RUSSIE (Le territoire et les hommes)Géographie

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Ienisseï

Ienisseï
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Volcans au Kamchatka, Russie

Volcans au Kamchatka, Russie
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Russie : agriculture

Russie : agriculture
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Russie : principaux fleuves

Russie : principaux fleuves
Crédits : Encyclopædia Universalis France

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CapitaleMoscou
Langue officiellerusse
Unité monétairerouble (RUB)
Population144 595 000 (estim. 2017)
Superficie (km2)17 098 200
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En 1985, Mikhaïl Gorbatchev engageait l'U.R.S.S. dans la perestroïka, nouvelle politique qui se transforma bien vite en séisme géopolitique pour le continent européen.

Après l'effondrement des démocraties populaires en 1989, l'implosion de l'U.R.S.S. en 1991 laissait la place à quinze républiques indépendantes, dont la Russie qui bien que ramenée, à l'ouest, à ses frontières du début du xviie siècle, demeure néanmoins le plus vaste État du monde (17 075 400 km2).

Premier président de la Russie, Boris Eltsine engagea cette nouvelle fédération sur la voie du capitalisme, ce qui supposait la refonte de son économie. On assista, en fait, à l'effondrement brutal du système productif soviétique. Après une décennie de crise, un renouveau se manifeste, quoique inégalement, dans différents secteurs de l'économie, mais des pesanteurs subsistent dans les structures et les mentalités ; et la Russie doit toujours composer avec un milieu naturel à la fois démesuré et rigoureux.

Le poids du milieu

Avantages et contraintes de l'immensité

De Kaliningrad au détroit de Béring, la Russie s'étend sur 10 000 kilomètres ; des îles Severnaïa Zemlia (îles de la Terre du Nord) à la frontière chinoise, sur 3 500 kilomètres. Une telle étendue multiplie les ressources minières, mais de telles distances ne peuvent qu'en contrarier la mise en valeur.

À l'ouest, la plate-forme russe alterne vastes dépressions (100 à 200 m d'altitude) et immenses plateaux, culminant entre 300 et 400 mètres. Les différences d'altitude y ont été réduites par les grands glaciers quaternaires qui ont recouvert de moraines toute sa moitié nord. Leur fonte, il y a quelques dizaines de milliers d'années, a laissé une topographie confuse de collines mal drainées, entre lesquelles prolifèrent plans d'eau, marais, tourbières. Au sud du front des glaciers, les vents violents ont accumulé des sédiments éoliens, les lœss.

La plate-forme russe, ensemble sédimentaire, offre peu de ressources minérales. Le charbon y est exploité, car il est situé dans la partie utile du pays, mais les gisements présentent de sérieux handicaps : la houille de la Petchora, de bonne qualité, se trouve au-delà du cercle polaire et la partie russe du Donbass, exploitée depuis un siècle, n'offre plus les meilleures qualités de charbon. Les hydrocarbures du soubassement primaire ont été exploités à partir des années 1950, le long de la Volga et de la Kama (gisement appelé le « Second Bakou »). La partie nord produit encore de grandes quantités de pétrole, la partie sud produisant plutôt du gaz (Orenbourg, Astrakhan). La principale ressource minérale de la plate-forme russe est le fer. Un énorme gisement de fer à haute teneur situé près de la surface grâce à un bombement du socle, constitue l'anomalie magnétique de Koursk (A.M.K.), près de la frontière ukrainienne.

La plate-forme russe est ceinturée par un amphithéâtre de reliefs. Au nord, la partie russe du bouclier scandinave, qui s'élève à 1 190 mètres dans la presqu'île de Kola, renferme quelques minerais exploités (fer, apatite) ou en cours de mise en valeur (platine en Kola, diamants près d’Arkhangelsk). De gigantesques gisements de gaz offshore ont été identifiés en mer de Barents, entre la Nouvelle-Zemble et le Spitzberg. L'exploitation de ces réserves (plus de 10 000 milliards de m3) devra affronter des conditions extrêmes du pôle Nord, loin de toute terre habitée.

À l'est, la chaîne de l'Oural allonge un mince cordon méridien de crêtes parallèles peu élevées (1 900 m au nord, 1 600 au sud). Avec ses cols bas et élargis par l'érosion, l'Oural n'a jamais constitué une barrière. Depuis Pierre le Grand, c’est un véritable coffre-fort métallifère. Toutefois, aujourd'hui, hormis pour le vanadium et l'amiante, l'Oural n'occupe plus qu'une position secondaire dans l’exploitation de quelques productions minérales (cuivre, fer, bauxite).

Au sud, le plissement alpin a érigé la chaîne du Caucase, sur laquelle s'appuie la frontière russe. Là se trouve le point culminant du pays, l'Elbrouz (5 642 m). L'avant-pays caucasien est semé de poches de pétrole et de gaz, dont l'importance décline.

Au-delà de l'Oural s'étend la plaine de Sibérie occidentale, immense cuvette effondrée. L'eau y est omniprésente : les marécages couvrent 60 p. 100 de la surface. Au printemps, la masse de neige accumulée sur le bassin (1,5 million de kilomètres carrés) fond rapidement et afflue vers les cours d'eau, mais si la fonte s'engage dès le 15 avril au sud, l'embouchure de l'Ob, au nord, reste gelée jusqu'en juin, entravant l'évacuation de l'eau. Le ressuyage de la plaine de Sibérie occidentale s'effectue durant l'été, très lentement, la pente de l'Ob étant très faible : à 2 600 kilomètres de la mer, le fleuve n'est qu'à 27 mètres d'altitude. Dans cette région, la circulation n'est aisée qu'en hiver, lorsque le gel assure un sol stable. Malgré ces conditions difficiles, la Sibérie occidentale est devenue la première source d'hydrocarbures du pays, sous le nom de « Troisième Bakou ». La mise en valeur a commencé, dans les années 1980, par l'exploitation du pétrole dans la partie moyenne de l'Ob. Plus au nord, sur le cercle polaire, les gisements de gaz assurent l'essentiel de la production du pays. Pour suppléer à leur déclin annoncé, l'exploitation va devoir se porter encore plus au nord, dans la presqu'île de Iamal (10 000 milliards de m3 de réserves estimées) et offshore, en mer de Kara (réserves estimées à plus de 5 000 milliards de m3).

