dans un premier temps l'O.N.U., le pays a été mal préparé à l'indépendance. Outre le manque de formation des cadres, de multiples clivages se font jour : entre les lusophones de la génération de 1975 et une jeune génération formée à l'école indonésienne ; entre ceux qui ont migré en Australie, au Portugal ou au Mozambique et ceux qui ont connu les années de privation. Le choix du portugais, parlé par 15 p. 100 de la population, comme langue nationale a entraîné de vifs débats. De même, la lenteur de la reconstruction après les destructions de 1999 suscite de nombreux mécontentements. Ainsi, depuis 2002, le pays a connu plusieurs crises politiques significatives.

—  Frédéric DURAND

Histoire

Du Portugal à l'Indonésie

Attirés par le précieux bois de santal, les Portugais étaient arrivés à Timor dès le début du xvie siècle. Issus du métissage, les « Portugais noirs » ou « Topasses » ont joué un rôle important jusqu'au xviiie siècle. Les missions catholiques ont aussi été très actives. Mais, en raison des révoltes de chefs locaux (Liurai) et des attaques des Néerlandais, ce n'est qu'au début du xxe siècle que les « Portugais blancs » renforcent véritablement leur emprise, réduisant dans le sang une dernière rébellion en 1912. Un arrêt de la Cour internationale de justice fixe en 1914 la frontière avec les Indes néerlandaises dont fait partie Timor occidental. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Timor devient un enjeu stratégique, des commandos australiens, aidés par la population locale, y livrent de durs combats aux Japonais. Le repli des Australiens en 1943 coûte très cher aux Timorais.

Alors que l'Indonésie proclame son indépendance en 1945, Timor oriental reste une petite colonie négligée du régime de Salazar. Lorsque, en avril 1974, le Mouvement des forces armées renverse la dictature à Lisbonne, il n'y a à Timor oriental, où règne l'analphabétisme, que trois médecins indigènes et 30 kilomètres de routes. Trois nouvelles formations, plutôt modérées, incarnent alors les destins possibles du territoire. L'U.D.T. (Union démocratique de Timor) est favorable à une autonomie en association avec le Portugal. L'A.S.D.T. (Association sociale-démocrate de Timor) veut l'indépendance ; comme l'U.D.T., elle regroupe des intellectuels catholiques que vont rejoindre des étudiants de retour du Portugal où ils ont été gagnés au maoïsme. C'est sous leur influence que l'A.S.D.T. va devenir le Fretilin (Front révolutionnaire pour l'indépendance de Timor est). Enfin, l'Apodeti (Association populaire démocratique de Timor), minoritaire, prône le rattachement à l'Indonésie et sera rejointe par deux groupuscules manipulés par Djakarta, Kota et Trabalhista.

Quelle est la position de l'Indonésie où le général Suharto a imposé un régime militaire depuis 1966 ? Les généraux de Suharto poussent à l'intégration de Timor oriental en invoquant le danger d'une « subversion marxiste » du Fretilin. L'Australie, soucieuse de maintenir de bonnes relations avec Djakarta, donne son feu vert.

En août 1975, alors que le Portugal se désengage précipitamment, l'U.D.T. tente de prendre le pouvoir par la force, déclenchant un affrontement qui fait 2 500 morts mais tourne en vingt jours à l'avantage du Fretilin. De plus en plus menacé par l'intervention indonésienne, celui-ci proclame, le 28 novembre 1975, l'indépendance de la République démocratique de Timor oriental.

La victoire communiste au Cambodge et au Vietnam en avril est encore dans tous les esprits. Le président américain, Gerald Ford, fait une visite officielle à Djakarta en décembre 1975 et, le lendemain de son départ, l'Indonésie envahit le « nouveau Cuba » : « appelées » selon Djakarta par l'U.D.T., l'Apodeti, Kota et Trabalhista, les troupes indonésiennes prennent avec une violence meurtrière Dili, capitale de Timor oriental. Les généraux indonésiens avaient escompté une victoire foudroyante, ils se heurtent à une résistance qui va les obliger à mener une guerre d'occupation prolongée. L'O.N.U. vote, le 12 décembre 1975, une résolution exigeant le retrait des forces indonésiennes de Timor oriental. Celle-ci reste lettre morte.

