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RÉSEAUX, philosophie de l'organisation

La pensée saint-simonienne et les réseaux

En dépit de ces quelques succès, lents et limités, chez les médecins et les ingénieurs territoriaux, en dépit de la préexistence d'un véritable réseau national – le réseau postal –, la métaphore réticulaire n'aurait probablement pas poursuivi ses conquêtes si elle n'avait été à partir de 1830 au cœur de la pensée de l'école saint-simonienne. Il semble bien que, chez le maître lui-même, la vision organiciste du réseau ait été particulièrement féconde. Le double principe de la multiplicité des relations et de la circulation génère les idées et les projets les plus grandioses. A priori, tout peut être mis en relation avec tout et engendrer un mouvement de circulation des personnes, des biens, des capitaux, des idées, du savoir. Ce principe s'accompagne d'ailleurs chez Saint-Simon d'une pensée originale sur la contradiction entre solide et fluide. La contradiction tient au fait que l'organisation implique une certaine solidité alors que la fluidité est nécessaire à la vie, à ses changements incessants. Elle trouve sa résolution dans une circulation (fluide) à travers des tuyaux, des tubes, des canaux, des vaisseaux, caractéristiques d'une structure solide.

On comprend mieux ainsi la mobilisation des disciples de Saint-Simon, Enfantin, Lainé, Clapeyron, Flachat et surtout Chevalier pour la promotion des réseaux : réseaux bancaires et financiers, routes, canaux, lignes maritimes, chemins de fer. Le réseau n'est plus ici seulement un concept opératoire, il est le vecteur d'une philosophie et même d'une mystique de la communication généralisée. Entre la dimension topologique originelle, issue du textile, et la dimension circulatoire, agrégée par la médecine au début du xixe siècle, la dernière se trouve majorée (encore que Michel Chevalier donnât toute son importance à la connexion). En même temps, le terme acquiert une charge positive : le réseau signifie désormais plus que tout libre circulation et libre communication, et il est réputé préférable au non-réseau. D'ailleurs, le réseau devient l'instrument du bien collectif. Système de communication généralisée fondé sur la connexité organisée, il sera la nouvelle utopie mobilisatrice du planificateur social.

Électricité : complémentarité des besoins

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Cette tradition française pourrait expliquer le statut particulier du terme réseau dans notre langue par rapport à son homologue anglo-saxon network, par exemple. Pourtant, n'est-ce pas encore une lointaine influence saint-simonienne qui, outre-Atlantique, guide des précurseurs pour la conception de nouveaux réseaux dans les villes américaines à partir des années 1840 ? Au milieu du xixe siècle, W. F. Channing, inspiré par le modèle du système nerveux, utilise le télégraphe pour organiser à Boston un réseau d'alarme anti-incendie. Un peu plus tard, à Chicago, Samuel Insull fournira au « corps » urbain l'énergie qu'il réclame en réalisant un remarquable système de production-distribution de l'électricité fonctionnant déjà comme un véritable réseau.

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Écrit par

  • : ingénieur des Arts et manufactures, docteur d'état ès lettres et sciences humaines, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, université de Paris-XII, chef de département à l'École nationale des ponts et chaussées

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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