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RÉSEAUX, philosophie de l'organisation

Réseau et système

Le concept de réseau doit être mis en rapport avec un autre concept organisateur, celui de système. À vrai dire, dans bien des cas, les deux termes sont utilisés comme synonymes. On parle couramment de système de transports ou de communications (notamment dans les pays anglo-saxons) pour désigner un réseau de transports ou de communications. En écologie, le réseau représente parfois à l'instar du système un ensemble d'éléments en interaction (réseau trophique). Plus généralement, beaucoup des effets qualifiés d'« effets de réseau » sont des « effets de système » au sens de la théorie générale des systèmes de von Bertalanffy.

La différence entre réseau et système, lorsqu'elle existe, n'est pas essentielle. Elle résulte d'un changement de perspective. Le système peut être vu plutôt de façon structurelle comme un ensemble d'éléments en interaction ou plutôt de façon fonctionnelle comme une entité en relation limitée avec un environnement. Dans le premier cas, la différence est insignifiante. Dans le second, elle est plus importante. Mais, même dans ce cas, le réseau reste proche du système. En effet, de même que la relation avec l'environnement est régulée par l'organisation du système, de même l'organisation du réseau comporte des régulations adaptatives ou stabilisantes. Ces régulations portent aussi bien sur la définition des nœuds du réseau, leur différenciation, leur « formatage », que sur les liens, les arcs, les connexions qui se réduisent ou se multiplient. L'important est d'assurer l'adaptation du réseau à un environnement changeant, tout comme l'organisation des systèmes s'adapte aux évolutions extérieures. On a pu ainsi établir un modèle conceptuel systémique représentant les évolutions de réseaux de transports en commun en distinguant différents niveaux de régulation.

La similitude du réseau et du système apparaît particulièrement lorsque la régulation est diachronique. Le réseau s'étend, se connecte, s'interconnecte avec d'autres réseaux, se complexifie en réponse à l'évolution des intrants. Mais cette évolution n'est pas prolifération. Des mécanismes de régulation interviennent pour en faire une adaptation qui, comme pour un système, maintient la cohérence du réseau. De nombreux modèles morphologiques ont été proposés pour expliquer la croissance des réseaux. Les plus récents, concernant par exemple les réseaux d'assainissement urbain, font appel au concept de fractale. Il est particulièrement clair dans ce cas que la croissance du réseau implique selon le modèle d'évolution systémique une régulation. Celle-ci n'autorise l'extension du réseau que selon des lois d'homothétie particulières, garantissant pour une échelle spatio-temporelle le maintien d'un certain degré de connectivité. Finalement, par rapport à des formes plus classiques, le réseau apparaît comme un mode d'organisation coopératif, adaptatif et évolutif impliquant de nouveaux rapports collectifs entre acteurs (s'il en comporte) et de nouveaux rapports à l'espace et au temps.

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Écrit par

  • : ingénieur des Arts et manufactures, docteur d'état ès lettres et sciences humaines, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, université de Paris-XII, chef de département à l'École nationale des ponts et chaussées

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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