PRIMATICE FRANCESCO PRIMATICCIO dit (1504-1570)

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À l'époque où Primatice commence son apprentissage à Bologne, sa ville natale, il ne s'y trouve pas de grand maître : les peintres locaux travaillent dans le sillage de l'école romaine, et c'est auprès d'un élève de Raphaël, Bagnacavallo, que Primatice reçoit sa première formation. Ce que Bologne ne peut lui offrir, il va le chercher à Mantoue, près d'un plus éminent disciple de Raphaël, Jules Romain, qui réalise pour Frédéric Gonzague l'un des édifices majeurs de l'époque, le palais du Té. Dans un décor qui envahit les murs et les voûtes, toutes les ressources du maniérisme sont mises en œuvre pour célébrer l'Amour en évoquant les amours des dieux ou pour suggérer la terreur par la représentation d'affrontements titanesques. Jules Romain traduit ainsi sa réaction aux exemples de Raphaël et de Michel-Ange ; Primatice acquiert près de lui l'aptitude aux transpositions fabuleuses et le sens d'un art décoratif complet où les ornements de stuc prennent une importance nouvelle. Il devient expert en ce domaine, mais c'est en France, à Fontainebleau, qu'il pourra donner sa mesure.

Il y arrive en 1532, appelé par François Ier qui veut faire de sa demeure favorite un centre d'art vivant et prestigieux. Jusqu'à sa mort, Primatice consacrera l'essentiel de son activité à cette ambitieuse entreprise. Dans un premier temps, il collabore avec un autre maître italien, Rosso, qui l'a précédé d'un an, assure la direction des travaux et impose son style : une version exacerbée du maniérisme florentin. L'œuvre de Rosso à Fontainebleau, comme celle de Primatice, a été en grande partie détruite ou défigurée. Pourtant, la restauration de la galerie François-Ier (1961-1966) permet d'apprécier la cohérence d'un style ornemental où le caprice de l'invention, l'acuité des formes et des rythmes s'expriment également dans les zones peintes et dans les stucs, aux reliefs accentués, aux profils élégants, aux motifs étonnamment diversifiés. L'expérience de Rosso permet à Primatice de dépasser celle qu'il avait lui-même acquise à Mantoue. Il développe ses propres intuitions dans les chambres du roi (1533-1535, détruite), dans la chambre de la reine (dont la cheminée seule subsiste), puis dans celle de la duchesse d'Étampes, la favorite du moment (1541-1544). Cette dernière pièce a été très altérée par la construction d'un escalier. Mais ce qui subsiste — les longues figures aux attitudes dansantes encadrant des médaillons peints — montre l'orientation de Primatice vers un art plus sensible à la grâce qu'à la violence, et moins emporté, moins fébrile que celui de son prédécesseur. Car Rosso est mort entre-temps (1540) et Primatice l'a remplacé à la tête des entreprises royales. Il règne en maître sur la pléiade d'artistes et d'ouvriers travaillant aux décors intérieurs du château, aux constructions nouvelles, à l'aménagement des jardins. Il conçoit les « fabriques » des fêtes et des réceptions royales, donne des modèles aux sculpteurs, aux orfèvres, aux graveurs. Il surveille les ateliers de tapisserie et ceux des fondeurs qui exécutent en bronze les statues dont lui-même a acquis les « creux » au cours de deux voyages en Italie (1540 et 1546). Ces missions que lui avait confiées le roi sont pour lui l'occasion de reprendre contact avec l'art de la péninsule et d'en connaître les plus récentes formulations, qu'il adapte avec aisance à sa manière personnelle. Celle-ci nous apparaît surtout aujourd'hui dans les dessins pour les décors disparus de Fontainebleau, notamment ceux de la galerie d'Ulysse, seuls témoignages autographes de cette œuvre considérable, entreprise par Primatice au retour de son premier voyage en Italie, poursuivie à partir de 1559 par son disciple le plus doué, Nicolò dell'Abbate, achevée sous Henri IV, détruite sous Louis XV. Le poème d'Homère y était illustré en cinquante-huit panneaux répartis entre les fenêtres, et le plafond comportait quatre-vingt-treize sujets mythologiques sur un fond de grotesques où Primatice, une fois de plus, mettait au point une formule décorative inédite dont allaient s'inspirer plusieurs générations d'ornemanistes. Les feuilles de bistre ou de lavis finement rehaussés qui évoquent pour nous ce monde enchanté trahissent une technique très sûre, un sens instinctif des modulations lumineuses et graphiques. Si des compositions comme La Charité romaine ou Le Festin des dieux (cabinet des Dessins, musée du Louvre) sont tout imprégnées de grâce et de lyrisme, d'autres montrent les forces sous-jacentes dans un art qui ne renie pas Michel-Ange ni Rosso (Ulysse massacrant les prétendants, Albertina, Vienne ; Embarquement des Grecs après la prise de Troie, Nationalmuseum, Stockholm).

En même temps qu'il réalise la galerie d'Ulysse, Primatice donne les projets des compositions destinées à la salle de bal, qui seront exécutées par Nicolò dell'Abbate et qui, dans leur état actuel, trahissent quelque peu le charme des dessins. L'ordonnance de la pièce est de Philibert Delorme qui, sous la règne de Henri II, assume la direction des Bâtiments du roi. L'avènement de François II (1559) rend à Primatice toutes ses prérogatives : il s'y ajoute la supervision des travaux en cours dans l'atelier des sépultures royales établi à l'hôtel de Nesles : le monument du cœur de Henri II, le tombeau du roi, l'ensemble des sculptures destinées à la rotonde des Valois (détruite) que Catherine de Médicis fait élever à Saint-Denis sur les plans de Primatice.

Le génie multiforme de Primatice a réalisé le rêve de François Ier en donnant à l'école de Fontainebleau, non l'éclat éphémère d'un chantier royal temporairement privilégié, mais le rayonnement d'un mouvement novateur qui a marqué en France de façon décisive l'évolution de la peinture et des arts décoratifs.

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Pour citer l’article

Marie-Geneviève de LA COSTE-MESSELIÈRE, « PRIMATICE FRANCESCO PRIMATICCIO dit (1504-1570) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/primatice/