Combattants du Timor oriental

Combattants du Timor oriental

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Des combattants pour l'indépendance du Timor oriental, en 1977. 

Crédits : Hulton Getty

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L'occupation indonésienne

Après une « consultation » arrangée, Timor oriental est proclamé vingt-septième province d'Indonésie en 1976. Le territoire est verrouillé, la répression militaire féroce : bombardements, regroupements forcés de population dans des camps où on laisse régner la famine, tortures, viols, exécutions sommaires. Il y aura quelque 200 000 morts sur une population de 600 000 personnes, proportion terrible qui permet déjà de parler de génocide – ce que les pays occidentaux refusent de voir.

L'armée indonésienne marque d'abord des points, notamment lorsqu'elle abat Nicolau Lobato, leader du Fretilin, en décembre 1978. Militairement exsangue, divisé, le Fretilin est presque brisé. Il retrouve pourtant un nouvel élan en 1979, sous l'impulsion de Jose Alexandre Gusmao, dit « Xanana ». Âgé d'une trentaine d'années, ancien séminariste chez les jésuites, poète et homme de modération, celui-ci abandonne les attaques de front suicidaires pour la guérilla et, surtout, fait primer l'union nationale sur la doctrine révolutionnaire. En 1987, il formera le Conseil national de la résistance de Timor oriental (C.N.R.T.).

Harcelée, l'armée indonésienne utilise alors la population civile comme une nasse humaine entre elle et les guérilleros pour tenter de capturer ces derniers, sans y réussir. Cette opération meurtrière et une nouvelle famine achèvent de liguer contre elle tous les Timorais. Après une négociation manquée en 1983, les opérations militaires reprennent sous la direction du nouvel homme fort des forces armées, le général Benny Murdani, qui déclare : « Assez ri, nous allons les écraser sans merci. » L'armée a non seulement son prestige à défendre mais aussi des intérêts économiques : monopole commercial du café, principale richesse de l'île, plantations (canne à sucre, hévéas, cocotiers, girofliers) et hôtels.

Simultanément, Djakarta alloue un budget important au développement du territoire afin de favoriser son indonésianisation : construction de routes, d'écoles, de dispensaires. Cela ne suffit pas à convaincre les Timorais qui voient par ailleurs affluer des immigrants musulmans de Java ou des Célèbes. Monopolisant les postes administratifs et le petit commerce, ces derniers confirment l'impression des Timorais qu'ils sont des étrangers sur leur propre sol.

Dans les années 1990, la jeunesse relaie le mouvement indépendantiste en manifestant pour alerter l'opinion internationale sur l'oppression subie et réclamer l'autodétermination : lors de la venue du pape à Timor en 1989, ou en demandant asile à l'ambassade américaine de Djakarta pendant la visite du président Clinton, en 1994. La répression reste féroce comme en témoignent, le 12 novembre 1991, les centaines de morts du massacre de Santa Cruz. Ces jeunes trouvent protection auprès de l'Église catholique. Traditionnellement animistes, les Timorais se sont en effet convertis en masse au point d'être aujourd'hui catholiques à 90 p. 100 (alors que 87 p. 100 des Indonésiens sont musulmans), le régime indonésien faisant, par anticommunisme, obligation à tout individu d'avoir une religion. Nommé administrateur apostolique de Dili en 1983 (dépendant donc directement du Vatican), Mgr Carlos Felipe Belo a été amené progressivement à dénoncer les violences militaires et à réclamer, dès 1989, un référendum au secrétaire général de l'O.N.U.

