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SERRA RICHARD (1939- )

Les environnements urbains et naturels

Les années 1970 correspondent dans la trajectoire de l'artiste à un nombre croissant d'interventions, principalement en plein air, dans des environnements urbains ou naturels. Elles soulignent, chez le sculpteur, une dextérité et une remarquable capacité d'adaptation aux espaces investis. Répondant presque exclusivement à des commandes à la fois publiques et privées, l'artiste ne conçoit les pièces qu'après s'être rendu sur les lieux. Richard Serra reconnaît que les œuvres réalisées dans la nature traduisent une capacité d'ouverture sur l'espace environnant dont ne peuvent pas se prévaloir les sculptures destinées à un contexte urbain. « Dans les pièces produites dans des paysages, nous dit Serra, la redéfinition du site devient le contenu de l'œuvre. La mise en place d'éléments sculpturaux dans un cadre champêtre incite le spectateur à s'attacher à la topographie d'un site qui sera parcouru, tandis que, même si dans les œuvres conçues spécifiquement pour un contexte urbain la structure interne répond à des conditions externes, l'attention se refocalise sur la sculpture elle-même. »

Une première inflexion stylistique significative intervient au début des années 1980, période qui correspond à la réintroduction au sein du répertoire formel de l'artiste de lignes plus arquées qui contrastent avec la rigueur minimaliste des années 1970. De Titled Arc (1981, détruit par le gouvernement américain en 1989 à la suite d'une campagne de dénigrement) aux Runnings Arcs (For John Cage), 1992, cette décennie marque l'accomplissement d'une esthétique qui a su gagner en souplesse et en élégance. Te Tuhirangi Contour (1999-2001, The Farm, Karpara, Nouvelle-Zélande) est l'une des plus impressionnantes réalisations de l'artiste. Mesurant 257 mètres de longueur pour une hauteur de 6 mètres et d'une épaisseur de seulement 5 cm, l'œuvre sculpte le paysage sans jamais imposer son énorme poids. La sculpture fait évidemment songer au poids « monstrueux » et inflexible du cuirassé tout en dégageant une impression de légèreté, comme si l'artiste recherchait éternellement la sensation de cette expérience originelle. Les spirales torsadées produites à partir de la fin des années 1990 – celles qui sont entreposées dans la collection de la DIA Art Foundation à Beacon (New York) comptent parmi les réalisations les plus déconcertantes de l'artiste – parachèvent cette recherche d'équilibre entre monumentalité de la construction et sentiment d'apesanteur. Aussi voluptueuses que vertigineuses, ces dernières pièces permettent au spectateur de les contourner, mais aussi de les pénétrer afin de s'approcher, entre intérieur et extérieur, d'une quintessence sculpturale qui ne cesse paradoxalement d'échapper à sa vigilance.

Son œuvre a fait l’objet de plusieurs rétrospectives, notamment au Centre Georges-Pompidou à Paris (1983), au Museum of Modern Art de New York(Sculpture, 1986 ; Sculpture FortyYears, 2007) et au Metropolitan Museum of Art de New York (Drawings : aRetrospective, 2010).

En 2008, cinq monumentales plaques de métal patinées par la rouille s'élèvent dans la nef du Grand Palais à Paris, à l’occasion de Monumenta. Avec cette installation, intituléePromenade, le visiteur fait l’expérience de sa propre corporalité et de sa place dans le monde.

— Erik VERHAGEN

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Écrit par

  • : maître de conférences en histoire de l'art contemporain à l'université de Valenciennes, critique d'art, commissaire d'expositions

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • SCULPTURE CONTEMPORAINE

    • Écrit par Paul-Louis RINUY
    • 8 011 mots
    • 4 médias
    ...sculpteur qui a su le mieux jouer de la variété et de l’énergie des mouvements physiques du spectateur pour animer les formes immobiles qu’il invente est Richard Serra. De Shift (1970-1972, King City, Ontario) à son installation pour l’exposition Monumenta au Grand Palais à Paris, Promenade (2008),...

Voir aussi