Entre les fleuves Ienisseï et Lena s'étend la plate-forme de Sibérie centrale. Ses plateaux étagés, disséqués par des vallées en gorge, offrent de bons sites hydroélectriques. La couverture sédimentaire primaire recèle d'importantes réserves charbonnières, qui ne sont exploitées que dans le Sud (houille d'Irkoutsk, lignite du bassin de Kansk-Atchinsk). Les intrusions ou affleurements de socle sont à l'origine de sites miniers isolés, mais vitaux : le plateau de Iakoutie fournit la totalité des diamants du pays (la Russie en est le 3e producteur mondial au début du xxie siècle), le gisement polymétallique de Norilsk fournit du cuivre, mais surtout, à lui seul, place la Russie parmi les quatre premiers producteurs mondiaux de nickel, de platine, de rhodium, de cobalt et de palladium.

Ienisseï

Ienisseï

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L'Ienisseï, près de son confluent avec l'Angara, au sud du plateau de Sibérie centrale. 

Crédits : M. Iijima/ Ardea Londres

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De l'Altaï au détroit de Béring s'étend une écharpe montagneuse de structure complexe. À l'ouest, il s'agit de massifs soulevés en bloc, les monts Altaï et Saïan. C'est sur le piémont septentrional de ce dernier que se trouve le bassin du Kouzbass qui est le pilier de la production charbonnière russe. Des chaînes de montagnes issues de plissements anciens s'étendent au-delà du lac Baïkal (monts Iablonov et Stanovoï, Sikhote-Alin) et au-delà de la Lena (monts Verkhoïansk et Tcherski). Elles sont de plus en plus inhabitées à mesure qu'on va vers l'est ou vers le nord. À l’exception du gisement charbonnier de Nierioungri, l'exploitation des ressources du sous-sol est limitée à l'extraction des métaux précieux (or). Sur le littoral pacifique, la presqu'île du Kamtchatka, les îles Kouriles et Sakhaline, qui font partie de la « ceinture de feu » du Pacifique, introduisent un paysage volcanique unique en Russie. Au large de Sakhaline, l'exploitation des vastes gisements offshore de gaz et de pétrole, largement financée par des capitaux étrangers, a débuté en 2007.

Volcans au Kamchatka, Russie

Volcans au Kamchatka, Russie

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La péninsule du Kamchatka, à l'extrémité orientale de la Russie, le long de la mer de Béring, est parsemée de volcans aux cimes enneigées parmi les plus remarquables du monde. 

Crédits : K. Nigge/ National Geographic/ Getty

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Les contraintes de la continentalité

La continentalité marque climat et végétation de plus en plus durement à mesure qu'on va vers l'est, c'est-à-dire qu'on s'éloigne de l'Atlantique. En effet, dans l'hémisphère Nord, la circulation atmosphérique, vecteur des transferts d'énergie et d'humidité, se fait d'ouest en est.

Pour l'essentiel, la Russie se situe au nord du 50e parallèle, celui de Vancouver et de Terre-Neuve. Cette position très septentrionale explique largement l'emprise du froid sur le pays, et plus on va vers l'est, plus la possibilité d'advection d'air maritime, de nature à atténuer la rigueur des températures, se fait rare ; le froid de l'hiver s'accuse donc. Ainsi, si Moscou, à l'ouest, connaît cinq mois sur douze à température négative, Iakoutsk, à l'est, en connaît huit. Si la température moyenne de janvier à Moscou est de — 11 0C, elle est de — 43,6 0C à Iakoutsk. À l'est de cette ville, à Oïmiakon, a été relevée la température la plus basse jamais enregistrée dans l'hémisphère Nord, — 78 0C.

Les faibles précipitations d'hiver tombent sous forme de neige. Celle-ci couvre l'essentiel du pays pendant plusieurs mois, mais l'épaisseur du manteau n'est pas suffisante pour protéger le sol contre la morsure du froid. Toutes les régions de Russie situées à l'est de l'Ienisseï et une frange septentrionale de sa partie ouest entrent donc dans le domaine de la merzlota (ou pergélisol), du sol perpétuellement gelé. Ce « froid » du sous-sol est en partie « fossile », c'est-à-dire hérité des glaciations quaternaires. L'été, le sol ne dégèle qu'en surface, les profondeurs restant gelées, donc imperméables, ce qui participe à l'extension des marécages en Sibérie. Ce dégel superficiel pose de gros problèmes pour les travaux publics et la construction.

L'été est assez uniformément chaud : la température moyenne de Moscou en juillet est de 18 0C, celle de Iakoutsk, de 19 0C. Il est toutefois de plus en plus bref au fur et à mesure qu'on va vers l'est, et de plus en plus frais à mesure qu'on va vers le nord.

Entre ces deux extrêmes, les intersaisons sont réduites à quelques semaines. Le printemps, bref, est la saison de la raspoutitsa, « la saison des mauvaises routes ». La quantité d'eau fournie par la fonte simultanée de tout le manteau neigeux, renforcée de précipitations, dépasse alors la capacité d'évacuation des rivières. L'eau stagne partout, transformant les chemins en bourbiers impraticables.

Conséquence de la continentalité, les précipitations sont faibles et s'amenuisent d'ouest en est : de 500 à 650 millimètres à l'ouest, elles tombent à 200 millimètres en Iakoutie. Seules la partie sud de l'Extrême-Orient, touchée par les effluves de la mousson, et les régions montagneuses enregistrent des abats importants. Partout, le maximum pluviométrique se situe en été et coïncide avec la saison végétative, mais il ne suffit pas aux besoins des plantes cultivées, en raison de l'importance de l'évapotranspiration liée à la chaleur de l'été. Ce déficit estival concerne la majeure partie de l'espace agricole russe, où l'irrigation est un moyen privilégié d'accroissement des rendements.

L'espace russe est partagé en quatre grands domaines bioclimatiques :

– Le Nord, où la température moyenne mensuelle n'est jamais supérieure à 10 0C, est le domaine de la toundra. Un riche tapis de fleurs apparaît par taches en été, mais l'essentiel de la végétation est constitué de mousses et de lichens. Les arbres se limitent à quelques formes naines, clairsemées en position d'abri.

