HAÜY RENÉ JUST (1743-1822)

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Ce fut sans conteste un fondateur, mais dans un domaine moins accessible au grand public que celui où son frère cadet Valentin s'illustra au service des aveugles. L'abbé René Just Haüy a créé la cristallographie rationnelle dans le même temps où Lavoisier révolutionnait la chimie. Rapprocher ces deux noms n'est pas sacrifier à la coïncidence de leurs dates de naissance. Issus de préoccupations distinctes, leurs travaux ont également concouru à l'essor de la science de la matière et à la mise en place de la théorie atomique au xixe siècle.

L'idée que la matière est composée de particules élémentaires est pratiquement aussi ancienne que la pensée scientifique ; elle hante la science positive naissante du xviie siècle, mais c'est seulement de manière confuse que le problème des types de particules, de leurs formes, de leurs structures d'assemblage est alors posé. Christiaan Huygens notamment, pour expliquer la double réfraction du cristal de spath d'Islande, est conduit à imaginer des particules de forme oblongue compatible avec l'existence de plans de clivage dans leurs empilements réguliers : premier rapprochement significatif entre un phénomène particulier (existence de formes cristallines) et une hypothèse précise sur la composition intime de la matière.

C'est, d'autre part, à Romé de l'Isle (1736-1790) que revient le mérite d'avoir énoncé clairement, dans son traité de « Cristallographie, ou description des formes propres à tous les corps du règne minéral », la règle de la « constance des angles » : les angles entre les faces naturelles des cristaux se conservent, pour un corps donné, d'un échantillon à l'autre.

Le mérite de René Just Haüy est d'avoir compris le parti qui pouvait être tiré des observations des minéralogistes et d'avoir mis ses talents d'observateur au service d'une étude systématique de la morphologie générale des cristaux, afin de déterminer des lois structurales. Son œuvre a résisté à l'épreuve du temps ; elle avait la solidité des constructions les plus parfaites.

De l'observation du phénomène de clivage à l'idée de structure interne

C'est la minéralogie, en plein développement au milieu du xviiie siècle, qui attire, tardivement d'ailleurs, René Just Haüy vers des activités scientifiques. Né à Saint-Just-en-Chaussée (Oise), ce fils d'un modeste tisserand doit le privilège d'entreprendre des études à des aides ecclésiastiques. Ordonné prêtre en 1770, il enseigne d'abord au collège de Navarre, puis au collège du Cardinal-Lemoine où l'amitié de son confrère l'abbé C. Lhomond éveille chez lui la passion des sciences naturelles. Le cours de L. J.-M. Daubenton au Jardin du roi décida de sa vocation pour la minéralogie.

Haüy comprend vite la nécessité d'une synthèse entre les deux courants dont Jean-Baptiste Romé de l'Isle (1736-1790) et Torbern Olaf Bergman (1735-1784) étaient les éminents représentants, mais ce n'est qu'au moment de son entrée à l'Académie en 1783 qu'il est vraiment en possession d'une vision claire de cette synthèse.

Toute l'argumentation d'Haüy part d'une observation fondamentale sur le phénomène de clivage, c'est-à-dire de facile séparation, suivant certaines directions de plans, que présentent de nombreuses espèces cristallines, et tout particulièrement la calcite (CaCO3). La calcite possède trois directions de plans de clivage, respectivement parallèles aux trois paires de facettes d'un rhomboèdre (solide à six faces losanges). Partant d'un échantillon naturel de calcite, on peut ainsi isoler, par clivages successifs, des rhomboèdres de plus en plus petits. « Or, dit Haüy, la division du cristal en petits solides a un terme, passé lequel on arriverait à des particules si petites qu'on ne pourrait plus les diviser sans les analyser, c'est-à-dire sans détruire la nature de la substance. Je m'arrête à ce terme et je donne à ces corpuscules que nous isolerions, si nos organes et nos instruments étaient assez délicats, le nom de molécules intégrantes. Il est très probable que ces molécules sont les mêmes que celles qui étaient suspendues dans le fluide où s'est opérée la cristallisation. » Voilà donc le cristal analysé comme un assemblage d'éléments identiques à l'échelle microscopique.

Ayant fait cette analyse, Haüy s'efforce de bâtir un modèle d'assemblage dans le cristal, en suivant une marche inverse de celle qui l'a conduit, par une sorte de dissection progressive, à le décomposer en molécules [...]

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Loi d'Haüy

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  • : professeur émérite à l'université de Paris-VI-Pierre-et-Marie-Curie, membre de l'Académie des sciences, ancien ministre

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Pour citer l’article

Hubert CURIEN, « HAÜY RENÉ JUST - (1743-1822) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 05 octobre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/rene-just-hauy/