PERSEHistoire

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Pour tenter de saisir ce qu'a été dans sa continuité l'histoire de la Perse antique, des origines à la conquête arabe, il faut retenir au moins trois données importantes : le premier peuple, les Élamites, qui ait imposé sa marque au sud-ouest de l'Iran n'est pas d'origine iranienne, mais son influence sur les siècles postérieurs semble encore plus profonde qu'on ne le croit aujourd'hui ; d'autre part, la constitution de grands empires est l'œuvre des Iraniens de l'Ouest, chacun gardant toutefois son originalité, même si, dans la tradition persane postérieure, on a présenté les Sassanides comme les seuls et authentiques héritiers des Achéménides, en sous-estimant le rôle joué dans l'intervalle par les Parthes arsacides : une certaine civilisation ne se reproduit jamais sans de profondes modifications ; enfin, la tentative d'Alexandre le Grand, rêvant de constituer un grand empire gréco-iranien, quoique réussie sur le plan militaire, a échoué politiquement. Cette entreprise a eu cependant sur la culture des pays iraniens une influence considérable.

Il ne faudrait pas également ignorer l'existence des peuplades iraniennes du Nord et de l'Est, des Sakas aux Kouchans, qui ont rarement pu être intégrées dans ces empires, et dont l'histoire est liée à celle de l'Afghanistan.

Si l'on se place à un autre point de vue, en cherchant par quels traits communs les civilisations variées qui se sont succédé sur le plateau iranien pourraient être caractérisées, on sera amené à reconnaître que, tout en appartenant à des ethnies et à des langues différentes, elles ont toutes privilégié la tradition orale ; ce sont des peuples sans écrits, sinon sans écriture, qui ont fait la Perse antique. À peine quelques inscriptions à valeur historique et qui restent dans le style suranné des proclamations royales. Dans le domaine religieux, ni archives, ni textes, ni rituels ne nous sont parvenus, jusqu'à ce que la concurrence des religions à écritures contraignît les Iraniens à consigner eux aussi par écrit leurs traditions religieuses ; mais, pour cela, il faudra attendre presque la fin de l'époque sassanide, et même, quant à la rédaction définitive de l'ensemble des textes pehlevis, les ixe et xe siècles !

Un autre trait commun à ces civilisations est leur grande faculté d'assimilation. Cela semble patent surtout dans le domaine de l'art. Dans ce pays qui a subi de multiples invasions, et partant de fortes influences, il semble que la culture en ait toujours retiré un gain important. On connaît l'apport des vieilles civilisations mésopotamiennes à l'Iran des Élamites et des Achéménides, et celui de l'hellénisme qui fit éclore des arts nouveaux et dont l'influence se fera sentir jusque sous les Sassanides.

On peut ajouter enfin que les Iraniens ont été des bâtisseurs, comme le furent les Grecs et les Romains. Comme eux, ils ont eu le goût de la construction architecturale, mais, là où la brique fut utilisée, elle résista mal à l'usure des temps, si bien que les pierres de Persépolis sont encore pour nous le symbole de la grandeur de la Perse.

La vision que peuvent avoir la plupart des Iraniens de leurs attaches culturelles après la conquête arabe témoigne d'un refus caractérisé des contingences historiques : à l'aryanisme de convention professé par l'élite s'oppose aujourd'hui l'attachement romantique du peuple à des chefs charismatiques envoyés par le Ciel pour le protéger de l'injustice. Cette double attitude n'est d'ailleurs que l'aboutissement d'une même mentalité qui, dans le passé, rattacha Alexandre le Grand aux Achéménides, les premières dynasties indépendantes des Arabes, et surtout les Ḥusaynides aux Sassanides. On connaît l'influence de cette vision de l'histoire sur certaines théories racistes dont la critique moderne commence à peine à nous libérer. D'une étude qui en est en grande partie à ses débuts, on peut dégager les grands traits suivants :

– À partir de la réforme de Zoroastre, l'Iran reçut ses influences les plus profitables des civilisation à écriture (Babylone, Grèce, Islam, Europe). L'empreinte la plus durable fut apportée par l'Islam, dont l'élaboration fut d'abord une œuvre arabo-persane.

– Bien après l'invasion arabe, à partir du xie siècle, l'Iran s'épuisa à nourrir (a [...]

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  • : chargé de recherche au C.N.R.S., chargé de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section)
  • : directeur d'études à l'École pratique des hautes études

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Jean CALMARD, Philippe GIGNOUX, « PERSE - Histoire », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/perse-histoire/