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RÉSEAUX, philosophie de l'organisation

Réseaux et territoires

Desserte d'un territoire par un réseau : variantes

Desserte d'un territoire par un réseau : variantes

Lorsqu'ils s'inscrivent dans l'espace géographique, les réseaux organisent le territoire. Le dictionnaire, à sa manière, pose la question en donnant comme définition du réseau dans ce cas : « ensemble des lignes, des voies de communication, des conducteurs électriques, des canalisations, etc., qui desservent une même unité géographique, dépendent de la même compagnie » (Grand Robert). L'organisation du réseau n'est pas seulement celle de la « compagnie ». Elle est aussi organisation ou réorganisation de la ville, de la région, selon des règles et des lois qui ne sont pas celles de la territorialité municipale ou provinciale, mais celles de la réticulation que l'on vient d'évoquer.

Bien que les saint-simoniens aient pris conscience au xixe siècle du formidable pouvoir des réseaux dans ce domaine, la question est restée relativement négligée depuis. Elle n'émerge que lorsqu'on doit concevoir des réseaux pratiquement ex nihilo pour équiper des territoires. En 1863, l'ingénieur des Ponts et Chaussées Lalanne fait parvenir à l'Académie des sciences le premier essai théorique consacré à la configuration des réseaux de chemin de fer. Ildefonso Cerda théorise également lorsqu'il urbanise Barcelone selon des principes réticulaires. Dans les années 1960, des géographes et aménageurs chargés de projets d'équipement ambitieux pour des pays du Tiers Monde s'essaient à établir des relations entre réseaux de communication et développement. Le projet du fameux réseau autoroutier Interstate, qui, à partir de 1958, étend sa trame sur la totalité du territoire des États-Unis, suscita de nombreuses recherches pour caractériser et mesurer les effets d'un nouveau mode d'organisation territoriale. Assez suivies en Grande-Bretagne, ces recherches seront pratiquement ignorées en France, où fort heureusement des géographes effectuent des travaux d'inspiration différente sur les réseaux de villes (ou réseaux urbains). À l'échelle urbaine, la prise de conscience sera très tardive. D'une part, les principes urbanistiques dominants se fondaient sur une territorialité foncière et non réticulaire. D'autre part, seuls de rares précurseurs comme l'urbaniste français M. F. Rouge affirmaient l'unité profonde des réseaux (depuis les réseaux de voirie jusqu'aux réseaux de distribution commerciale) que tout dans la pratique planificatrice tendait à séparer. Il faudra rassembler des études historiques comparatives pour que cette prise de conscience ait lieu au moins aux États-Unis et en France dans les années 1980. Elle sera à l'origine des travaux du groupe Réseaux sur les réseaux territoriaux.

Organisation de l'espace par un réseau en fonction du temps

Organisation de l'espace par un réseau en fonction du temps

Aujourd'hui, il paraît acquis que le concept de réseau est opératoire pour analyser certains types de rapports de l'homme à l'espace dans les sociétés modernes. L'idée que la spécificité du mode d'organisation en réseau compte autant, sinon plus, que les quadrillages administratifs, que les frontières territoriales classiques, que les lois physiques ou économiques particulières qui régissent la communication et la circulation de tel ou tel flux, paraît sur le point d'être admise, révolution informatique aidant. Sur le plan théorique, les fondements se trouvent dans une nouvelle géographie du pouvoir. Celle-ci permet d'interpréter le réseau comme ensemble des projets « transactionnels » d'acteurs localisés dans l'espace et tentant par ces « transactions » avec d'autres lieux de faire entrer d'autres acteurs dans leur territoire. Se dessine ainsi un réseau virtuel, à tendance connexionniste et maximaliste. Un « opérateur », résultant des jeux de pouvoir des acteurs ponctuels, sorte de fondé de pouvoirs territoriaux, est chargé de réaliser le réseau virtuel. Ici réapparaissent[...]

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Écrit par

  • : ingénieur des Arts et manufactures, docteur d'état ès lettres et sciences humaines, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, université de Paris-XII, chef de département à l'École nationale des ponts et chaussées

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Électricité : complémentarité des besoins

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Desserte d'un territoire par un réseau : variantes

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Organisation de l'espace par un réseau en fonction du temps

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