PHOTOGRAPHIE AFRICAINE

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Si la musique, la danse, la littérature, le théâtre, le cinéma et les arts plastiques africains sont depuis longtemps reconnus, ce n'est qu'en 1993, grâce à la consécration internationale du Malien Seydou Keïta, que l'Occident découvrit la photographie africaine. Pourtant, celle-ci avait été introduite sur le continent par les colons et les missionnaires peu après son invention en Europe. La découverte en Afrique noire de photographies anciennes révèle l'existence de plusieurs générations de photographes, dont la plupart demeurent inconnus.

Dès 1880, des Africains se sont installés en professionnels de la photographie. Il est possible de retracer leur histoire à partir du moment où leurs clichés ont été édités en cartes postales. Quelques chercheurs passionnés en ont commencé l'inventaire. Depuis les années 1990, Philippe David et l'association Images & Mémoire tentent de retracer cette histoire oubliée. Les travaux menés dans de nombreux pays africains avancent lentement, car les archives publiques et privées sont peu nombreuses, souvent dispersées et très mal conservées. Il est par ailleurs très difficile de consulter les rares tirages que détiennent les familles. Le manque de documents et l'absence de témoins directs ralentissent les recherches, et les publications sont en nombre très limité.

La carte postale est un document de première importance pour l'étude de la photographie du début du xxe siècle, même si elle ne représente qu'une infime partie de la production photographique. Un document exceptionnel du Congo belge, daté d'octobre 1905, représente une revue de troupes qui posent pour un Africain, scène elle-même photographiée par un Européen. Cette photographie anonyme est légendée : « Concurrence de photographes nègres ».

Un des pionniers de la photographie et de la carte postale serait un certain Akhurste, originaire de la Gold Coast (actuel Ghana), qui opérait dans le dernier tiers du xixe siècle. Il fut un des spécialistes du portrait en studio sur carte postale, ce qui est extrêmement rare. Nous connaissons de lui vingt et un portraits exceptionnels de femmes de la bourgeoisie locale.

Les premiers photographes africains sont issus de familles bourgeoises qui partagent avec les Européens le goût des nouvelles techniques et des inventions. Les pays anglophones avaient une avance très nette sur les autres pays du continent. C'est dans les grandes cités, comme Lagos (Nigeria), Accra (Ghana), Freetown (Sierra Leone) et évidemment Le Cap (qui compte plus de cent trente ans d'histoire de la photographie), que l'on retrouve les premiers clichés.

Le seul travail exhaustif disponible sur la vie et l'œuvre d'un des tout premiers photographes africains est la publication de Philippe David Hommage à Alex A. Acolatse : photographes togolais, 1880-1975. Cet ouvrage permet de retracer à travers un exemple l'histoire des premiers photographes africains. Fils de l'un des fondateurs de Lomé, le Togolais Alex Acolatse travaillait à Accra, Lomé et Lagos. Encore adolescent, il fut apprenti photographe auprès d'un maître déjà réputé à Accra – le métis Lutterodt (actif dans le dernier tiers du xixe siècle) – et s'installa dès 1900 à Lomé, où il effectua ses premiers travaux. En tant que membre d'une famille importante et aisée, comme l'étaient d'ailleurs dans leur majorité les photographes indigènes, il adhère à l'époque de la domination anglaise à l'aristocratique association des Philosophers of the Living Fire, qui semble avoir réuni les « dandys » des bonnes familles de Lomé. Alex Acolatse deviendra également un haut dignitaire de la franc-maçonnerie du Togo, un membre influent de l'Église évangélique – dont il est en quelque sorte le photographe attitré. Une photo prise par Acolatse en 1927 représente treize photographes togolais regroupés en syndicat, l'Association des photographes professionnels du Togo. Sur ces treize photographes, lui seul faisait des cartes postales. Il cesse progressivement toute activité professionnelle au cours des années 1950. Son œuvre est très diversifiée : portraitiste et paysagiste, il fixe aussi sur la pellicule la vie sociale, le culte dans les églises, l'architecture...

Les premiers grands noms de la photographie africaine

Avec le développement économique [...]

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Sans titre (Portrait de Monsieur Cissoko), Bamako, S. Keïta

Sans titre (Portrait de Monsieur Cissoko), Bamako, S. Keïta
Crédits : CAAC/ The Pigozzi Collection, Genève

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Mkpuk Eba, J.D. ‘Okhai Ojeikere

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Crédits : J.D. 'Okhai Ojeikere, courtesy Magnin-A.

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Pour citer l’article

Vincent GODEAU, André MAGNIN, « PHOTOGRAPHIE AFRICAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/photographie-africaine/