PRÉCOLOMBIENSAmérique du Sud

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Les agriculteurs céramistes d'Amazonie

Longtemps considérée comme une aire marginale et impropre aux innovations, l'Amazonie était jusqu'encore récemment ignorée des discours scientifiques abordant l'occupation humaine précolombienne de l'Amérique du Sud. Dans cette aire, les sites étendus et longuement occupés, contenant un matériel archéologique varié et de grande qualité, et parfois à des systèmes agricoles élaborés, étaient dès lors systématiquement associés à une immigration d'une population originaire de foyers exogènes lointains, tels les Andes, voire la côte pacifique. Toute manifestation culturelle notable retrouvée en Amazonie était ainsi déclarée le fait d'un groupe étranger qui aurait dégénéré localement à cause de la pauvreté du milieu.

L'archéologie est une science récente et peu développée en Amazonie. Les fouilles archéologiques ne commencent réellement qu'à partir des années 1950, mais demeurent longtemps très ponctuelles, impliquant des données éparses et lacunaires, difficiles à mettre en perspective. Les travaux menés depuis les années 1980 permettent toutefois de dresser un panorama de l'occupation précolombienne d'Amazonie.

Comme on pensait autrefois que la forêt tropicale humide n'était pas appropriée à une occupation humaine intensive, l'Amazonie précolombienne fut souvent décrite comme une mosaïque de petites tribus dispersées qui n'auraient laissé que de rares traces de leur passage. La recherche archéologique a montré au contraire que certaines régions, comme le piémont oriental des Andes ou la várzea bordant les grands fleuves et la côte des Guyanes, furent occupées par d'importantes sociétés à structure sociale complexe.

Les milieux géographiques

L'Amazonie s'étend sur une superficie de plus de 7 millions de km2 où sont représentés 9 pays (Bolivie, Brésil, Colombie, Équateur, Guyana, Guyane française, Pérou, Suriname et Venezuela). Elle est délimitée au nord par le Plateau des Guyanes, au sud par l'ancien massif du Mato Grosso, à l'est par l'océan Atlantique et à l'ouest par les Andes. Cette immense plaine est traversée d'ouest en est par deux grands fleuves, l'Orénoque et l'Amazone. Ce dernier prend sa source dans les Andes péruviennes, puis il s'écoule vers l'est sur près de 6 400 kilomètres dans une basse plaine où il reçoit plus de 500 affluents, dont 20 grandes rivières dépassant 1 500 km de longueur, avant de se déverser dans l'Atlantique.

Les milieux d'Amazonie sont contrastés : savanes arbustives, llanos herbeux, plaines inondables, marécages, hautes vallées ou encore reliefs tabulaires. La várzea et la terra firme constituent les deux paysages les plus représentatifs. Le premier correspond aux étroites franges de plaines alluviales inondables longeant l'Amazone et l'Orénoque. La terra firme englobe les aires inter-fluviales, soit 95 p. 100 de l'Amazonie. Si près de 400 langues indigènes sont encore parlées en Amazonie, les différentes populations qui l'habitent forment un ensemble homogène dans leurs organisations sociales, leurs cultures matérielles ou leurs concepts symboliques. Malgré l'immensité de ces basses terres, leur peuplement peut faire l'objet d'une analyse globale.

Les premiers hommes

La forêt tropicale humide d'Amazonie telle que nous la connaissons aujourd'hui est le résultat de la continuelle activité humaine depuis le Pléistocène final. Des chasseurs-cueilleurs commencent à circuler dès 10 000 avant J.-C. Ces groupes ont particulièrement été attirés par les grandes savanes à hautes herbes, comme par exemple celles du centre du Plateau des Guyanes. À l'aide d'armes de jet à pointe de pierre taillée, ils ont chassé dans ces terrains ouverts des animaux relativement grands, tels des daims ou peut-être même une faune aujourd'hui disparue tels les mastodontes et les mégathériums (paresseux géants). Il semble que ces chasseurs ont incendié les savanes et leurs abords, agrandissant ainsi leur superficie de chasse. Ils ont également fait des incursions dans la forêt dense pour se procurer des produits spécifiques.

Les informations sur ces premiers habitants d'Amazonie se sont multipliées ces dernières années. Les données les plus notables proviennent de la région de Monte Alegre sur la rive nord du bas Amazone. Dans les hautes plaines à environ 10 kilomètres de distance du fleuve Amazone, la grotte de Pedra Pintada regorgeait de vestiges variés. Ce sont des milliers d'éclats de débitage et des outils taillés, des centaines de graines de fruits calcinées, des coquillages d'eau douce, des os de rongeurs, de tortues, de serpents, d'amphibiens et de grands mammifères terrestres. Entre environ 10 000 et 8000 avant J.-C., ce site est visité par des groupes qui consomment des fruits, des coquillages, et un large éventail de gibier tant aquatique que terrestre. Ils y fabriquent des outils de pierre taillée et peignent les parois rocheuses de leur abri de cercles, d'animaux et d'êtres humains.

À partir de 7000 avant J.-C., les sites de chasseurs-cueilleurs paléolithiques se multiplient en divers endroits d'Amazonie. C'est notamment le cas à Peña Roja sur les rives du Caquetá en Colombie, où la présence de nombreux restes macrobotaniques atteste de l'importance des activités de cueillette.

Les populations vont par la suite peu à peu se sédentariser. Ce sont tout d'abord des pêcheurs-collecteurs qui s'installent dans des villages temporaires dans le bas Amazone et dont l'essentiel des ressources est constitué par la consommation intensive de poissons. Vers 5500-5000 avant J.-C., ils inventent la céramique dans les sites de Pedra Pintada et de Taperinha près de Santarém. Après avoir probablement utilisé des calebasses et des paniers imperméabilisés comme récipients, il a dû être nécessaire à un moment donné de cuire certains aliments, surtout que l'on commence déjà à cultiver quelques plantes. Les premières poteries sont de forme simple, similaire à celle des calebasses, et peu décorées. Certaines d'entre elles conservent des restes de suie provenant du passage sur un foyer.

Parallèlement au foyer culturel du bas Amazone, se développe entre 3700 et 1000 avant J.-C. d'autres traditions de pêcheurs-collecteurs maritimes sur le littoral du Guyana et dans l'embouchure de l'Amazone. Ils s'implantent là où les conditions écologiques fournissaient assez de coquillages pour les nourrir. Les rejets de coquilles consommées par ces groupes ont formé des tertres de plusieurs mètres de hauteur, nommés localement sambaquís, sur lesquels était installé l'habitat. Une quarantaine d'anciens villages sur amas coquilliers sont édifiés dans l'estuaire de l'Amazone. Rapidement, ces collecteurs fabriquent de la céramique, ici encore assez simple, aux formes globulaires ou hémisphériques.

La présence de haches de pierre polie dans un amas coquillier laisse penser que ces pêcheurs-collecteurs s'essaient peut-êtr [...]

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Amérique du Sud : préhistoire jusqu'en 8000 B.P.

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Pointes du type "queue de poisson"

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Pérou précéramique : sites d'horticulteurs

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Chulpa, sépulture préhispanique des Andes méridionales

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Pour citer l’article

Jean-François BOUCHARD, André DELPUECH, Danièle LAVALLÉE, Dominique LEGOUPIL, Stéphen ROSTAIN, « PRÉCOLOMBIENS - Amérique du Sud », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/precolombiens-amerique-du-sud/