Embarrassée dans toutes les instances internationales par la question de Timor oriental, l'Indonésie a fait de gros efforts diplomatiques pour la faire oublier, notamment en entreprenant à partir de 1982 de longues négociations avec le Portugal sous l'égide de l'O.N.U. Mais Timor oriental avait des avocats actifs : au Portugal, dans l'opinion australienne et en la personne de José Ramos-Horta, ancien ministre des Affaires étrangères timorais en 1975 devenu ensuite l'ambassadeur itinérant de la cause timoraise. Avec Mgr Belo, il a obtenu en 1996 le prix Nobel de la paix, à la grande fureur de Djakarta.

La chute de Suharto

L'armée de Suharto avait réussi à capturer Xanana Gusmao en novembre 1992. Sa peine, la réclusion à vie, fut commuée en vingt ans de prison. Le monde avait changé, le communisme s'était effondré, et la corruption de Suharto et de sa famille commençait à embarrasser ceux qui l'avaient soutenu depuis 1965.

La situation allait évoluer rapidement. La crise financière asiatique de 1997, l'effondrement consécutif de la roupiah indonésienne et la catastrophe économique et sociale qui suivit obligèrent Suharto à se retirer, le 21 mai 1998. Son successeur et ancien ministre, Jusuf Habibie, en position de faiblesse car impopulaire, se vit contraint à des réformes politiques démocratiques. La proposition qu'il fit, le 27 janvier 1999, d'accorder l'indépendance à Timor oriental si « l'autonomie élargie » qu'il lui proposait était rejetée, surprit tout le monde mais débloqua la situation. Les négociations avec le Portugal, sous l'égide de l'O.N.U., aboutirent à l'accord du 5 mai, chargeant cette dernière d'organiser une consultation à Timor oriental et l'armée indonésienne d'assurer sa sécurité. Xanana Gusmao, désormais assigné à résidence, y fut associé. L'opinion indonésienne, depuis longtemps assez insensible au sort de Timor et surtout préoccupée des changements politiques en cours, craignait une atteinte à l'unité nationale. Quelle serait la réaction de l'armée ? Le commandant en chef des forces armées, le général Wiranto, s'était engagé à respecter le verdict des urnes, mais contrôlait-il bien ses troupes ?

Les forces spéciales (ou Kopassus), élite de l'armée, avaient en effet fait de Timor oriental une affaire personnelle. Beaucoup de leurs officiers y avaient fait carrière en y menant la répression depuis vingt-quatre ans. Ils y avaient notamment recruté, organisé et armé des milices pro-indonésiennes chargées de faire régner la terreur. Les exactions de ces milices ont commencé dès avant le référendum qui, prévu pour le 5 août, a dû être repoussé au 30 pour des raisons de sécurité.

Indépendance et terreur

Plus de 98 p. 100 des 450 000 électeurs recensés par l'O.N.U. sont, malgré cela, venus voter dès les premières heures du jour.

Dès la publication des résultats, le 4 septembre – 78,5 p. 100 de oui pour l'indépendance –, une violence inouïe se déchaîne. Les milices attaquent à la machette les indépendantistes mais aussi les témoins : journalistes étrangers et membres de l'Unamet (Mission des Nations unies à Timor oriental) qui, assiégés, seront finalement contraints de se réfugier en Australie, comme Mgr Belo, menacé de mort. Dili est livrée au pillage et à l'incendie. La terreur s'étend à tout le territoire. Paniqués, des centaines de milliers de gens tentent de quitter l'île par bateau ou se réfugient dans les montagnes où guette pourtant la famine : environ 250 000 sont forcés de partir en camion pour Timor occidental où ils deviennent otages de fait. Il y a sans doute eu des milliers de morts. La police indonésienne n'a rien fait, les forces spéciales ont aidé les milices. La loi martiale proclamée le 7 septembre par Djakarta a laissé l'armée maîtresse du terrain.

