PHOTOGRAPHIE AFRICAINE

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La photographie africaine depuis les années 1990

Français et Américains au coude à coude

En Afrique, juste après les Soleils des indépendances, la photographie connut une éclipse : les pouvoirs autoritaires aimaient l'image argentique seulement quand sa photosensibilité réagissait à leur vision personnelle. Mais, au début des années 1990, dans le contexte historique des Conférences nationales qui accouchèrent du multipartisme, cette photographie connut une seconde vie. Ce grand rétablissement doit beaucoup aux États-Unis et à la France. Ce sont en effet deux photographes français, Bernard Descamps et Françoise Huguier, un commissaire d'exposition et marchand français, André Magnin, et des institutionnels américains qui firent redécouvrir la photographie de studio et leurs maîtres Seydou Keïta et Malick Sidibé, tout d'un coup placés sous les feux de la rampe.

La chronologie, serrée, des manifestations et publications qui mirent à l'honneur les photographes africains montre que les protagonistes les plus importants, la France et les États-Unis, ont investi la photographie africaine de façon simultanée : Les Magiciens de la terre au Centre Georges-Pompidou à Paris (1989), la naissance de la Revue noire (1990), Africa explores : 20th century au Museum for African Art à New York (1991), la biennale de Bamako au Mali (1994) grâce à Descamps et Huguier, l'exposition In/Sight au Guggenheim Museum de New York (1996), la parution de l'Anthologie de la photographie africaine et de l'océan Indien (éd. Revue noire, 1998), Africa Remix au Centre Georges-Pompidou (2005) et Snap Judgments : New Positions in Contemporary African Photography à l'International Center of Photography à New York (2006). Dans le catalogue de Snap Judgments, Okui Enwezor définit la photographie africaine contemporaine comme étant une « photographie analytique postdocumentaire ». Or cette définition, qui est directement reprise de l'histoire récente de la photographie sud-africaine, ne peut s'appliquer qu'à l'Afrique du Sud.

Malgré tout, des spécificités

Durant ces années 1990, tous affirment que la photographie africaine n'a pas de spécificité. L'imprudent qui attribuerait à cette photographie une quelconque essence serait accusé d'essentialisme, et donc de racisme. Les thèmes de l'esclavage, du colonialisme et du néo-colonialisme sont corrélativement les principaux angles d'attaque : Le chef qui a vendu l'Afrique aux colons (1997) par Samuel Fosso (République centrafricaine) ou Les Oubliés de la médaille (2005) de Joseye Tienro (Mali). Est simultanément apparue la notion d'afropessimisme, qui désigne celui qui croit que l'Afrique, parce qu'elle est l'Afrique, ne produira rien de valable. Le poing levé d'un jeune Sud-Africain à la mode par Nontsikelelo Veleko dans Beauty is in the Eye of the Beholder (2004) est une réponse à cette croyance.

Germe une iconographie inédite. Les fruits éclos sont ceux de la représentation des liens sociaux. Il existe cependant des sujets différents et récurrents que les observateurs ne remarquent pas, comme celui de l'enfance, mais qui se révèlent omniprésents. Le Jeune Berger marqué au fer rouge après avoir perdu une bête de Ricardo Rangel (1924-2009, Mozambique) et les portraits d'enfants-soldats par Guy Tillim (1962, Afrique du Sud) sont à cet égard emblématiques.

La photographie du réel bientôt supplantée

La présence avérée de certains thèmes dans les photographies prises par des Africains qui vivent sur le continent montre que ceux-ci accordent de l'importance au référent. Se détachent dans cette photo du réel, des thèmes vernaculaires et ethnographiques : les spectaculaires coiffures féminines par J.D. 'Okhai Ojeikere réaffirment une conscience communautaire. Au tournant des années 1990-2000, le réalisme se teinte de subjectivité. Un précurseur en la matière est le Malien Mamadou Konaté, pionnier en Afrique francophone d'une photographie de création où le quotidien est vu en gros plan. Konaté se penche en effet sur les petits objets, les débris, les riens qui entourent les chaises sur lesquelles il s'assied. Il les choisit (conseillé aussi par l'écrivain français Antonin Potoski), guidé par sa subjectivité, puis les photographie en macro. Enfin, l'image peut se substituer à la réalité : dans la série photographique Safari (2003), la Sud-Africaine Lien Bot [...]

Mkpuk Eba, J.D. ‘Okhai Ojeikere

Photographie : Mkpuk Eba, J.D. ‘Okhai Ojeikere

Cette coiffure cérémonielle « Mkpuk Eba » est portée lors du rituel de passage à l'âge adulte chez les Ibibios de l'État de Cross River, dans le sud du Nigeria. J.D. ‘Okhai Ojeikere a systématiquement documenté les coiffures qu'il photographiait pour son projet Hairstyles,... 

Crédits : J.D. 'Okhai Ojeikere, courtesy Magnin-A.

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Sans titre (Portrait de Monsieur Cissoko), Bamako, S. Keïta

Sans titre (Portrait de Monsieur Cissoko), Bamako, S. Keïta
Crédits : CAAC/ The Pigozzi Collection, Genève

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Mkpuk Eba, J.D. ‘Okhai Ojeikere

Mkpuk Eba, J.D. ‘Okhai Ojeikere
Crédits : J.D. 'Okhai Ojeikere, courtesy Magnin-A.

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Pour citer l’article

Vincent GODEAU, André MAGNIN, « PHOTOGRAPHIE AFRICAINE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 septembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/photographie-africaine/