MAUROY PIERRE (1928-2013)

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Né à Cartignies (Nord) le 5 juillet 1928, Pierre Mauroy est le fils d'un instituteur laïc. Après des études à l'École normale nationale d'apprentissage de Cachan, il devient professeur de l'enseignement technique à Colombes, dans la banlieue parisienne, en 1952. Mais ses engagements sociaux et politiques l'éloignent vite de l'enseignement actif. Pierre Mauroy avait en effet adhéré à la S.F.I.O. dès l'âge de dix-huit ans. Secrétaire national des Jeunesses socialistes en 1950 (il restera à ce poste jusqu'en 1958), il devient secrétaire général du syndicat des collèges de l'enseignement technique de la Fédération de l'Éducation nationale en 1955. Permanent syndical mais aussi permanent politique, sa carrière au sein de la S.F.I.O. ne cesse de s'affirmer dans le bastion socialiste du Nord. Pierre Mauroy devient secrétaire fédéral du Nord en 1961, entre au bureau du parti en 1963, est élu secrétaire général adjoint du parti en 1966. Pendant les trois ans d'existence de celle-ci, il est membre du comité exécutif de la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (1965-1968).

Son opposition à Guy Mollet au congrès d'unité des socialistes à Épinay en 1971 le rapproche de François Mitterrand. L'alliance des nouveaux arrivés et des gros bataillons de la S.F.I.O. traditionnelle du Nord (Pierre Mauroy est premier secrétaire de la fédération du Nord de 1971 à 1979) et des Bouches-du-Rhône de Gaston Defferre assure les fondations du nouveau Parti socialiste. Pierre Mauroy, qui œuvrera de façon déterminante en faveur du Programme commun, accède au titre de secrétaire général à la coordination. En même temps, il succède progressivement dans le Nord à Augustin Laurent. Conseiller général depuis 1967, il renforce son implantation locale en devenant, en 1971, conseiller municipal de Lille. Deux ans plus tard, en 1973, il remplace son maître comme maire de Lille (constamment réélu jusqu'en 1995, il laissera la place en 2001 à Martine Aubry) et est élu député de la 2e circonscription du Nord. À partir de 1974, il parfait son image de notable en devenant président du conseil régional du Nord-Pas-de-Calais (il le restera jusqu'en 1981).

Fidèle du premier secrétaire, François Mitterrand, dont il assure avec Gaston Defferre la victoire définitive sur Guy Mollet au congrès de Grenoble de 1973, Pierre Mauroy anime son propre courant au sein de la majorité du parti. Artisan du retour au sein du Parti socialiste de son ami Michel Rocard, ce social-démocrate prend le risque d'affronter François Mitterrand au congrès de Metz en 1979, en s'alliant précisément à Michel Rocard qui vise la candidature à l'élection présidentielle de 1981. François Mitterrand, qui a reçu le concours de Jean-Pierre Chevènement pour imposer sa ligne, ne lui en tiendra pas rigueur : après son élection à l'Élysée, il fait du maire de Lille son Premier ministre.

Homme de contact plus que de dossiers, Pierre Mauroy s'efforce de mettre en action la nouvelle politique. Deux fois démissionnaire et deux fois reconduit, « Premier ministre de trois dévaluations », Pierre Mauroy sera, au cours de ses trois gouvernements successifs (1981-1984), l'homme de toutes les fidélités, à François Mitterrand et au socialisme, et de tous les changements. La nouvelle politique qu'il met en œuvre en 1981 s'inspire d'un interventionnisme carré : nationalisations, remplacement des hommes, investissement public, modernisation des structures de l'économie, politique budgétaire hardie. Pierre Mauroy s'engage avec chaleur, mais ce militant volontiers tribun ne trouve pas toujours le ton propre à rassembler les Français (la sortie contre « les gens du château ») au-delà du « peuple de gauche » ni à gagner la confiance de milieux internationaux rendus circonspects par la présence de quatre ministres communistes. La tentative de relance de l'économie vient à contre-courant de la conjoncture occidentale, l'appareil productif ne dispose pas d'une élasticité suffisante pour répondre aux sollicitations, le déficit commercial se creuse, l'inflation se développe, le franc est attaqué. La « contrainte extérieure » ne peut plus être ignorée : [...]

Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Photographie : Pierre Mauroy, Premier ministre français de 1981 à 1984

Bien qu'impopulaire au cours de son mandat de premier chef de gouvernement de François Mitterrand, Pierre Mauroy avait fini par incarner la période glorieuse et conquérante du socialisme français. La droite voyait en lui une survivance archaïque, la gauche un symbole des espoirs du 10 mai 1981. 

Crédits : Francis Apesteguy/ Getty Images

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Pour citer l’article

Christian SAUVAGE, « MAUROY PIERRE - (1928-2013) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pierre-mauroy/