STYLE 1200

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L'art monumental

Comme on le voit, le « style 1200 » se définit le mieux dans des œuvres de peinture et dans l'orfèvrerie. Par essence, il s'accorde mal avec l'évolution de l'art monumental, notamment de l'architecture. Vers 1175, l'architecture gothique est parfaitement constituée en France du Nord et pénètre en Angleterre (Canterbury) ; mais en Allemagne, ou dans les pays de la Meuse, l'architecture romane règne sans partage et crée même, dans la région colonaise, les monuments les plus élaborés. On a quelquefois pensé que la multiplication des formes architecturales polylobées dans des édifices de cette époque – à Cologne et sur le Rhin inférieur, mais aussi à la façade et dans le transept de la cathédrale de Laon, ou dans la nef de Chartres – pouvait avoir quelque rapport avec les formes de l'orfèvrerie, aussi riches en polylobes. Mais ce rapport n'est pas essentiel ni constant.

Beaucoup plus importantes sont les observations qui touchent à la sculpture monumentale. Certains thèmes « antiques » se propagent avec force : l'iconographie de la vasque du cloître de Saint-Denis (vers 1200 ?) est proprement antiquisante ; sur certaines tombes des évêques de Chartres on voit des copies de bustes romains (musée de Chartres). Au portail de Notre-Dame de Paris ou de la cathédrale de Sens, des représentations des Vertus et des Vices, du Zodiaque ou des travaux des mois sont aussi touchés par des modèles antiquisants. En certains lieux, comme à Reims, une forte tradition antiquisante s'impose pour longtemps, jusque vers 1240 sans doute (Sauerländer). Mais c'est surtout le style de la statuaire et des grandes compositions entre 1180 et 1220/1225 qui est le plus proche de celui des miniatures ou des œuvres au repoussé de la même période. Les plis mous, « vallonnés », se moulant sur les membres du corps, sans rapport avec les chutes stéréotypées et géométrisées de la plastique romane, apparaissent au portail de Senlis vers 1175, aux voussures du portail central de la cathédrale de Sens, au portail de la Vierge à Laon, etc. L'art chartrain n'échappe pas à ces formules assouplies, même s'il se mêle à cette imitation des formes septentrionales (Laon, Sens) un esprit de réserve et de simplicité. Les six portails du transept de Chartres sont, malgré des différences secondaires, concernés par le « style 1200 » (Schnitzler). À Strasbourg, un peu en raison de l'influence chartraine, mais aussi par contact avec les tendances rhénanes, le Pilier des Anges (ou du Jugement dernier), dans le bras sud du transept, ou encore le tympan de la Mort de la Vierge (vers 1225/1230) peuvent être comptés parmi les chefs-d'œuvre de cette tendance. Il est naturel que la sculpture des pays de la Meuse adopte ce style souple dans les grandes statues de Vierges à l'Enfant (musée diocésain de Liège, vers 1215), qui apparaît aussi à Cologne dans le tympan de l'église Sainte-Cécile (au musée Schnütgen). Une importante série de figures en stuc, aux clôtures des chœurs, montre une assez lointaine expansion de ces formes vers la Saxe, tels les éléments d'un décor partiellement détruit à Saint-Michel de Hildesheim (vers 1200 et vers 1220), et à Notre-Dame de Halberstadt, une assemblée apostolique autour du Christ en majesté (début du xiiie siècle) – une des belles créations de la sculpture allemande, digne d'être comparée aux reliefs de Nicolas de Verdun.

Cathédrale de Chartres, portails

Photographie : Cathédrale de Chartres, portails

Cathédrale de Chartres (Eure-et-Loir), les trois portails du transept nord, XIIIe siècle. 

Crédits : Peter Willi/ Bridgeman Images

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Écrit par :

  • : professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Paris

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Pour citer l’article

Louis GRODECKI, « STYLE 1200 », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/style-1200/