– La taïga lui succède au sud et couvre la majeure partie de la Russie. C'est la grande forêt de conifères (pins, épicéas, sapins) auxquels se mêlent quelques feuillus, dont le bouleau, arbre cher au cœur des Russes, symbole de la jeune fille. À l'est de l'Ienisseï, avec l'aggravation de l'hiver, la taïga est plus clairsemée, et le mélèze devient dominant. Sous la taïga, s'étendent les podzols, sols lessivés, acides, n'offrant que de très médiocres possibilités agricoles. La longueur de l'hiver y restreint les possibilités de décomposition de la matière organique.

– Dans la forêt mixte, des conifères se mêlent aux feuillus dominants. Cette formation, largement répandue à l'ouest de l'Oural, se réduit à une étroite bande en Sibérie. Ce domaine a été largement défriché, ses sols bruns podzolisés étant moins défavorables que ceux de la taïga. On retrouve une association à base de feuillus dans la région de l'Amour, au sud de l'Extrême-Orient, en rapport avec une influence septentrionale du climat de mousson.

– Au sud des zones forestières s'étend la steppe. C'est une formation herbacée, analogue à la prairie nord-américaine, étroitement liée à l'écharpe de lœss qui s'étend de l'Ukraine à la frontière chinoise. Entre forêt et steppe s'intercale une bande plus ou moins large où les deux formations s'imbriquent en plaques, la steppe boisée.

Le mélange millénaire entre la matière organique provenant du cycle annuel de la végétation et le lœss a donné naissance au tchernozem, « terre noire » d'une grande fertilité. Vers le sud et vers l'est, au-delà de la Volga, le climat se faisant plus aride, le tchernozem se dégrade, faisant place à des sols châtains, pouvant être affectés de salinisation. La steppe y présente un aspect beaucoup plus sec.

Dans tout le pays, cette bande de tchernozem, même dégradé, est la base de l'activité agricole. L'agriculture mécanisée y a cependant connu des déboires, « terre noire » et lœss étant très sensibles au ravinement lors des orages si le sol est mis à nu par le labour. Les vents desséchants d'été (soukhoveï) sont également dangereux : ils érodent un sol mal protégé par les plantes cultivées et dessèchent les récoltes.

Russie : agriculture

Russie : agriculture

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L'agriculture en Russie au début du XXIe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Des fleuves excessifs

La Russie est drainée par de grands appareils fluviaux, imposants par leur longueur comme par la taille de leur bassin ou l'ampleur de leur débit (tabl. 1). Tous ces fleuves ont un régime nival étroitement lié au climat. L'hiver, pendant trois mois dans l'Ouest, six dans l'Est, ils sont pris par une carapace de glace. Faute d'apports d'eau, l'écoulement est réduit. Au printemps, les énormes volumes stockés sous forme de neige affluent, et en deux à trois mois, les fleuves charrient 60 p. 100 de leur écoulement annuel. À ces crues grandioses succèdent des étiages d'été. Peu approvisionnés – les précipitations sont insuffisantes par rapport aux besoins de la végétation –, les cours d'eau sont alors sévèrement ponctionnés par l'évaporation.

Russie : principaux fleuves

Russie : principaux fleuves

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Fleuves géants de la Russie. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Indigents lorsque l'homme a besoin d'eux, démesurés au point de paralyser l'activité au printemps, de tels cours d'eau invitent à l'aménagement. À l'Ouest, Volga et Kama ont été transformées, à l’époque soviétique, en escaliers de lacs par une série de barrages. Les réservoirs de retenue y ont pour fonction de retenir la crue de printemps pour la redistribuer pendant l'été (irrigation, navigation) et l'hiver (électricité de pointe). Les écosystèmes sont toutefois très perturbés par le fonctionnement de ces cascades. En Sibérie, seule la partie située en amont de l'Ienisseï et de son affluent l'Angara a fait l'objet d'un grand aménagement : cinq barrages géants y produisent plus de 100 milliards de kilowattheures par an (Bratsk, Oust-Ilimsk, Irkoutsk, Saïansk et Krasnoïarsk).

Les transports intérieurs, talon d'Achille de l'économie

Si l'immensité présente l'intérêt de multiplier les ressources tant minérales que biologiques, elle présente l'inconvénient de les disperser sur une vaste surface. À cela se superpose un handicap supplémentaire : les ressources de base (hydrocarbures, houille, hydroélectricité, minerais) se trouvent en Sibérie, alors que la population et l'industrie de transformation restent massivement situées à l'ouest de l'Oural. Matières premières et énergie doivent donc converger vers l'ouest, les produits fabriqués devant être distribués sur tout le territoire. La démesure des distances et la rigueur du milieu se conjuguent alors pour faire des transports un problème clé de l'économie russe.

Pour faire face à ce défi, les fleuves ne sont pas d'un grand secours. Ils suivent une orientation sud-nord, alors que le besoin essentiel de transport se situe sur un axe est-ouest. Leur période de navigabilité est au surplus réduite : pendant trois à sept mois de l'année, ils sont pris par une carapace de glace épaisse de 1 mètre et plus, et la débâcle de printemps interdit encore la circulation pendant deux mois. La navigation fluviale n'assure donc que moins de 2 p. 100 des transports intérieurs.

À l'échelle régionale, elle peut cependant jouer un rôle important. C'est le cas à l'ouest de l'Oural. Cette zone qui abrite l'essentiel de la population et de l'industrie du pays est innervée par la Volga et ses affluents ; des seuils facilement aménageables séparent ce bassin fluvial de bassins voisins (Don, Svir). Entre 1933 et 1952, Staline y fit aménager le système des Cinq Mers. Réaménagé depuis, il constitue une artère maîtresse articulée sur la Volga et mettant en communication la mer Caspienne, la mer d'Azov (et au-delà, la mer Noire), la Baltique et la mer Blanche, pour des navires fluvio-maritimes de 5 000 tonnes. Ce système voit passer 40 p. 100 du trafic fluvial russe.

L'essentiel de la charge de transport terrestre est supportée par le réseau de gazoducs et d'oléoducs et par la voie ferrée. Les conduites assurent 50 p. 100 des transports de marchandises, mais les équipements souffrent de vétusté, et, depuis 1990, plusieurs ruptures importantes ont provoqué de sérieux dégâts dans les écosystèmes relativement fragiles du Grand Nord.