Pourquoi cette violence préméditée ? pour remettre en cause le référendum ? obtenir un partage du territoire ? « punir » les « traîtres » qui abandonnaient la République ? faire un exemple pour les autres mouvements indépendantistes, à Atjeh et en Irian ? Tandis qu'à Djakarta se manifeste un nationalisme ombrageux, en particulier dans certains milieux islamiques où l'on parle de la partialité de l'Unamet et d'un complot occidental contre l'Indonésie, la communauté internationale, bien qu'horrifiée, est très lente à réagir. Malgré le viol évident des droits de l'homme, personne ne tient à « entrer en guerre » avec l'Indonésie dont la stabilité, avec 210 millions d'habitants, est considérée comme un facteur clé de la sécurité régionale. L'A.S.E.A.N. reste silencieuse. L'O.N.U. est critiquée pour n'avoir pas prévu les conséquences du référendum.

Djakarta, incapable d'arrêter les violences, finit par réagir à la menace de la suspension de l'aide internationale. Le 12 septembre, les dirigeants indonésiens acceptent l'envoi d'une Force internationale pour le Timor oriental (Interfet) de 8 000 hommes sous commandement australien. Elle ne débarque que le 20 à Timor où l'ordre sera rétabli avec beaucoup de prudence et où des réfugiés reviennent petit à petit, le sort de beaucoup d'entre eux restant malgré tout incertain. À Djakarta, une réaction anti-australienne a fait annuler l'accord de sécurité de 1995.

Pendant ce temps, l'Indonésie change de direction politique. L'Assemblée du peuple issue des élections libres de juin 1999 s'est réunie le 20 octobre et a reconnu l'indépendance de Timor oriental. Elle a porté à la présidence Abdurrahman Wahid, musulman modéré et grand défenseur des droits de l'homme, et à la vice-présidence, Megawati, fille de Sukarno (président d'Indonésie de 1945 à 1967). Très populaire, la nouvelle équipe veut renforcer la démocratie et réduire le rôle de l'armée, mais elle doit en priorité redresser l'économie et répondre à de nouvelles demandes d'indépendance à Atjeh et en Irian (où l'armée mène une répression très dure depuis des années). Alors qu'un projet de référendum à Atjeh se précise, la menace d'un éclatement du grand archipel, connu pour sa diversité culturelle et religieuse, inquiète ses voisins.

Le 25 octobre 1999, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. vote à l'unanimité pour qu'une administration de transition de 11 000 hommes (Untaet, UN Transitional Administration in East Timor) s'installe à Timor oriental à partir du 1er janvier 2000. Libéré en septembre, Xanana Gusmao rentre en triomphateur dans son pays dévasté mais libre. Il se dit opposé à toute politique de vengeance. Et s'il dénonce nommément les généraux indonésiens responsables du drame timorais, il veut croire à une amitié possible avec la nouvelle Indonésie. Les dernières troupes indonésiennes quittent Timor oriental le 31 octobre.

—  Françoise CAYRAC-BLANCHARD

Une démocratie en péril

Après l'élection d'une Assemblée constituante durant l'été de 2001, d'où le Fretilin sort grand vainqueur, la déclaration d'indépendance est fixée au 20 mai 2002. Dès le 14 avril, Xanana Gusmao est élu président de la République au premier tour par une large majorité. Mari Alkatiri, secrétaire général du Fretilin, devient Premier ministre. Aux termes de la Constitution, celui-ci détient la réalité des pouvoirs de l'exécutif, le rôle du président s'apparentant plus à une fonction de représentation. L'O.N.U., qui s'est particulièrement impliquée dans le conflit du Timor oriental, ne relâche pas son effort : l'Untaet cède la place le 17 mai 2002 à l'Unmiset (United Nations Mission of Support of East Timor), composée de 5 000 casques bleus et de 1 250 policiers. L'année 2005 est marquée par la mise en place, en mars, de la Commission de vérité et d'amitié, chargée par les gouvernements timorais et indonésien d'établir les responsabilités sur les crimes commis lors des massacres de 1999. Dans la foulée, les deux parties trouvent un accord sur le règlement de 95 p. 100 de leurs litiges frontaliers.

