VENTURI ROBERT (1925-2018)

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Architecte américain né le 25 juin 1925 à Philadelphie, Robert Venturi s'est imposé à partir des années 1960 comme l'une des figures marquantes du mouvement critique à l'égard du Style international. Sous ce rapport mais avec des prémisses très différentes, son rôle a été comparable à celui de l'architecte italien Aldo Rossi, qui appartient d'ailleurs à la même génération. Largement enracinée dans la culture architecturale et urbaine américaine, son œuvre a cependant éveillé des échos en dehors des États-Unis car Robert Venturi a su dépasser le contexte proprement américain et proposer une architecture combinant emprunts à la culture de masse et références érudites.

Le théoricien de l'ambiguïté architecturale

Formé à l'université de Princeton (New Jersey), Robert Venturi a séjourné entre 1954 et 1956 à l'Académie américaine de Rome, ce qui lui a permis d'acquérir une connaissance directe et approfondie des grandes œuvres du patrimoine architectural maniériste et baroque. À son retour, il travaille pour Louis Kahn et devient son assistant à l'université de Pennsylvanie à Philadelphie. Il fait alors la connaissance de Denise Scott Brown, qui deviendra son épouse. Née en Zambie en 1931, élevée en Afrique du Sud, celle-ci a obtenu son diplôme d'architecte à Londres (The Architectural Association), puis a complété sa formation à l'université de Pennsylvanie. En 1964, Robert Venturi fonde avec John Rauch une agence à laquelle Denise Scott Brown s'associe en 1967. Ce partenariat a duré jusqu'au départ de John Rauch, en 1989.

Robert Venturi et Denise Scott Brown

Photographie : Robert Venturi et Denise Scott Brown

L'œuvre théorique de Robert Venturi se caractérise par sa critique de l'architecture fonctionnaliste. Au plus loin du Style international représenté par Mies van der Rohe, ses propositions tendent à combiner des éléments de la culture savante et de la culture populaire, ouvrant la voie au... 

Crédits : George Pohl/ The Architectural Archives ; University of Pennsylvania by the gift of Robert Venturi and Denise Scott Brown

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C'est d'abord comme théoricien et critique de l'architecture fonctionnaliste que Robert Venturi s'est fait connaître. Publié en 1966, Complexity and Contradiction in Architecture est un plaidoyer en faveur d'une architecture ambiguë. Considérant essentiellement l'architecture comme un objet de perception visuelle, Robert Venturi propose une esthétique de la juxtaposition de motifs d'origine et d'échelle différentes, mais devant aboutir à ce qu'il appelle « la dure obligation du tout ». L'auteur puise ses exemples dans l'ensemble de l'histoire de l'architecture, mais privilégie surtout des édifices des époques maniériste, baroque et rococo. Parmi les architectes contemporains, Robert Venturi reconnaît des mérites à Alvar Aalto, Le Corbusier ou Frank Lloyd Wright, et critique surtout Mies van der Rohe dont il renverse la célèbre formule Less is more (Moins c'est plus) en Less is a bore (Moins c'est ennuyeux). Considéré par l'historien américain Vincent Scully comme « le texte le plus important de la théorie de l'architecture depuis Vers une architecture écrit par Le Corbusier en 1923 », Complexity and Contradiction in Architecture se termine par une apologie du paysage urbain ordinaire résumée dans cette affirmation sous forme de question : Is not Main Street almost all right ? (Main Street n'est-elle pas presque parfaite ?). Par sa démarche empirique et anhistorique, Robert Venturi procède par rapprochements et confrontations d'exemples formels détachés de leur contexte historique. On trouve dans ce livre à la fois une connaissance savante des architectes illustres depuis l'Antiquité et une attention portée aux spectacles de la vie urbaine contemporaine inspirée du pop art. À cet égard, cet ouvrage qui laisse entendre la nécessité d'un double codage, populiste et élitiste, pour les édifices contemporains, a pu apparaître comme le texte fondateur du postmodernisme architectural.

Cette double dimension est reprise et approfondie dans Learning From Las Vegas paru en 1972 en collaboration avec Denise Scott Brown et Steven Izenour. Aux yeux des auteurs, le désordre apparent de Las Vegas apparaît comme une sorte de modèle de milieu urbain vivant, coloré et riche de sens qui s'oppose à l'univers ordonné et monotone de la planification urbaine. Robert Venturi introduit dans ce texte la distinction entre l'architecture du « canard » (notion qu'il développe à partir d'un restaurant en forme de canard) dans laquelle la configuration d'ensemble du bâtiment est signifiante et l'architecture du « hangar décoré » dans laquelle une façade plaquée sur l'édifice porte toute la signification. Notre époque, concluent les auteurs, n'est plus héroïque. Il n'est plus temps d'ériger des « canards », il s'agit de construire des « hangars décorés » en s'inspirant de panneaux publicitaires. Robert Venturi prend son parti des conditions existantes et assigne à l'architecture le rôle modeste d'améliorer légèrement l'environnement. La fonction critique passe au second plan au profit d'une conception distanciée et ironique du travail architectural.

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, directeur de l'École doctorale d'histoire de l'art

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Pour citer l’article

Claude MASSU, « VENTURI ROBERT - (1925-2018) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/robert-venturi/