Les pondéreux autres que les hydrocarbures circulent par voie ferrée (42 p. 100 du trafic). Ce mode de transport souffre lui aussi de vétusté (45 p. 100 du parc de locomotives électriques a plus de vingt-cinq ans) et du manque de matériel. Il n'assure qu'une circulation très lente (l'écartement des voies y est plus large qu'en Occident). La partie occidentale du pays est bien desservie par un réseau construit en étoile autour de Moscou. À l'est de l'Oural, en revanche, le réseau se limite à un cordon linéaire méridional, lien d'importance stratégique car il constitue le seul axe lourd entre l'Oural et le Pacifique. Entre l'Oural et l'Ienisseï, l'U.R.S.S. disposait de trois axes, mais depuis l'indépendance du Kazakhstan (1991), il n'en reste qu'un seul dont le tracé soit intégralement en Russie. À l'est du Baïkal, pour doubler l'axe unique, le régime soviétique avait construit à grands frais le B.A.M. (Baïkal-Amour Magistrale), ligne dont la maintenance s'avère difficile en raison des conditions naturelles.

Le transport routier n'assure que 4 p. 100 du trafic en raison de l'état médiocre d’un réseau que le régime soviétique considérait comme secondaire et voué à la desserte locale. On ne compte encore que 37 kilomètres de routes revêtues pour 1 000 kilomètres carrés (150 à 300 dans la partie occidentale du pays, mieux équipée), contre 23 en 1990. Les deux tiers seulement de ce réseau sont bitumés. Les tempêtes de neige et la raspoutitsa constituent toujours de redoutables obstacles saisonniers.

Le transport aérien est l'unique moyen de désenclavement du nord de la Sibérie, mais ce mode de transport a beaucoup décliné avec la disparition des subventions de l’époque soviétique.

La population de la Russie

L' expansion démographique et territoriale russe

C'est en 1558 qu'Ivan IV le Terrible accorde des privilèges d'exploitation des territoires situés à l'est de l’Oural aux Stroganov qui, à la recherche de fourrures, financent des expéditions de plus en plus loin vers l'est. Un mouvement est lancé, qui conduira les cosaques sur les rives du Pacifique en 1639 (et même, plus tard, en Alaska). À la fin du xviiie siècle, la Russie a conquis la Sibérie et ses 10 millions de kilomètres carrés : pendant deux cent cinquante ans, le pays s'est agrandi au rythme de 100 kilomètres carrés par jour. Jusqu'au début du xixe siècle, ce territoire reste vide : la Sibérie ne compte que 1,5 million d'habitants en 1815. Elle en compte 10 millions en 1914 et 23 millions en 1960.

Dans le courant du xixe et du xxe siècle, la Russie connaît en effet une explosion démographique : elle passe de 36 millions d'habitants en 1796 à 90 millions en 1914. L'essentiel de cette croissance est le fait de la fécondité exceptionnelle de la population slave : au début du xxe siècle, une femme russe a en moyenne six ou sept enfants (contre trois en Europe). En 1937, l'indice de fécondité est encore de 4,9 enfants par femme ; en 1960, il chutera à 2,5. Cette démographie galopante a permis le peuplement du pays malgré les épreuves du xxe siècle : plus de 12 millions de morts civils et militaires entre 1914 et 1921 (Première Guerre mondiale, puis guerre civile), 1 million entre 1934 et 1939 (terreur stalinienne), 26 ou 27 millions lors de la Seconde Guerre mondiale.

Après 1960, la fécondité russe s'est rapidement alignée sur celle de l'Europe. L’affaiblissement s'est transformé en effondrement sous l'effet de deux facteurs : l'arrivée en âge de procréer, à partir de 1985, des « classes creuses » des années 1960, elles-mêmes contrecoup des « classes creuses » des années 1940, et la crise sociale enclenchée en 1989, qui incite les couples à différer les naissances. Le taux de natalité est ainsi tombé à 10,7 p. 1 000 en 1992, puis à moins de 9 p. 1000 entre 1996 et 2001. Depuis 2003, il s'est redressé (12,4 p. 1 000 en 2009), mais reste inférieur au taux de mortalité.

Depuis 1992, le nombre des naissances est inférieur à celui des décès. Une telle situation d'accroissement naturel négatif n'avait jamais été observée, dans aucun pays, en temps de paix. L'accroissement de la mortalité (de 11 p. 1000 dans les années 1980 à 16 p. 1000 en 2006) était lié à l'alcoolisme, à l'effondrement du système de santé, à la hausse de la criminalité et des suicides. Depuis lors, le taux de mortalité enregistre une baisse (14,2 p. 1 000 en 2009). L'espérance de vie reste basse, 74 ans pour les femmes et 62 ans pour les hommes (2008).

Une répartition très inégale

La Russie a une densité moyenne faible (8,4 hab./km2), mais ses 141,9 millions d'habitants (2009) sont très inégalement répartis. La partie occidentale est la plus peuplée. Au-delà de l'Oural, dans le sud de la Sibérie, s'étire une mince bande de peuplement qui s'effiloche progressivement vers l'est. L'histoire du peuplement russe se lit à travers la répartition actuelle des densités.

Dans l'Ouest, sur 5 millions de kilomètres carrés, la densité est de 25 habitants au kilomètre carré. C'est le berceau du peuple russe, auquel la forêt mixte avec ses clairières a longtemps servi de refuge contre les envahisseurs. C'est aussi le domaine de la steppe fertile, sur laquelle la colonisation s'est engagée dès le xvie siècle. Le Nord, plus inhospitalier, est occupé sporadiquement dès cette époque, mais reste relativement vide encore aujourd'hui.

Russie : population

Russie : population

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La population russe au début du XXIe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La forte expansion démographique du xixe siècle a densifié cet espace originel et permis la colonisation des steppes fertiles du Kouban, entre le Don et la montagne-refuge du Caucase, déjà densément occupée par des peuples non slaves. Aux xixe et xxe siècles, les rives de la Volga et l'Oural se peuplent et deviennent des foyers industriels. Le trakt, la piste, et le Transsibérien permettent d'occuper la lisière sud de la Sibérie.

Dans les années 1930, avec les plans quinquennaux, débute une phase d'industrialisation massive. La mise en valeur de nouvelles ressources et la volonté d'éloigner le potentiel industriel des frontières occidentales conduisent au renforcement du peuplement de la moyenne Volga, de l'Oural et de la Sibérie occidentale. De nouveaux axes industriels s'étendent, à partir du Transsibérien, en direction de nouvelles ressources. En 1954, le plan des terres vierges, qui concerne en partie la Sibérie occidentale, sera le dernier grand projet de colonisation de l'espace.