À partir de février 2006, une faction militaire demande par pétition au président de remédier à la discrimination d'ordre ethnique dont elle se dit la victime. Le conflit dégénère en affrontements meurtriers à la fin d'avril. Face à la violence des combats, de nombreux civils, particulièrement à Dili, quittent leur domicile pour trouver refuge dans des camps. L'incapacité de l'État à maintenir la paix civile contribue à livrer Dili aux pillards et aux gangs. En quelques jours, la ville est dévastée. Pendant ce temps, les camps se remplissent de 150 000 réfugiés. Le gouvernement aux abois n'a d'autre ressource que d'appeler la communauté internationale à son secours. Des troupes, essentiellement australiennes, débarquent en mai ; ce contingent annonce la formation en août, sous l'égide de l'O.N.U., de l'Unmit (United Nations Integrated Mission in Timor Leste), chargée de rétablir l'ordre et l'autorité de l'État, cela dans la perspective de la bonne tenue des élections de 2007. Confronté à de nombreuses critiques, dont celles du président, sur sa gestion de la crise, le Premier ministre démissionne à la fin de juin 2006. Il est remplacé par José Ramos-Horta, figure emblématique de l'indépendance. Mais le retour au calme n'est que relatif. Une violence larvée, de nature politico-mafieuse, continue de s'exercer, que ni le gouvernement ni l'Unmit ne parviennent à éradiquer. Qui plus est, la question des réfugiés reste sans réponse : en janvier 2008, ils étaient encore plus de 100 000 dans les camps.

La vie démocratique tente néanmoins de reprendre son cours. Avec le soutien de son prédécesseur, José Ramos-Horta devient président de la République lors du scrutin organisé en mai 2007. Les élections législatives du mois suivant ne permettent pas de dégager une majorité de gouvernement. Pour sortir de l'impasse, José Ramos-Horta choisit comme Premier ministre Xanana Gusmao, fondateur d'un nouveau parti qui a pourtant recueilli moins de sièges que le Fretilin. Celui-ci crie à l'illégalité du procédé mais s'incline et rentre dans le jeu démocratique, alors que certains de ses partisans cèdent à la tentation de la violence. Dili et le pays connaissent à nouveau émeutes et destructions. Le nouveau Premier ministre s'attache à rétablir la paix civile et se fixe comme priorités de résoudre le problème des réfugiés, porteur de tensions sociales, et des militaires « pétitionnaires » de 2006, dont les revendications restent pendantes.

Le pays semble alors en mesure d'apporter des réponses adéquates aux défis qui se posent à lui. Mais, de façon quasi simultanée, le président et le Premier ministre sont victimes de tentatives d'assassinat le 11 février 2008. Celles-ci sont l'œuvre de militaires en rupture de ban, dont certains sont des insurgés de 2006 passés dans la clandestinité. Ces événements ont rappelé à la classe politique locale, ainsi qu'à la communauté internationale, non seulement la nécessité des réformes, mais aussi l'urgence de leur mise en œuvre, sous peine de voir le pays basculer dans la guerre civile. Cependant, malgré la mise en œuvre d’un plan de développement pour la période 2010-2030, le président José Ramos-Horta est éliminé du scrutin présidentiel de 2012 dès le premier tour. L’ex-commandant en chef des forces armées, José Maria de Vasconcelos, dit Taur Matan Ruak, soutenu par le Congrès national pour la reconstruction de Timor, est élu président en avril 2012. Deux mois plus tard, cette formation remporte les élections législatives.

(Voir également TIMOR ORIENTAL, chronologie contemporaine)

—  Universalis

Bibliographie

P. Bouvier & K. Vanderput, Timor oriental : le combat d'un peuple, L'Harmattan, Paris, 2003

G. Defert, Timor-Est, le génocide oublié : droit d'un peuple et raisons d'États, L'Harmattan, 1992

F. Durand, Timor 1250-2005, 750 ans de cartographie et de voyages, éd. Arkuiris-Institut de Recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporaine (I.R.A.S.E.C.), Toulouse-Bangkok, 2006 ; Timor Lorosa’e, pays au carrefour de l’Asie et du Pacifique, un atlas géo-historique, Presses universitaires de Marne-la-Vallée-I.R.A.S.E.C., Marne-la-Vallée-Bangkok, 2002

