SERRA RICHARD (1939- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Figure majeure de l'art contemporain qui se rattache en partie au minimalisme, le sculpteur américain Richard Serra a choisi le métal comme matériau principal de son œuvre – un métal fondu, tordu, coupé, disposé en œuvres monumentales. L'artiste ne cesse d'interroger les possibilités formelles de ce matériau, allant même jusqu'à jouer sur sa couleur par des jeux de corrosion et de rouille maîtrisés. Aboutissant à de véritables sublimations du métal, ses œuvres à la beauté étrange et presque menaçante étonnent et interpellent le spectateur, créent parfois la polémique, mais ne laissent jamais indifférent.

Un souvenir d'enfance

Richard Serra est né en 1939 à San Francisco. Un de ses premiers souvenirs remonterait à 1943 : le 2 novembre, jour de son quatrième anniversaire, le jeune Richard accompagne son père sur son lieu de travail, un chantier naval. « Quand nous sommes arrivés, se souvient-il, un cuirassé noir, bleu, orange se balançait pour ainsi dire sur un perchoir. Le tout était disproportionnellement horizontal, et ressemblait, aux yeux d'un enfant de quatre ans, à un gratte-ciel allongé [...]. La foule assistant [au départ du navire] se rassembla quand le cuirassé passa de son stade d'énorme poids inflexible à celui d'une structure libre, flottante en dérive. Mon intimidation et mon étonnement liés à ce moment n'ont jamais disparu. Tout le matériau brut dont j'avais besoin est contenu dans ce souvenir qui s'est transformé en un rêve récurrent. » Ce récit condense effectivement toute une série de données, relevant de « contradictions simultanées », qui marqueront à terme l'esthétique du sculpteur américain. Esthétique dont l'artiste ne posera toutefois les bases qu'en 1967, après plusieurs années de tâtonnements et de remises en question.

Sa trajectoire débute officiellement en 1961. Serra quitte la Californie pour New Haven dans le Connecticut et s'inscrit à l'université Yale où il obtient son bachelor puis son master of arts. Parallèlement à ses études et pour les financer, Serra travaille dans des aciéries, à la suite de premières expériences professionnelles dans ce secteur durant son adolescence, et y observe notamment comment le métal est alésé, ciselé, emboîté, enroulé, entassé, fendu, percé et tendu. En 1965, une bourse d'études lui permet d'entreprendre un voyage à Paris où il se rend presque quotidiennement à l'atelier de Brancusi reconstruit par le Musée national d'art moderne. Athènes, Istanbul, l'Espagne et l'Afrique du Nord ainsi que l'Italie constituent les étapes suivantes de son périple. C'est à Florence qu'il aurait peint ses ultimes tableaux. La légende veut que Serra ait jeté en 1966 toute sa production picturale dans l'Arno, insatisfait d'une œuvre dont la médiocrité lui aurait été révélée à la suite du choc que constitue la découverte au Prado des Ménines de Velázquez. Il entame dès lors une pratique sculpturale dont les premiers résultats – des cages en bois remplies d'animaux empaillés – seront présentés la même année à l'occasion de sa première exposition personnelle à la Galleria La Salita à Rome. De retour à New York fin 1966, Serra est confronté à un art minimal en plein essor. Il côtoie les plasticiens Robert Smithson, Eva Hesse, Bruce Nauman, Michael Heizer, Joan Jonas, Michael Snow, et le compositeur Philip Glass qu'il avait déjà rencontré à Paris. Un point commun fédère ces artistes : ils interrogent les propriétés de leurs matériaux et médiums respectifs afin d'en dévoiler l'essence.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 5 pages

Écrit par :

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

Classification

Autres références

«  SERRA RICHARD (1939- )  » est également traité dans :

SCULPTURE CONTEMPORAINE

  • Écrit par 
  • Paul-Louis RINUY
  •  • 8 068 mots
  •  • 4 médias

Dans le chapitre « L'art minimal et ses suites »  : […] Toujours aux États-Unis, quelques figures singulières inventent, avec une poignée d’œuvres marquantes, des formes radicalement nouvelles. Ainsi Barnett Newman (1905-1970), qui réalise uniquement six sculptures, affirme avec la pure verticalité de Here  II (1965) la sculpture comme une expérience et un art du lieu. David Smith (1906-1965), de son côté, incarne le pendant sculptural de l’abstracti […] Lire la suite

Voir aussi

Pour citer l’article

Erik VERHAGEN, « SERRA RICHARD (1939- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/richard-serra/