Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

RÉSEAUX, philosophie de l'organisation

La science des réseaux au XXe siècle : de l'électricité à l'informatique

Hors des domaines précités, champs historiques d'application du concept de plus en plus larges (par exemple, on passe aisément des réseaux de chemins de fer aux réseaux de tramways et aux réseaux d'autobus, des réseaux d'eau aux réseaux de gaz, d'éclairage public, d'air comprimé, de chauffage urbain, etc.), on peut citer des secteurs de connaissance plus particuliers où le concept du réseau s'est avéré ou s'avère utile. Dans certains cas, l'utilisation du mot réseau relève principalement de l'acception morphologique. Les réseaux de diffraction désignent des dispositifs comportant des lignes régulièrement espacées de façon à produire des effets de diffraction de la lumière ou d'ondes électromagnétiques. Les réseaux cristallins fournissent une typologie raisonnée de la disposition des ions ou des atomes à l'intérieur de certains corps cristallisés.

Dans d'autres cas, la définition combine l'agencement topologique et une notion de circulation. En général, on peut alors déceler une filiation du concept de réseau à partir de l'utilisation médicale et/ou de la représentation hydraulique. L'exemple le plus net est sans doute celui des réseaux électriques. La définition du réseau électrique est établie depuis la fin du xixe siècle. Elle repose sur l'identification d'éléments de base (résistance, inductance, capacitance), concrets ou abstraits, reliés entre eux par des conducteurs et répartis en plusieurs circuits. Cette définition s'est révélée très féconde en électricité. Combinée à des lois de conservation ou de déperdition, elle a donné naissance à une véritable théorie des réseaux qui a elle-même inspiré directement ou par analogie d'autres utilisateurs du concept de réseau dans le domaine des télécommunications, de la thermodynamique (échanges thermodynamiques en réseaux).

Enfin, depuis quelques décennies, la notion d' information réinvestit la vieille métaphore du réseau. C'est d'abord l'image du tissu, des mailles, du filet qui revient au-devant de la scène. Il s'agit bien de liens multiples entre les éléments, hommes ou machines. Mais la nature de ces liens et de la communication qu'ils peuvent établir est profondément différente de ce qui fondait jusque-là les utilisations du concept de réseau. Peu importe au fond la nature physique de ce qui est véhiculé ou communiqué. On s'attache seulement au transfert d'une entité totalement abstraite : l'information. L'avantage de l'information est de pouvoir être traitée en grande quantité et très rapidement par des machines (processeurs, ordinateurs, etc.), généralement en vue de l'action.

À partir de là, on imagine l'intérêt de penser en termes de réseaux à la mise en relation d'automates, de processeurs, d'ordinateurs et plus généralement d'individus et de machines perçus comme émetteurs, récepteurs et processeurs d'information.

Prenons l'exemple du téléphone. Comme on le sait, il ne date pas d'hier, mais de plus d'un siècle. Il a pu dans le passé être considéré comme réseau dans la mesure où il reliait physiquement les abonnés par des fils à un central. On pouvait même imaginer la voix modulée circulant grâce au courant électrique entre deux abonnés. Mais le paradigme informationnel nous invite à voir autrement le réseau. Peu importe désormais le courant électrique. D'ailleurs, la communication sera transportée, selon les cas, par des faisceaux hertziens, des liaisons radio-satellites, des fibres optiques. Peu importe la voix du locuteur. Elle est remplacée par un échantillonnage de bits d'information. Peu importe la liaison physique particulière établie via le central[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : ingénieur des Arts et manufactures, docteur d'état ès lettres et sciences humaines, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, université de Paris-XII, chef de département à l'École nationale des ponts et chaussées

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Électricité : complémentarité des besoins

Électricité : complémentarité des besoins

Desserte d'un territoire par un réseau : variantes

Desserte d'un territoire par un réseau : variantes

Organisation de l'espace par un réseau en fonction du temps

Organisation de l'espace par un réseau en fonction du temps

Autres références

  • CAPITALISME - Sociologie

    • Écrit par Michel LALLEMENT
    • 3 521 mots
    • 2 médias
    ...Chiapello dans Le Nouvel Esprit du capitalisme (1999), le capitalisme d'aujourd'hui fonctionne à l'aide de deux ingrédients originaux. Les réseaux d'abord. La sous-traitance, les alliances stratégiques, les coopérations en étoile..., voilà autant de formes contemporaines d'un capitalisme...
  • COMMUNICATION - Les processus de la communication

    • Écrit par Robert PAGÈS
    • 6 234 mots
    L'étude des réseaux de communication est au fond une psychosociologie écologique de la communication : elle porte sur les conditions de milieu dans lesquelles la communication s'exerce ; elle est née d'une traduction en termes de graphes (liaisons graphiques entre éléments d'ensembles...
  • ENTREPRISE - Gouvernance d'entreprise

    • Écrit par Gérard CHARREAUX
    • 4 761 mots
    ...que le précédent. Il accorde, en effet, davantage de pouvoir aux parties prenantes autres que les actionnaires, notamment aux salariés et aux banques et apparaît principalement régulé soit par des mécanismes internes, soit par des réseaux (réseaux d'administrateurs, relations interentreprises). Il semble,...
  • SCIENCES - Sociologie

    • Écrit par Yves GINGRAS
    • 5 557 mots
    • 2 médias
    ...1980, à l'ensemble des interactions sociales impliquant des objets par les sociologues Michel Callon, Bruno Latour et John Law qui proposent l'approche dite de « l'acteur-réseau », consistant à décrire la façon dont les liens sont créés entre les humains et les choses. Ainsi, la « découverte » de l'électron...

Voir aussi