G. C. gunn, Timor Loro Sae : 500 Years, Livros do Oriente, Macau, 1999

R. Pélissier, Timor en guerre, le crocodile et les Portugais (1847-1913), Pélissier Éditeur, Orgeval, 1996

J. Pilger, P. Hainsworth & S. McCloskey, The East Timor Question : The Struggle for Independance from Indonesia, I. B. Tauris et Company, Londres, 2000

J. Ramos Horta, La Saga du Timor-Oriental, éd. Favre, Lausanne, 1996.

Écrit par :

  • : chargée de recherche au Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques
  • : maître de conférences H.D.R. à l'université de Toulouse-II-Le-Mirail, membre du laboratoire Asie du Sud-Est, U.M.R. 8170

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Autres références

«  TIMOR ORIENTAL  » est également traité dans :

TIMOR ORIENTAL, chronologie contemporaine

  • Écrit par 
  • Universalis

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DILI

  • Écrit par 
  • Frédéric DURAND
  •  • 359 mots
  •  • 1 média

Dili, capitale de la République démocratique de Timor Leste ou Timor oriental, n'est pas une grande ville (175 000 hab. en 2004), comparée aux autres capitales asiatiques. Cela s'explique par la population totale du pays (1 080 000 hab. en 2008), mais aussi par […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/dili/#i_23097

INDONÉSIE - L'Indonésie contemporaine

  • Écrit par 
  • Romain BERTRAND, 
  • Françoise CAYRAC-BLANCHARD
  •  • 17 696 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Les élections du 7 juin 1999 et la présidence Wahid  »  : […] électorales. Celles-ci furent promulguées en janvier et février 1999. Habibie eut en outre à gérer la crise du Timor oriental. À peine ses fonctions prises, et afin de redorer le lustre diplomatique terni de l'Indonésie, il avait annoncé qu'il accepterait qu'y soit organisé un référendum d'autodétermination sous l'égide des Nations unies. La 27 […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/indonesie-l-indonesie-contemporaine/#i_23097

NETTOYAGE ETHNIQUE

  • Écrit par 
  • George J. ANDREOPOULOS
  •  • 1 506 mots
  •  • 3 médias

Cette expression a aussi servi à désigner la façon dont les militants indonésiens traitèrent les habitants du Timor oriental, dont un grand nombre furent tués ou forcés à abandonner leur foyer après que les citoyens de cette région eurent voté en faveur de l'indépendance, en 1999. Par ailleurs, on a parlé de « nettoyage ethnique » au sujet de […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/nettoyage-ethnique/#i_23097

O.N.U., PRINCIPALES INTERVENTIONS - (repères chronologiques)

  • Écrit par 
  • Olivier COMPAGNON
  •  • 501 mots

1999 L'intervention militaire aérienne au Kosovo est réalisée de mars à juin sous l'égide de l'O.T.A.N., et non de l'O.N.U. ; mise en place en octobre de l'Administration transitoire des Nations unies au Timor oriental (Atnuto […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/o-n-u-principales-interventions-reperes-chronologiques/#i_23097

SUHARTO (1921-2008)

  • Écrit par 
  • Romain BERTRAND
  •  • 975 mots

Le bilan de l'Ordre nouveau fut sanglant. Suharto décida, en 1975, l'annexion du Timor oriental, qui se solda par l'extermination d'un quart de la population de l'île. Il entreprit aussi, dès 1976, de violentes campagnes de répression du mouvement séparatiste Aceh Libre (Gerakan Aceh Merdeka, G.A.M., dans le nord de Sumatra […] Lire la suite☛ http://www.universalis.fr/encyclopedie/suharto/#i_23097

Voir aussi

Pour citer l’article

Françoise CAYRAC-BLANCHARD, Frédéric DURAND, « TIMOR ORIENTAL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 15 octobre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/timor-oriental/