Russie : industrie

Russie : industrie

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L'industrie en Russie au début du XXIe siècle. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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Ultérieurement, les ressources nouvelles ont été exploitées à partir de bases locales temporaires (métaux du Nord, hydrocarbures de Sibérie). Le dernier projet de colonisation, lancé dans les années 1970 le long du B.A.M. progresse lentement. Privé de subventions d'État depuis la fin de l'U.R.S.S., l'Extrême-Orient voit donc sa population fortement régresser, passant de 7,9 à 6,5 millions d’habitants entre 1989 et 2008.

La diversité des nationalités

L'énorme majorité de la population est composée de Russes (80 p. 100). Avec les autres Slaves (2,5 p. 100 d'Ukrainiens et de Biélorusses) et d'autres nationalités au comportement démographique similaire, Allemands et Juifs (considérés comme formant une nationalité), deux groupes dont l'effectif s'est fortement réduit à la suite des émigrations pendant la décennie 1990, le bloc européen représente 83 p. 100 de la population.

Les principaux groupes non slaves se trouvent sur la Volga moyenne. Les Tatars, descendants des envahisseurs qui, au xiiie siècle, imposèrent leur joug à la Russie pour deux siècles, et les Bachkirs, tous deux turco-mongols et de religion musulmane, représentent 5 p. 100 de la population du pays. D'autres peuples, finno-ougriens (Mordves, Oudmourtes, Maris), ou turco-mongols (Tchouvaches), de religion orthodoxe, en représentent 2,5 p. 100. Tous disposent d'une république autonome.

Les contreforts du Caucase, densément peuplés, abritent de nombreux petits peuples, très jaloux de leur identité, âprement défendue au cours des siècles. Tous ces peuples réunis forment environ 3 p. 100 de la population mais, dans la Russie d'aujourd'hui, ce sont les seuls à être démographiquement dynamiques. Tous sont de religion musulmane, sauf les Ossètes (pour partie chrétiens) et les Kalmouks (bouddhistes). Ils disposent de territoires autonomes de petite taille, mais ethniquement très homogènes (sauf le Daghestan). Les nationalités les plus nombreuses sont les Avars (800 000) et les Tchétchènes (1,3 million), mais de sérieux doutes ont été formulés par les démographes sur les données du recensement de 2002 dans le Caucase, qui auraient été manipulées, les groupes ethniques étant en compétition démographique pour le contrôle du territoire et les subsides fédéraux étant proportionnels au nombre d'habitants. Les nombreuses ethnies de Sibérie et du Grand Nord ne forment pas, toutes réunies, 1 p. 100 de la population du pays. Leurs immenses territoires autonomes sont vides d'hommes (sur 5 millions de kilomètres carrés, la densité est inférieure à 1 hab./km2). Sauf en république de Iakoutie-Sakha, les Slaves sont encore partout largement majoritaires, malgré les départs massifs de la population.

Villes et campagnes, deux mondes

En 1917, la Russie était un pays rural. Le projet communiste a privilégié la ville, habitat naturel du prolétariat, et ne voyait dans les campagnes qu'un refuge du passé.

La part de la population urbaine est donc passée de 14 p. 100 de la population totale à 74 p. 100 en 1989 (73 p. 100 en 2009). De nouveaux centres ont été créés de toutes pièces, mais on a surtout procédé à l'extension massive des anciennes cités et à un remodelage complet du paysage urbain. La ville russe actuelle, conçue selon les principes de l'« urbanisme socialiste », en restera marquée pour longtemps.

La ville socialiste a été bâtie à partir de larges avenues et de vastes places articulées autour d'édifices publics monumentaux (maison du peuple, stade, théâtre...). L'habitat collectif était de règle, avec les mêmes grands ensembles d'architecture sommaire et uniforme d'un bout à l'autre du pays et la rareté du commerce de proximité (magasins, services). Les enseignes lumineuses se limitaient à quelques slogans du parti. Les centres-villes abritaient les administrations, mais également des industries. L'espacement des quartiers s'ajoutant à celui des immeubles collectifs, les distances étaient considérables, et l'absence de moyens de locomotion individuels rendait les citadins tributaires de transports en commun vétustes, souvent bondés.

Par rapport à ce schéma, la capitale, Moscou, a connu un profond bouleversement à partir de 1991. Publicité, commerce privé et voiture individuelle ont proliféré, transfigurant le paysage urbain. Les galeries de commerce de luxe, inconnues en 1990, se sont multipliées dans le centre, qui est l'objet d'une rénovation massive, toujours en cours. La grande distribution, tout aussi inconnue à l’époque soviétique, a édifié de vastes complexes en périphérie, autour des grandes marques occidentales (Auchan et Ikea furent les pionniers). Pour faire face à la demande de logements de standing des « nouveaux Russes », la construction d'immeubles a connu un véritable boom dans tous les quartiers de Moscou. Avec le développement de l'automobile, les campagnes voient l’apparition de résidences individuelles de type urbain jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres de la ville. La mutation a gagné Saint-Pétersbourg, où elle est moins radicale, en raison d'un cadre historique plus contraignant, ainsi que les autres grandes villes, la transformation affectant surtout le centre-ville, notamment grâce au développement du tertiaire, et la couronne péri-urbaine (boom des maisons individuelles). Les villes moyennes connaissent des situations plus diverses, en fonction de la vitalité des industries qui les structuraient.

Les campagnes profondes restent, quant à elles, encore un autre monde et ont peu changé par rapport à la période soviétique. Le régime, qui voulait rassembler la population dans des centres agro-industriels, y avait limité les investissements : seuls 30 p. 100 des habitations rurales avaient l'eau courante, 20 p. 100 le chauffage central. L'équipement de loisirs (restaurants, discothèques...) était rarissime. L'opposition du régime à la possession de la voiture individuelle et la faiblesse de l'équipement en transports en commun ont maintenu villages et petites villes dans un isolement que l'individu ne pouvait pas vaincre. En un demi-siècle, l'exode rural les a vidés. Dans ce milieu à la population vieillie, où les densités humaines sont devenues très faibles, l'infrastructure de communication inexistante ou délabrée, l'initiative entrepreneuriale individuelle se développe plus difficilement qu'en ville.

