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RÉGÉNÉRATION ET CICATRISATION

Tous les êtres vivants sont capables, à des degrés divers, de réparer les dommages causés à leur organisme. Dans son sens le plus large, le terme de régénération désigne tous les phénomènes de réparation au cours desquels un individu retrouve son intégrité ; c'est le remplacement par l'organisme d'une partie perdue spontanément, accidentellement ou expérimentalement. La cicatrisation peut être considérée, dans une certaine mesure, comme une modalité de la régénération au sens large (à laquelle sera consacrée la troisième partie du présent article). Beaucoup d'invertébrés peuvent régénérer une partie importante de leur organisme ; chez ces animaux, régénération et cicatrisation vont généralement de pair : la cicatrisation, dans ce cas, est la simple fermeture de la blessure par l'épiderme sous lequel le régénérat va s'édifier. Chez les vertébrés, par contre, régénération et cicatrisation, même si elles peuvent s'observer ensemble, sont deux phénomènes bien distincts.

La cicatrisation est la fermeture d'une plaie par un tissu conjonctif fibreux néoformé, qui constitue la cicatrice proprement dite ; il remplace le tissu normal détruit, qui, lui, n'a pas été régénéré. Il existe une sorte de compétition entre ce tissu conjonctif banal, qui tend à combler la brèche, et le tissu « noble » spécialisé : la régénération des cellules spécialisées et fonctionnelles du tissu lésé est empêchée par la présence du tissu cicatriciel fibreux, plus rapide à se former. C'est ainsi qu'on a pu supposer que l'absence de pouvoir de régénération chez un grand nombre de vertébrés est due à la formation précoce du tissu cicatriciel. On a pu, en effet, obtenir des processus de régénération chez la grenouille adulte, qui est normalement incapable de régénérer, en empêchant par divers procédés d'irritation (chlorure de sodium) la cicatrisation trop rapide de la plaie après une amputation.

La régénération vraie est la restauration à la fois de la fonction et de la forme d'un organe lésé ou amputé. Elle est rare chez les vertébrés supérieurs ; en revanche, ceux-ci présentent un autre type de réparation, qui ne restaure que la masse et la fonction d'un tissu, non la forme de l'organe lésé, c'est l'hyperplasie régénératrice qui sera étudiée dans la seconde partie de cet article.

Régénération chez les invertébrés et chez les vertébrés inférieurs

Dans les conditions normales, l'hydre d'eau douce renouvelle constamment ses tissus. Les cellules usées sont éliminées à la base du tronc, tandis que des éléments nouveaux se forment au sommet, dans la région hypostomiale. Ainsi, l'hydre se régénère tout au long de sa vie. De même, l'épiderme humain se renouvelle continuellement par desquamation des cellules mortes en surface et par prolifération des cellules à sa base. Ce phénomène de régénération physiologique est universellement répandu. Il est courant cependant, lorsqu'on parle de régénération, d'envisager un phénomène beaucoup plus spectaculaire : c'est la reconstitution, par un animal lésé, de fragments importants de son corps, fragments composés d'un organe entier ou de plusieurs organes, eux-mêmes constitués de plusieurs tissus différents. C'est ce qu'on appelle « régénération traumatique ». Ainsi le corps de l'hydre peut-il être sectionné en plusieurs tronçons : en quelques jours, chaque fragment reforme tout ce qui lui manque, donnant une hydre normale, plus petite que l'animal dont elle est issue, mais complète (A. Trembley).

La régénération présente, d'après cette définition, une analogie profonde avec le développement embryonnaire. Elle peut être interprétée comme une deuxième morphogenèse. L'ontogenèse tend à créer un tout, c'est-à-dire un[...]

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Écrit par

  • : ancien directeur de recherche en pathologie à l'université de Liverpool, ancien consultant honoraire en pathologie au conseil d'administration de plusieurs hôpitaux de Liverpool
  • : médecin des hôpitaux de Paris
  • : docteur ès sciences, ingénieure de recherche au CNRS

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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