ROUSSEAU THÉODORE (1812-1867)

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Le « grand refusé »

Avec trois œuvres au Salon de 1833 et une à celui de 1834, Rousseau semblait appelé à une carrière pleine de succès, quoique déjà controversée. Ses peintures étaient citées par la critique comme exemplaires du renouveau de l'école française de paysage, et, en 1834, le rejet de deux de ses tableaux par le jury du Salon fut accueilli avec ironie et mépris. À cette époque, l'artiste continuait à voyager, et c'est au cours d'un périple dans les Alpes que furent exécutées la magnifique Vue de la chaîne du Mont-Blanc pendant une tempête (1834) de même que la Descente des vaches dans les montagnes du Haut-Jura, œuvre décisive achevée en 1835 et refusée au Salon de 1836.

En raison d'un emploi abusif du bitume, la Descente des vaches est aujourd'hui presque entièrement détruite. Néanmoins, quelques dessins préparatoires et ébauches ont survécu, dont une esquisse grandeur nature (musée de Picardie, Amiens). Projet le plus ambitieux de l'artiste à cette date, la Descente des vaches était aussi un défi direct aux théories et aux conventions académiques. Rousseau avait donné à ce paysage l'échelle, la signification et l'importance d'un tableau d'histoire. Aussi le rejet de cette œuvre et de la Vue du château de Broglie par le jury du Salon de 1836 souleva-t-il une tempête de protestations. Rousseau fut présenté comme un martyr du romantisme, victime de la réaction et de la jalousie. C'est là l'un des moments clefs de la bataille romantique, où se cristallise l'image d'une nouvelle école française militante.

Pour Rousseau, le rejet de la Descente des vaches marqua le début d'un ostracisme prolongé. Il ne se présenta pas au Salon en 1837, et, en 1838, 1839, 1840 et 1841, toutes ses œuvres furent refusées. Après cette date, il décida de ne plus soumettre ses travaux au jury, et il ne réapparut pas au Salon avant 1849. Cette exclusion l'obligea à trouver d'autres moyens de faire connaître son œuvre. Des expositions furent organisées dans l'atelier d'Ary Scheffer et dans celui de Jules Dupré qui parlèrent de Rousseau à des mécènes importants comme Paul Casimir-Périer, le duc de Broglie et le duc d'Orléans. Des amis critiques, surtout Théophile Thoré, se chargèrent de révéler au public à la fois l'œuvre de l'artiste et sa situation. Rousseau, de son côté, prit part à des protestations contre le jury du Salon et s'associa à des tentatives, non couronnées de succès, pour organiser d'autres expositions collectives. Il comptait aussi de plus en plus sur les marchands de tableaux, comme Durand-Ruel, pour exposer et vendre son œuvre. Alors que ces efforts lui valaient une certaine notoriété, sa peinture demeurait inconnue du grand public et durant ces années sa situation matérielle était loin d'être confortable.

En 1837, il se rendit à Nantes pour participer à une exposition de groupe. Il devait y rester plusieurs mois et y commencer deux de ses œuvres les plus célèbres : La Vallée de Tiffauges (Cincinnati Art Museum), que ses contemporains appelaient par dérision La Soupe aux herbes, et L'Allée des châtaigniers (musée du Louvre). Ensuite, il passa une grande partie des années 1838, 1839 et 1840 à Barbizon – où il était venu pour la première fois en 1836 –, à l'auberge Ganne, qui allait devenir le centre d'une colonie artistique.

En 1841, Rousseau passa l'été avec Jules Dupré, devenu son meilleur ami. Les deux amis avaient projeté de voyager ensemble dans le Berry mais finalement Théodore Rousseau s'y rendit seul en 1842. Ce séjour devait avoir des répercussions profondes sur l'art de Rousseau. Auparavant, il peignait surtout des paysages de montagnes ou de collines, des sous-bois ou des affleurements de rochers. Dans le Berry, il se trouva confronté à un pays plat, en grande partie dénué d'aspects dramatiques ou pittoresques. L'isolement que connut l'artiste durant ces mois, combiné aux effets de six années d'exclusion officielle et à l'influence d'une terre inhospitalière, déclenchèrent en lui une crise, à la fois artistique et personnelle, qui apparaît clairement dans ses lettres à Dupré. Le résultat de ce bouleversement fut la maîtrise d'un nouveau type de composition caractérisé par des lignes d'horizon basses et une division du plan de l'image en bandes horizontales.

Ce nouveau style se perfectionna durant un voyage effectué avec Dupré dans les Lande [...]

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Paysage, site d'Auvergne, T. Rousseau

Paysage, site d'Auvergne, T. Rousseau
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Un marais dans les landes, T. Rousseau

Un marais dans les landes, T. Rousseau
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Mare et lisière de bois, T. Rousseau

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Écrit par :

  • : assistant curator, National Gallery of Art, Washington

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  • Écrit par 
  • Jacques de CASO
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Dans le chapitre « Théodore Rousseau : le « paysage pur » »  : […] Si l'on voulait définir l'art des peintres de Barbizon en fonction de leur dévotion à la nature, celle où présence et action de l'homme sont exclues, Théodore Rousseau (1812-1867) s'imposerait comme le représentant le plus complet du groupe. Beaucoup plus attaché que ses camarades à Fontainebleau et à Barbizon où il passa régulièrement ses étés, Rousseau connaissait autant que Corot les exemples […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jeremy STRICK, « ROUSSEAU THÉODORE - (1812-1867) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theodore-rousseau/