La restructuration des activités économiques

La nouvelle Russie apparue en 1992 a opté pour l'économie de marché. Cependant, après soixante-dix ans de communisme, de fortes pesanteurs se manifestent encore.

À l'époque soviétique, toute la production était assurée par des entreprises collectives sous contrôle du parti. Face à l'effondrement du système, les fonctionnaires dirigeant les entreprises ont dû improviser, sans formation, sans moyens (absence de banques, d'assurances, de circuits de distribution ...) et privés des directives du Plan, comme des financements d'État. Ils se sont donc largement tournés vers leurs réseaux pour maintenir un minimum d'approvisionnement et de débouchés, et assurer un minimum de production. Le troc s'est massivement développé, tout comme les dettes inter-entreprises et les impayés de salaires. On assista à un effondrement de tous les indicateurs de production et à une crise sociale majeure : l'inflation atteignit 2 500 p. 100 en 1992 et encore 950 p. 100 en 1993.

Le timide rétablissement de 1996-1997 fut emporté par le krach de 1998, mais celui-ci a eu pour effet d'apurer la situation financière de nombreuses entreprises. Celles qui avaient pu se tourner vers l'exportation ont réussi à maintenir leurs productions. Toutes ont cependant fortement réduit leurs effectifs pléthoriques de l'époque soviétique. L'ensemble de l'appareil productif profite, depuis 2001, de la manne répandue par l'envolée des cours des hydrocarbures et des matières premières. Après une décennie d'épreuves, l'appareil productif hérité de l'époque soviétique présente toutefois des situations très contrastées.

Un secteur agricole complexe

L'agriculture russe est de type extensif, comme en témoigne les rendements céréaliers moyens (tabl. 2).

Russie : situation de l'agriculture

Russie : situation de l'agriculture

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État de l'agriculture russe à la fin des années 2000. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La privatisation de l'agriculture n'a pas bouleversé les structures. Le mouvement de création de fermes individuelles, engagé en 1991, a culminé en 1995, avec 280 000 fermes privées. Depuis lors, l'effectif stagne ou régresse : en 2006, on ne comptait plus que 257 000 fermes dans tout le pays, pour une population active agricole de 6,8 millions de personnes. Ces fermes occupent 20 p. 100 des surfaces ensemencées et se consacrent surtout aux céréales et aux cultures industrielles, délaissant l'élevage (elles disposent seulement de 6 p. 100 du cheptel bovin) ou les cultures de fruits et légumes. Ceci s'explique par la rareté du matériel de production et de transport et des installations de stockage, l'absence de services (dont la maintenance des équipements). La carence du système bancaire rend l'investissement initial impossible. Les fermes privées ne jouent donc qu'un rôle marginal dans la production agricole.

Invités à privatiser les terres, les employés des kolkhozes et des sovkhozes ont massivement choisi de procéder à un partage nominal fictif, sans délimiter les lots, et de continuer à travailler en collectivité, c'est-à-dire sans vraiment changer la situation antérieure. En 2009, 76 p. 100 de la surface ensemencée appartiennent encore à ces grandes exploitations collectives.

Le reste des terres ensemencées, 4 p. 100, est distribué sous forme de « lopins », petit espace attribué en propriété, à des ruraux ou à des citadins : 35 millions de familles en possèdent un au début du xxie siècle. La plupart des employés des grandes exploitations agricoles sont dans ce cas et les enquêtes montrent qu'ils y ont développé une activité individuelle en symbiose avec le collectif dont ils font toujours partie. Selon les statistiques officielles, ils élèvent, dans ces lopins, une part très importante du cheptel du pays : 50 p. 100 des vaches laitières et des ovins, 44 p. 100 des porcs, soit vingt millions de têtes sur sept millions d'hectares. Cela n'est possible que par le prélèvement de matériel et de grain sur la ferme collective, qui met par ailleurs à leur disposition des surfaces bien plus importantes de prairies de fauche.

Les nombreuses familles urbaines propriétaires de lopins assurent, quant à elles, une partie de leur subsistance grâce à un « jardinage » soigné mais sans grands moyens. Lopins citadins et ruraux assurent une part importante de la production : 90 p. 100 de la récolte de pommes de terre et 80 p. 100 de celle de légumes (mais une partie de la production collective est « commercialisée » par ce biais).

La politique agraire formulée par le gouvernement au début des années 2000 est de favoriser les grandes exploitations agro-industrielles rentables (un tiers d'entre elles), et d'abandonner à leur sort celles qui ne peuvent assurément pas l'être (un quart), en les laissant évoluer vers l’agriculture d'autosubsistance, constituant ainsi un espace agricole marginalisé. Les autres exploitations se rattacheront à l'un ou l'autre cas. On observe, par ailleurs, un mouvement de rachat ou de contractualisation des grandes exploitations efficaces par des groupes de l'industrie agroalimentaire russe.

Depuis 1992, la surface ensemencée a diminué, passant de 115 millions d'hectares à 77 millions en 2009. Certaines productions agricoles ont fortement chuté dans les années 1990, avant de se redresser, mais sans atteindre les niveaux de l'époque soviétique. D'autres productions se sont maintenues, voire ont progressé (tabl. 2 et 3). La production annuelle est encore très soumise aux conditions naturelles (froid, sécheresse).

Russie : évolution de la production agricole

Russie : évolution de la production agricole

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Évolution de la production agricole russe (en millions de tonnes). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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L'élevage est le secteur le plus touché. Au 1er janvier 2010, le cheptel ne représentait plus que le tiers de ce qu'il était à la fin de l'époque soviétique (tabl. 4). Les grandes exploitations collectives n'ont plus les moyens d'acheter la quantité de fourrage nécessaire pour nourrir le cheptel pendant l'hiver, d'autant que le gouvernement a cessé les achats massifs de céréales américaines qui nourrissaient les troupeaux à l'époque soviétique (28 millions de tonnes en 1992). Elles l'ont donc fortement réduit. Les employés des fermes collectives ont certes développé le cheptel privé, mais ils sont soumis à la même contrainte (six mois de nourriture à l'étable), qui limite leur entreprise. Paradoxalement, avec la réduction des pertes (liées, à l'époque soviétique, aux carences dans la chaîne du froid) et le développement de l'importation, la quantité de viande à disposition du consommateur a toutefois augmenté.

