STYLE 1200

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

La Rhénanie et la région mosane

La troisième région où le « style 1200 » a produit des œuvres considérables, et qui a joué un rôle essentiel dans sa naissance et son développement, est la région du Rhin inférieur et moyen et de la Meuse. Dans cette région, la force des traditions carolingiennes et ottoniennes freina, pendant le xiie siècle, l'affirmation de l'art roman ; dès 1118, les fonts baptismaux fondus par Renier de Huy à Liège donnaient un étonnant exemple de formes antiquisantes d'une grande pureté. Vers 1140-1150, l'art de l'émaillerie mosane et rhénane, et notamment l'atelier de Godefroi de Huy, multiplie des œuvres étonnantes de liberté d'invention, très éloignées de l'esthétique romane méridionale. À partir de ce milieu du siècle, l'influence mosane pénètre en Champagne (Châlons-sur-Marne) et en Île-de-France (Saint-Denis). Vers 1165 débute à Cologne la série des grandes châsses-reliquaires en métal doré, série qui marquera toute la période concernée jusqu'au milieu du xiiie siècle.

C'est alors aussi que surgit l'œuvre géniale de Nicolas de Verdun, dont la première manifestation certaine se trouve en Autriche, à Klosterneuberg (ambon transformé plus tard en autel, daté de 1180-1182). Dans les émaux de cet ambon, on voit s'épanouir un style « antiquisant » qui dépasse les essais antérieurs, comme aussi des caractères byzantins dans l'iconographie et dans les compositions, enfin une sorte d'« humanisme » réaliste, aux antipodes de l'art roman. Nicolas de Verdun travaille ensuite à Cologne (châsse des Rois Mages de la cathédrale), où il crée, en cuivre repoussé, des figures de prophètes d'une force expressive remarquable ; on le retrouve enfin en 1205, à Tournai, où il achève la châsse de la Vierge, avec des scènes de la vie du Christ en métal repoussé. La qualité exceptionnelle de ces œuvres et la personnalité de leur auteur magnifient les caractères stylistiques et spirituels de l'époque. Une iconographie très savante et exprimée de la manière la plus explicite, par une sorte de convenance psychologique, une forme plastiquement harmonieuse et détendue constituent un des sommets de l'art médiéval en Occident. L'influence exercée par l'art de Nicolas de Verdun a été considérable sur le Rhin et sur la Meuse. À Aix-la-Chapelle (châsse de Charlemagne), à Trèves, à Maastricht, en pays mosan, à Namur dans l'œuvre du grand orfèvre Hugues d'Oignies (trésor des Sœurs de Notre-Dame). À Cologne même, tout l'art de la première partie du xiiie siècle appartient à ce style : les vitraux de l'église Saint-Cunibert, des manuscrits comme l'Évangéliaire du Grand-Saint-Martin (Bruxelles, bibl. Royale, ms. 9222). Plus au sud, le long du Rhin, l'influence atteignit Fribourg-en-Brisgau (vitrail de l'Arbre de Jessé).

Il ne faut pourtant pas négliger les résistances que ce style antiquisant rencontra dans l'Empire. L'Allemagne du Sud, la Bavière, l'Autriche, qui étaient traditionnellement plus touchées par des modèles byzantins, produisent, vers 1200 et pendant le premier tiers du xiiie siècle, des œuvres d'une très haute qualité, mais d'une inspiration un peu différente, continuant et développant les formules romanes dans ce que l'on appela le « baroque roman » (Spätromanik) ; on pense, par exemple, au magnifique missel de Berthold, abbé de Weingarten (New York, Pierpont Morgan Library, ms. M 710), écrit dans l'abbaye même après 1215. Dans d'autres provinces de l'Empire, ou bien en Italie et en France méridionale, l'art de cette époque offre, sporadiquement, des éléments comparables aux formes du « style 1200 ». Des courants antiquisants très puissants apparaissent notamment à la cour de Frédéric II, à Capoue, et, bien entendu, une forte imprégnation byzantine se manifeste à Venise.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 6 pages

Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

Classification

Autres références

«  STYLE 1200  » est également traité dans :

BIJOUX

  • Écrit par 
  • Sophie BARATTE, 
  • Catherine METZGER, 
  • Évelyne POSSÉMÉ, 
  • Elisabeth TABURET-DELAHAYE, 
  • Christiane ZIEGLER
  • , Universalis
  •  • 6 090 mots
  •  • 7 médias

Dans le chapitre « Moyen Âge occidental »  : […] Un grand nombre d'objets du haut Moyen Âge nous sont parvenus grâce à la coutume d'ensevelir les morts accompagnés de leur parure. Les bijoux retrouvés dans les tombes manifestent le goût de cette époque pour l'or et pour le décor de pierres et verres colorés, souvent sertis à froid dans un réseau géométrique formé par des cloisons soudées préalablement, selon la technique de l'orfèvrerie cloison […] Lire la suite

GOTHIQUE ART

  • Écrit par 
  • Alain ERLANDE-BRANDENBURG
  •  • 14 852 mots
  •  • 26 médias

Dans le chapitre « La sculpture »  : […] La période 1190-1240 est l'une des plus intenses dans le domaine de la sculpture : les cathédrales en cours de construction exigent un vaste programme sculpté. Collégiales et parfois même paroissiales ont les mêmes exigences. L'ampleur donnée aux bras du transept de Chartres est à cet égard exemplaire, même si elle demeure exceptionnelle. En même temps, les ensembles mobiliers se développent : la […] Lire la suite

GRODECKI LOUIS (1910-1982)

  • Écrit par 
  • Jacques HENRIET
  •  • 999 mots

L’historien d'art, Louis Grodecki eut deux maîtres, Henri Focillon et Erwin Panofski ; il fut l'élève du premier à partir de 1929, peu de temps après son arrivée en France – il était né à Varsovie en 1910 et devait être naturalisé français en 1935 – et rencontra beaucoup plus tard (en 1949) le second, à l'Institute for Advanced Study de Princeton. L'admirable exposition de 1953, Vitraux de France […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Louis GRODECKI, « STYLE 1200 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/style-1200/