ROUSSEAU THÉODORE (1812-1867)

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Avec Corot, Théodore Rousseau domine la peinture de paysage française du milieu du xixe siècle. Figure symbolique de l'école de Barbizon tout comme Millet, son ami intime, il incarne la lutte de la génération de 1830 contre les conventions et les règles académiques. Malgré des appuis importants, sa carrière fut marquée, des années durant, par les attaques de la critique et par son exclusion du Salon. Sa détermination à préserver son indépendance artistique et sa résistance face à une opposition sévère ont fait de la légende du « grand refusé » l'un des mythes les plus vivants de l'avant-guerre.

Souvent rapproché de Delacroix et opposé à Corot, Rousseau savait empreindre ses paysages de sentiments profonds et parfois d'émotions violentes. Son dessein était de s'identifier à la nature et de la servir en lui prêtant sa voix. Ennemi des formules néo-classiques comme du pittoresque, Rousseau est passé du romantisme au naturalisme en anticipant bien des découvertes de l'impressionnisme.

Formation. Premières œuvres

Fils d'un tailleur parisien, Rousseau comptait plusieurs artistes dans sa famille, notamment un cousin de sa mère, le paysagiste Pau de Saint-Martin. Dès son plus jeune âge, il s'intéressa au paysage, copiant les tableaux de son parent et dessinant des vues de Paris et des environs. Un carnet de croquis de 1825 nous transmet le souvenir d'un voyage en Franche-Comté. La technique et la composition de ces dessins laissent penser que Rousseau avait étudié d'après un cours de paysage lithographié, l'un de ces recueils de dessins répandus à l'époque qui fournissaient aux novices une série de modèles à recopier.

Bien qu'on le destinât initialement à la carrière d'ingénieur, la décision de Rousseau de devenir un artiste ne fut pas contestée par ses parents. Il commença ses études de la manière la plus traditionnelle. En 1827, il entra dans l'atelier du peintre de paysages Charles Rémond, l'un des principaux représentants du paysage néo-classique – et l'auteur de plusieurs cours de paysage –, dont il devait plus tard renier l'influence (néanmoins, ses premières études à l'huile évoquent fortement, par la fluidité de leur technique, les peintures de son maître à cette époque).

La théorie néo-classique enseignée par Rémond reconnaissait le bien-fondé d'une stricte hiérarchie des genres dans laquelle la peinture d'histoire précédait en importance le paysage. Dans cette dernière catégorie elle-même, le paysage historique classique, purement imaginaire, mettant en scène un sujet tiré de l'histoire ou de la mythologie, tenait une place éminente. Les modèles du paysage historique, dit aussi paysage composé, étaient Poussin et Claude. Ensuite venaient le paysage rustique, inspiré de la peinture hollandaise du xviie siècle, et la vue, c'est-à-dire la description d'un site précis. La théorie du paysage néo-classique privilégiait, comme méthode pédagogique, la pratique de l'étude à l'huile exécutée directement d'après nature, sans reconnaître pour autant une valeur esthétique à ce type de production.

L'enseignement de Rémond visait d'une part à préparer les étudiants au concours du prix de Rome de paysage historique (qu'il avait lui-même obtenu en 1821), d'autre part à la production de paysages pittoresques, moins ambitieux mais plus faciles à vendre que les paysages historiques. Il n'est pas impossible que Rousseau ait ambitionné le prix de Rome, car en 1828 il entra dans l'atelier du peintre d'histoire Guillen-Lethière pour y étudier la figure et la perspective. Toutefois, bien qu'il ait continué à travailler avec Rémond jusqu'en 1830, il est évident qu'il renonça très vite à faire des efforts en vue d'obtenir cette distinction, et, du même coup, à peindre des paysages historiques. De toute évidence, il fut influencé dans cette décision par l'art de Constable et par le paysage hollandais, deux alternatives possibles à l'époque au paysage académique. En 1830, Rousseau travailla en Auvergne. Bien que de tels voyages ne fussent pas contraires aux préceptes néo-classiques, les peintures et les dessins que l'artiste produisit alors étaient des plus romantiques : il s'agissait de montagnes, de ruines et de chutes d'eau, interprétées d'une manière vigoureuse et souvent libre jusqu'à la turbulence. Fermement condamnées par Rémond, ces œuvres furent à l'origine de la rupture de l'élève et du maître. En 183 [...]

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Paysage, site d'Auvergne, T. Rousseau

Paysage, site d'Auvergne, T. Rousseau
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Un marais dans les landes, T. Rousseau

Un marais dans les landes, T. Rousseau
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Mare et lisière de bois, T. Rousseau

Mare et lisière de bois, T. Rousseau
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Écrit par :

  • : assistant curator, National Gallery of Art, Washington

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  • Écrit par 
  • Jacques de CASO
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Dans le chapitre « Théodore Rousseau : le « paysage pur » »  : […] Si l'on voulait définir l'art des peintres de Barbizon en fonction de leur dévotion à la nature, celle où présence et action de l'homme sont exclues, Théodore Rousseau (1812-1867) s'imposerait comme le représentant le plus complet du groupe. Beaucoup plus attaché que ses camarades à Fontainebleau et à Barbizon où il passa régulièrement ses étés, Rousseau connaissait autant que Corot les exemples […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Jeremy STRICK, « ROUSSEAU THÉODORE - (1812-1867) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/theodore-rousseau/