Russie : évolution du cheptel

Russie : évolution du cheptel

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Évolution du cheptel russe (en millions de têtes). 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La pêche industrielle avait été développée à l'époque communiste et avait placé la Russie au deuxième rang mondial dans les années 1970 et 1980, avec plus de 10 millions de tonnes de prises annuelles. Faute de moyens pour réparer et renouveler les bâtiments, elle n'est plus que de 3,7 millions de tonnes en 2009, mais des volumes importants, impossibles à quantifier, sont débarqués par les chalutiers russes dans des ports étrangers (Japon, Corée ... ).

L'industrie face au choc culturel

L'industrie soviétique était entièrement étatisée et organisée en très grandes entreprises, souvent dénommées « combinats ». La production était planifiée depuis Moscou. Cette industrie était déséquilibrée : l'industrie lourde et le complexe militaro-industriel étaient hypertrophiés ; l'industrie des biens de consommation, limitée. Avec la disparition de l'administration qui régentait la moindre action, les secteurs industriels ont diversement réagi, mais on a observé une baisse générale de l'activité industrielle dans les années 1990 (tabl. 5).

Russie  évolution de l'activité extractive et de l'industrie

Russie  évolution de l'activité extractive et de l'industrie

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Évolution de l'activité extractive et de l'industrie russes. 

Crédits : Encyclopædia Universalis France

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La plupart des industries extractives ont tiré leur épingle du jeu. Elles délaissent le marché national et écoulent massivement leur production sur le marché mondial, en dollars, assurant des conditions de vie satisfaisantes à leurs employés et réalisant de fructueux bénéfices. Lors de l'éclatement de l'U.R.S.S., les fonctionnaires qui dirigeaient les sites d'exploitation ont pris la direction des activités, selon des modalités variables. L'extraction, la vente et l'exportation du gaz sont le monopole de Gazprom (premier exportateur mondial). L'avenir semble assuré dans ce domaine, puisque la Russie dispose des plus importantes réserves de gaz naturel de la planète (plus du tiers du total mondial). L'exploitation pétrolière s'est, quant à elle, fractionnée en plusieurs entreprises privées souvent d'assise régionale, qui assurent la production et l'exportation. Les sites miniers écoulent un « métal venu du froid » (nickel, cuivre, platine...), comme on le désigne sur les marchés, qui par ses livraisons massives, mais erratiques, est un facteur de déstabilisation des cours mondiaux. Parmi les productions minières, seule la production charbonnière a été victime de la crise : le développement des exportations n'a pu compenser la baisse de la demande de la sidérurgie et de l'industrie.

L'industrie lourde présente une situation contrastée. La métallurgie lourde soviétique, qui produisait des biens d'équipement de technologie dépassée, a été incapable de s'adapter. Sa production s'est effondrée. L'aspect social du problème est aggravé par le fait que ces unités de production sont concentrées dans certaines régions (Oural, Kouzbass). On envisage d'abandonner des villes entières, construites autour d'une seule usine, dont la production est condamnée, et qui sont trop isolées pour être revitalisées. En revanche, le secteur des semi-produits (engrais minéraux, acier, aluminium) s'est massivement tourné vers l'exportation. Dans le cas de l'acier et de l'aluminium, de puissants groupes industriels se sont formés et entendent se poser en acteurs internationaux comme United Company Rusal, devenu numéro un mondial de l'aluminium.

Dans le domaine de l'électricité, la limitation des capacités de production et la vétusté du réseau de distribution menacent les régions peuplées du pays d'une panne d'approvisionnement en période de pointe hivernale. La production d'électricité nucléaire s'est maintenue mais le vieillissement du parc rend de plus en plus urgente la construction de centrales nouvelles. Onze chantiers sont en cours en 2010. L'Agence fédérale de l'énergie atomique Rosatom propose par ailleurs avec succès dans le monde entier son nouveau modèle de centrale nucléaire aux standards occidentaux.

L'industrie de consommation de l'époque soviétique était sous-développée et fournissait des produits médiocres. La classe moyenne russe, de plus en plus nombreuse, a préféré les articles de consommation importés, au design et à la technologie éprouvés. Les investisseurs étrangers, longtemps circonspects, s'engagent de façon importante depuis le début du xxie siècle, notamment dans l'agroalimentaire et dans l'électroménager. C'est cependant dans l'automobile que la dynamique est la plus forte, la plupart des grands constructeurs mondiaux ayant désormais une unité de production en Russie. Renault-Nissan, en passe de prendre le contrôle du leader russe AvtoVAZ, devient un acteur dominant du secteur.

Le complexe militaro-industriel constitue un cas à part. La « conversion » d'un secteur d'industrie militaire hypertrophié, qui avait suscité beaucoup d'espoirs dans les années 1990, a pour l'essentiel échoué. Privé de commandes d'État depuis 1992, il n'a subsisté, affaibli, qu'en se tournant vers l'exportation. Il est en cours de concentration sous la houlette de l'État, qui entend maintenir la compétence technologique, et passe de nouveau des commandes depuis 2003. La production aéronautique militaire (Mig et surtout Soukhoï) trouve de larges débouchés à l'exportation, notamment en Asie (Chine et Inde). La construction d'avions civils, pratiquement interrompue depuis 1995, s'oriente vers des coopérations avec des constructeurs occidentaux tels les français S.N.E.C.M.A. et Thales qui participent au programme du premier « jet » commercial conçu en Russie depuis la fin du communisme, le moyen-courrier Superjet 100. L'industrie spatiale est également arrivée à maintenir ses capacités. Grâce à la sérieuse avance qu'avait prise l'U.R.S.S., elle a bénéficié de gros contrats en dollars dans le cadre de coopérations avec l'Occident (accueil de cosmonautes, participation au programme International Space Station, I.S.S.) et Soyouz s'est associé à Arianespace. De nouveaux lanceurs sont en cours de développement.

On n'a pas encore vu apparaître d'acteurs dynamiques dans le domaine de l'informatique ou des biotechnologies, mais des P.M.E., appuyées sur le fort potentiel en chercheurs et en ingénieurs du pays, réalisent des travaux de sous-traitance pour les grandes firmes occidentales.

