PSYCHOLOGIE DE LA RELIGION

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Développements méthodologiques

La plupart des études empiriques en psychologie de la religion ont été réalisées en Occident et dans des contextes culturels et religieux de tradition principalement protestante et catholique. Ce n’est que plus récemment qu’un nombre croissant d’études empiriques ont été menées dans d’autres contextes culturels et religieux. Les effets de la religion sur le bien-être semblent, par exemple, plus clairs dans des populations défavorisées ou dans les sociétés où la religion est socialement valorisée. Le lien entre religion et stéréotypes et préjugés contre des exogroupes ethniques, religieux et moraux (homosexuels et athées) est présent au sein des trois monothéismes ; mais moins, voire pas du tout, dans le contexte du bouddhisme. Même si la psychologie de la religion n’échappe pas à la critique d’ethnocentrisme adressée à la psychologie en général, les efforts entrepris au xxie siècle pour étudier la religion dans une perspective comparative et interculturelle donnent des résultats encourageants pour celui qui s’intéresse à distinguer ce qui est universel de ce qui est culturellement spécifique.

La méthodologie des recherches en psychologie de la religion s’est aujourd’hui clairement diversifiée et complexifiée. Les études classiques par enquête, avec questionnaires d’auto-évaluation de ses propres attitudes, sont toujours bien présentes. On assiste toutefois à une utilisation croissante de nouvelles méthodes de recherche plus complexes et plus sophistiquées. Nous présentons succinctement l’essentiel de ces méthodes en soulignant chaque fois le type de recherches qu’elles permettent d’aborder.

Il y a d’abord les études expérimentales menées en laboratoire, mais aussi sur Internet, qui permettent de mesurer les effets de stimuli religieux sur le comportement humain ou l’influence de certaines variables contextuelles sur différentes dimensions psychologiques associées au fait religieux. On peut, par exemple, examiner l’influence du contexte sur les niveaux de croyance en se demandant si des sujets qui se déclarent athées présentent un certain degré de croyance après avoir été confrontés en laboratoire au rappel du fait qu’ils vont un jour mourir. Il a également été montré que l’exposition, supraliminale ou même subliminale, hors conscience, à des images ou des mots religieux active de manière quasi automatique un nombre important d’attitudes, de pensées et même de comportements pertinents tels que la prosocialité, le contrôle de soi, l’intégrité morale, mais aussi les préjugés homophobes ou la soumission à l’autorité et la conformité aux pairs. Les études en laboratoire permettent également de mesurer les attitudes et les comportements de manière plus implicite, plus « spontanée », donc moins contrôlée (pour éviter des biais liés à la volonté de faire bonne impression). Ainsi, les croyants ont-ils plus de préjugés cachés que les non-croyants au-delà de ce que les uns et les autres rapportent explicitement ?

Les études longitudinales, c’est-à-dire des collectes répétitives de données auprès des mêmes participants parfois à plusieurs décennies d’intervalle, ont examiné des questions intéressantes. Elles ont montré, ainsi, que la personnalité des jeunes enfants, telle qu’évaluée à douze ans par des tiers, prédit trente ans plus tard des trajectoires et des attitudes bien spécifiques par rapport à la religiosité. Également, travailler l’identité personnelle à l’adolescence de manière à se donner des engagements prédit, quelques mois, voire quelques années plus tard, des attitudes proreligieuses ; rester sur le questionnement identitaire, sans aboutir à des engagements, prédit ultérieurement une foi toujours en quête, ou du doute religieux, ou encore de l’abandon de la religion.

D’autres études ont été effectuées avec les méthodes d’analyse quantitative du contenu (livres, sites Web, journaux, journaux intimes, textes SMS), assistée par ordinateur. Ainsi, des différences significatives entre bouddhisme et protestantisme sur les affects valorisés par ces religions ont été observées tant dans des textes fondamentaux anciens que dans des textes contemporains. En outre, de larges enquêtes internationales sur des dizaines, voire des centaines, de milliers de personnes issues de plusieurs dizaines de pays ont facilité des analyses dites « multiniveaux ». Celles-ci ont permis par exemple de montrer que, si, sur le plan ind [...]

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Écrit par :

  • : professeur ordinaire, université catholique de Louvain (Belgique), responsable du Centre de psychologie de la religion

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RELIGION - Religion et psychanalyse

  • Écrit par 
  • Antoine VERGOTE
  •  • 3 718 mots
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Dans le chapitre « Les apports de l'interprétation freudienne »  : […] Le jugement de valeur que Freud porte sur la religion est à la mesure de l'ambivalence qu'elle représente dans se reconstitution analytico-historique : la religion juive réalise la plus haute spiritualité culturelle et ses prophètes sont de grandes figures paternelles ; mais elle demeure prisonnière du complexe œdipien non résolu et, pour cette raison, elle culpabilise, rend passif (féminin) et se […] Lire la suite

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Pour citer l’article

Vassilis SAROGLOU, « PSYCHOLOGIE DE LA RELIGION », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/psychologie-de-la-religion/