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TONAL SYSTÈME

Le système tonal est une sorte de loi-cadre qui fixe les structures hiérarchisées d'un certain nombre de groupements de sept sons sélectionnés, dénommés tonalités, et les rapports de ces groupements entre eux. Comme le système tonal est un produit spécifique de la musique occidentale, même si les Chinois connurent les premiers le demi-ton tempéré (cf. les écrits du prince Tchou Tsai Yu, vers 1596), on ne doit le considérer qu'en fonction de l'échelle qui, après de nombreux tâtonnements, s'est fixée, au temps de Bach et de Rameau, dans le clavier à tempérament égal qui divise l'octave en douze intervalles d'un demi-ton égaux entre eux. Ce simple fait suffit à priver de toute rigueur scientifique les justifications qu'on a essayé de donner à l'harmonie occidentale classique en en faisant reposer le principe sur la résonance naturelle. Les douze sons de la gamme tempérée ne sont pas donnés par la nature. L' accord parfait majeur dans le système tempéré (do-mi-sol) n'est qu'une approximation de la résonance du do grave. L'accord parfait mineur (do - mi bémol - sol) n'a aucun rapport avec la résonance naturelle et n'a été toléré que pour une certaine ressemblance de parent pauvre avec l'accord parfait majeur, déjà suspect dans sa légitimité. C'est ce qui a permis à une très large fraction de la musique contemporaine de déclarer le système tonal caduc et de lui en substituer un autre, déclaré ni plus ni moins arbitraire, quoique les habitudes de l'oreille soient encore trop enracinées, même chez les musiciens insurgés contre le système, pour qu'on puisse affirmer leur totale indépendance à son égard. Tant qu'on agit contre une puissance établie, on est dans une certaine mesure conditionné par elle.

Description du système tonal

Les douze sons de la gamme tempérée étant ceux qu'on rencontre sur le clavier d'un piano en actionnant tour à tour les diverses touches, noires ou blanches, dans l'ordre où elles se présentent, le système tonal en retient sept ; mais ce ne sont pas toujours les sept mêmes notes. La combinaison la plus simple est celle que fournissent les touches blanches du clavier, les touches noires étant exclues.

Leur énoncé successif, d'un do au do suivant, à distance d'une octave, revient à juxtaposer sept intervalles inégaux, et l'ordre dans lequel se présentent ceux-ci est l'élément premier qui donne sa personnalité au mode d'ut majeur où ils sont réunis (do,, mi, fa, sol, la, si, do). Cet ordre est le suivant : un ton (do-ré), un ton (ré-mi), un demi-ton (mi-fa), un ton (fa-sol), un ton (sol-la), un ton (la-si), un demi-ton (si-do).

Puisque ce mode majeur consiste en une répartition sélective de tons et de demi-tons le long d'une échelle qui comporte douze demi-tons, la même répartition, le même ordre de succession d'intervalles peut être reproduit en prenant pour point de départ n'importe quel son de cette échelle. C'est à ce moment que, venant remplacer un nombre égal de touches blanches, entrent en action, en quantité variable, les touches noires du piano laissées de côté en partant du do naturel. Si l'on part du do dièse, situé un demi-ton au-dessus du do, on les utilise toutes les cinq. Si l'on part du sol, une quinte au-dessus du do, on n'en utilisera qu'une. On a ainsi douze gammes qui reproduisent rigoureusement le mode majeur, mais avec d'autres sons. Chacune d'elles détermine une tonalité autonome. Ainsi, le mode et la tonalité sont deux choses différentes : le premier est déterminé par une succession immuable d'intervalles, la seconde par les sons qui la reproduisent. On sait, d'autre part, que la note qui s'insère entre deux sons délimitant un ton entier, et qui est donc à un demi-ton de l'un et de l'autre, peut recevoir deux dénominations[...]

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Écrit par

  • : compositeur de musique, ancien directeur de la musique et du programme national de la Radiodiffusion française

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Le retard

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Modulations aux tons éloignés (1)

Modulations aux tons éloignés (1)

Modulations aux tons éloignés (2)

Modulations aux tons éloignés (2)

Autres références

  • ATONALITÉ

    • Écrit par Juliette GARRIGUES, Michel PHILIPPOT
    • 4 382 mots
    • 9 médias

    C'est dans les premières années du xxe siècle, et surtout à partir de 1912 (année de la première audition du Pierrot lunaire d'Arnold Schönberg), que l'on commença à parler de musique « atonale » et, par extension, de ce qui devait être considéré, à tort, comme une technique...

  • CHROMATISME, musique

    • Écrit par Alain FÉRON
    • 929 mots

    En musique, le terme « chromatisme » recouvre deux acceptions. La plus simple indique l'altération d'un demi-ton – vers le grave ou vers l'aigu – d'un degré diatonique ; dans ce cas, le chromatisme implique l'adoption d'une échelle de référence, l'échelle heptatonique naturelle, dernier stade du diatonisme....

  • CONTINUITÉ, musique

    • Écrit par Alain FÉRON
    • 525 mots

    En musique, la notion de continuité s'appuie sur deux visions du temps qui peuvent apparaître contradictoires : dynamique dans la musique dite occidentale, statique en ce qui concerne les musiques orientales.

    Mais ce paradoxe n'est qu'apparent puisque la continuité est avant tout recherche d'...

  • FRAGMENT, littérature et musique

    • Écrit par Daniel CHARLES, Daniel OSTER
    • 9 372 mots
    • 2 médias
    À ne considérer que la musique tonale, il est clair que le déni du fragment s'appuie sur le postulat de l'irréversibilité du temps. Heinrich Schenker, montrant la convergence vers la tonique, c'est-à-dire vers le « bas », de l'ensemble des champs linéaires que dessine l'articulation d'une...
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Voir aussi