Le « boom » du tertiaire

Le secteur tertiaire (petit commerce, services) passait pour improductif dans le système soviétique et n’était pas développé, à l'exception de l'administration, pléthorique. Aujourd'hui, le tertiaire, totalement libéré, est en pleine croissance. En 2009, il occupait 62 p. 100 de la population active, contre 35,3 p. 100 en 1991.

Au-delà de ce chiffre général, la statistique russe a encore du mal à cerner un secteur aux limites floues. Elle dénombre 950 000 petites entreprises de services. Leur répartition est très inégale dans le pays : 25 p. 100 d'entre elles sont regroupées dans la seule agglomération de Moscou, et 12 p. 100 dans celle de Saint-Pétersbourg. Les enquêtes montrent cependant qu'il existe à côté d'elles, et parfois avec elles, un vaste secteur « inorganisé » : mal payée dans son entreprise industrielle ou dans son administration, plus de la moitié de la population active exercerait une seconde profession, non déclarée (livraisons, petits travaux, activité commerciale...). Dans toutes les villes, les commerces et services ont proliféré. Un secteur bancaire, lui aussi inconnu à l'époque soviétique, est apparu. De réputation sulfureuse dans la décennie de 1990, il est en train de s'adapter aux pratiques de marché, sous l'influence des banques occidentales, de plus en plus présentes dans le pays.

La crise internationale de 2008-2009 a provoqué un violent ralentissement économique en Russie. Comme dans tous les pays émergents, l'activité connaît depuis lors une forte reprise et retrouve son niveau d'avant la crise.

La nouvelle Russie et le monde

Les relations commerciales sont largement orientées vers l'Europe. L'Allemagne est le premier partenaire commercial (9,2 p. 100 du commerce extérieur russe), devant les Pays-Bas (8,4 p. 100), l'Italie (7,1 p. 100), la Chine (7,6 p. 100) et la Turquie (4,6 p. 100). La part des États membres de la Communauté des États indépendants (C.E.I.) décroît (14,5 p. 100 en 2008 contre 23 p. 100 en 1995) et, parmi ceux-ci, l'Ukraine est le principal partenaire commercial (5,4 p. 100).

Les hydrocarbures représentent à eux seuls 66 p. 100 de la valeur des exportations et les minéraux et métaux, 21 p. 100. Le solde se décompose en produits chimiques (6 p. 100), biens d'équipement (5 p. 100), produits forestiers (3 p. 100). Les importations portent surtout sur les biens d'équipement (53 p. 100 de la valeur des importations en 2008) et les produits agricoles (13 p. 100), mais dans ce secteur, il s'agit de produits fabriqués et non plus de céréales comme à l'époque soviétique. Les autres importations sont les produits chimiques (13 p. 100), les minéraux et métaux (10,5 p. 100), les textiles (4 p. 100).

Dans le cadre d'un fort accroissement des échanges avec le reste du monde, les « fenêtres » sur l'extérieur sont redevenues vitales. L'immense littoral arctique et pacifique de la Russie est en effet pris par les glaces une bonne partie de l'année. Seuls Mourmansk, à l'extrémité ouest, bénéficiant de la dérive nord-atlantique, et Vladivostok, à l'est, restent accessibles toute l'année. Entre les deux, la « route maritime du Nord », ne fonctionnait qu'à usage intérieur, trois mois par an, avec l'aide de brise-glace. Avec l'effondrement des structures du pays, elle n'est plus utilisée qu'à l'ouest de l'Ienisseï. Le trafic va toutefois fortement augmenter pour évacuer le pétrole du Grand Nord (bas Iénisséï et basse Petchora) vers l'ouest. Hormis Mourmansk et Vladivostok, très excentrées par rapport aux forces vives du pays, la Russie ne communique avec l'extérieur que par la lucarne de Saint-Pétersbourg et l'étroit littoral russe de la mer Noire (ports de Taganrog, Rostov, Novorossiisk). Dans les deux cas, l'ouverture ne donne accès qu'à des mers fermées (Skagerrak, détroit du Bosphore).

En 1991, la Russie s'est retrouvée très dépendante des installations portuaires d'époque soviétique devenues ukrainiennes ou baltes, notamment pour les exportations pétrolières. Devant la perspective de l'entrée des États Baltes dans l'O.T.A.N., la Russie a activé, en 1999, un projet de construction d'un ensemble de cinq ports autour de Saint-Pétersbourg, alors qu’il était en sommeil depuis 1993. Le premier d'entre eux, le terminal pétrolier de Primorsk, a été mis en service en 2001. Ainsi, en 2007, l'ensemble des ports russes du golfe de Finlande a enregistré un trafic bien supérieur (157 millions de tonnes) à celui de tous les ports des États Baltes réunis (129 millions de tonnes). Plusieurs installations sont encore en construction, et c'est de là également (à Vyborg) que partira le gazoduc sous-marin à destination de l'Allemagne du Nord (prévu pour 2012).

L'exportation du gaz pose un problème particulier. En 1992, tous les pipelines traversaient l'Ukraine. La construction d'un gazoduc à travers la Biélorussie et la Pologne ainsi que d'un gazoduc sous-marin à destination de la Turquie n'ont que faiblement réduit cette dépendance : 85 p. 100 du gaz transitait encore par l'Ukraine en 2004. Avec la perspective de l'entrée de l'Ukraine dans l'O.T.A.N., la Russie a décidé de facturer le gaz au prix international, ce qui correspond à un quadruplement du prix auparavant consenti. Les clients occidentaux ont fait les frais du conflit gazier entre les deux pays en janvier 2006 et janvier 2009. Un nouveau gazoduc sous la mer Noire, South Stream, doit contourner l'Ukraine et acheminer à lui seul le tiers du gaz vendu par la Russie à l'Europe occidentale.

—  Pascal MARCHAND

BIBLIOGRAPHIE

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L. Touchart, Les Milieux naturels de la Russie, L'Harmattan, 2010.

※ Revue

Eurasian Geography and Economics, mensuel.

Écrit par :

  • : professeur à l'université de Lyon-II, chercheur au Centre Magellan, Université de Lyon-III

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Pour citer l’article

Pascal MARCHAND, « RUSSIE (Le territoire et les hommes) - Géographie », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 novembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/russie-le-territoire-et-les-hommes-geographie/