SEXUALITÉ, psychanalyse

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Sexualité et culture

En deçà du déploiement des médiations culturelles, la psychanalyse insiste sur l'impasse qui les motive et que l'on peut décrire comme place vide, comme manque absolu : le signifiant ne peut pas inscrire en lui-même la différence sexuelle, c'est-à-dire que l'être parlant, à y entrer, perd nécessairement tout accès direct à sa jouissance sexuelle et ne s'inscrit, en tant qu'il est sexué, que comme « sujet perdu », sujet impliqué dans le signifiant mais toujours à la recherche de son être, donc sujet de désir, d'un désir où il trouve son unique support ; il est bien dès lors sujet de l'inconscient, puisque, à aller jusqu'au terme de la détermination qu'il peut recevoir du signifiant, il ne peut se poser que comme ce qui nécessairement fait défaut à l'Autre et peut motiver sa subsistance en soutenant le suspens de son désir, à titre cette fois d'objet ; mais le sujet ne subsiste lui-même que comme effet de l'Autre ; et, tout comme ce dernier, il ne peut se poser que comme sujet ignorant de ce que lui impose sa détermination comme sexué, c'est-à-dire sujet de l'inconscient, sujet constitué comme non-savoir.

La question de l'origine étant une pseudo-question, on peut dire équivalemment soit que le signifiant ne se définit que par un système de différences, c'est-à-dire par l'évacuation totale de la jouissance sexuelle, soit, à l'inverse, qu'il ne fait que répercuter l'impasse dans laquelle la reproduction sexuée place l'être vivant : il reste que la jouissance sexuelle ne peut, en tout état de cause, se situer que comme ce qui était avant que l'instauration du signifiant n'en consomme ou n'en signe l'évaporation ; par rapport au signifiant, elle est donc la lacune qui motive et soutient son édifice comme bâti autour d'un vide constitutif. Pour l'être parlant, le rapport sexuel est ce qui en toute rigueur ne peut pas s'inscrire en termes signifiants, et doit être dit impossible : mais cet impossible, comme butée radicale, est appelé à devenir son seul réel, c'est-à-dire ce qui assure sa réalité comme identique à ce qui lui est soustrait de jouissance : ce qui dans le langage fait radicalement obstacle à la jouissance sexuelle (à savoir le phallus) est aussi ce qui maintient le sujet comme désirant, ou, tout aussi bien, le vide autour de quoi se construit la culture comme système de l'impossibilité du rapport sexuel.

C'est dire que le langage lui-même ne subsiste que de l'exclusion de la jouissance sexuelle et ne s'instaure que de sa perte, ce qui exige que pour le sujet cette perte soit effectivement consommée : si le phallus est la forme sous laquelle l'impossibilité de la jouissance sexuelle se trouve pouvoir prendre fonction dans le langage, on peut dire que c'est lui qui maintient la béance du champ où se déploie tout le symbolique. La culture s'édifie autour de ce vide que devient pour l'être parlant la jouissance sexuelle. C'est aussi le tribut dont il paie son avènement à la parole ; ainsi retrouvons-nous une vue bien freudienne, suivant laquelle ce qui se perd, dès la première inscription psychique, motive tout le fonctionnement du principe de plaisir et corrélativement l'effort de répétition de ce qui, par nature, se dérobe à sa visée.

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Pour citer l’article

Claude CONTÉ, Moustapha SAFOUAN, « SEXUALITÉ, psychanalyse », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/sexualite-psychanalyse/