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PROJECTION, psychanalyse

Projection et image du corps

Si la projection consiste bien, au sens freudien, à rejeter à l'extérieur de soi ce qu'on refuse d'y reconnaître à l'intérieur, elle pose le problème des relations entre perceptions internes et externes, lequel est dominé par celui de l'image du corps considéré à la fois comme la limite entre le « dedans » et le « dehors » et comme objet libidinal narcissique (P. Schilder). On peut donc dire que toute projection passe du réel à l' imaginaire par un mouvement dialectique dont la description reposerait sur une théorie de l'image du corps. Cette théorie a été esquissée par Sami Ali dans son ouvrage De la projection. Il y montre que « le corps propre apparaît comme un pouvoir primordial de projection dont les effets structurants sont décelables dans le domaine de la perception et de la mémoire, au niveau conscient et inconscient de l'inscription des événements ». Ainsi, à l'inverse des tentatives analogues de L. Bellak ou de D. Rapaport, le concept analytique de projection peut être étendu à de nombreux processus perceptifs sans perdre son sens primitif (bipartition du sujet et rejet sur l'autre de la partie de soi refusée). La construction du réel comme de l'imaginaire se fait, en effet, par une constante projection, méconnue par le sujet, de sa propre image, ou plus exactement de ce qu'il se refuse d'y voir. Cela est vrai non seulement du délire de persécution et du racisme mais aussi de la création artistique, comme l'exprime fort bien Borges : « Un homme fait le projet de dessiner le Monde. Les années passent : il peuple une surface d'images de provinces, de royaumes, de montagnes, de golfes, de navires, d'îles, de poissons, de maisons, d'instruments, d'astres, de chevaux, de gens. Peu avant sa mort, il s'aperçoit que ce patient labyrinthe de formes n'est rien d'autre que son portrait » (L'Auteur et autres textes).

— Jacques POSTEL

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Écrit par

  • : médecin-chef au centre hospitalier Sainte-Anne, Paris

Classification

Pour citer cet article

Jacques POSTEL. PROJECTION, psychanalyse [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BION WILFRED R. (1897-1979)

    • Écrit par Émile JALLEY
    • 4 827 mots
    ...psychotique et ceux de la personnalité psychotique tient au fonctionnement – normal ou, au contraire, pathologique – du mécanisme de l' identification projective. Décrit d'abord par Melanie Klein, ce dernier, qui fonctionne dès les premiers mois de la vie, consiste, sur le plan fantasmatique, dans le...
  • INTROJECTION

    • Écrit par Pierre-Paul LACAS
    • 504 mots

    Terme utilisé en psychanalyse et introduit en 1909 par Sandor Ferenczi (« Introjektion und Übertragung » — « Introjection et transfert » —, in Jahrbuch für Psychoanalyse, vol. I). Pour cet auteur, et en première approche, l'introjection caractérise d'abord les névrosés par opposition...

  • OPPOSITION CONCEPT D'

    • Écrit par Émile JALLEY
    • 18 859 mots
    • 4 médias
    ...infinie, l'autre centripète, de nature « liée » et finie. La première – c'est une innovation dans l'histoire des idées – est qualifiée de mouvement de projection (Entwerfung ; le mot freudien est Projecktion). La seconde est simplement appelée réflexion. Le terme introjection, d'apparition beaucoup...
  • PARANOÏA (histoire du concept)

    • Écrit par Jacques POSTEL
    • 3 151 mots
    ...forte timidité), soit homosexuel. Mais dans ce dernier cas, l' homosexualité reste généralement inconsciente et latente. Sa manifestation est inacceptable pour le patient qui va s'en défendre par laprojection paranoïaque ; celle-ci donne la clé de la psychogenèse du délire paranoïaque.
  • Afficher les 7 références

Voir aussi