SAMUELSON PAUL ANTHONY (1915-2009)

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Chercheur, pédagogue, conseiller de hautes autorités financières et politiques, Samuelson a rempli avec succès toutes ces fonctions et gagné une notoriété qui dépasse le cercle des spécialistes de l'économie. Les nouveaux outils méthodologiques et l'inventivité théorique qu'il a appliqués à ses multiples travaux font de lui l'un des plus grands maîtres de la science économique contemporaine.

Né le 15 mai 1915 à Gary, dans l'État d'Indiana, il commence ses études à l'université de Chicago et, à la faveur d'une bourse accordée en 1935, les achève à Harvard ; il y aura notamment pour professeur Wassily Leontief, Joseph Shumpeter, Gottfried Haberler et Alvin Hansen en économie, et pour maître le statisticien Edwin Bidwell Wilson, lui-même élève de Willard Gibbs, physicien célèbre pour ses travaux d'analyse vectorielle et de thermodynamique. L'une de ses toutes premières contributions en économie, « Interaction Between the Multiplier Analysis and the Principle of Acceleration », publié en 1939 dans la Review of Economic and statistics, fut aussitôt remarquée par ses pairs.

À partir de 1940 Samuelson enseigne au Massachusetts Institute of Technology (M.I.T.). En 1947 il fait paraître Foundations of Economic Analysis, son œuvre maîtresse dérivée de sa thèse de doctorat soutenue à Harvard en 1941. Dénonçant le manque de rigueur du discours économique classique, il prône le recours systématique aux formalisations mathématiques pour comprendre les phénomènes économiques. C'est ainsi qu'il reprendra une loi de thermodynamique dégagée en 1885 par le chimiste français Henry Le Chatelier pour expliquer les facteurs de l'équilibre général en économie.

L'année suivante paraît son manuel d'initiation à l'économie : Economics : An Introductory Analysis (L'Économique, 2 vol., 1953, rééd. en collab. avec William Nordhaus depuis 1985, trad. sous le titre Économie, Economica, Paris, 2005). Cet ouvrage, qui use de la pédagogie avec un sens consommé, est toujours non pas un, mais le manuel de référence des étudiants en économie, régulièrement réédité dans le monde entier.

Dans la même veine, il a publié en 1952 Readings in Economics, rédigé en collaboration avec Robert Bishop et John Coleman, devenu un classique.

Consacrés à la recherche théorique, les multiples travaux de Samuelson lui ont fait obtenir le prix Nobel de science économique en 1970, pour « avoir développé la théorie économique statique et dynamique et élevé le niveau d'analyse en science économique ». Reconnu pour être l'un des meilleurs défenseurs des thèses néo-classiques (fondées sur une conception de la valeur des biens subjectivement appréciée par le consommateur, suivant la théorie de l'équilibre général développée par Léon Walras), Samuelson a aussi adopté bon nombre des apports de Keynes. Il souhaitait d'ailleurs que l'on considère son œuvre comme la « synthèse néo-classique », associant les enseignements de Keynes à ceux de Walras. Il a toutefois adressé à l'auteur de la Théorie générale et à ses émules certaines critiques, dont celle de ne pas avoir attribué assez d'importance au rôle des variations du taux d'intérêt.

Samuelson s'est engagé dans un grand nombre de débats théoriques, en particulier avec Milton Friedman et les tenants de l'école de Chicago, et surtout avec les économistes de l'école de Cambridge, parmi lesquels Joan Robinson. Ceux-ci ont mené au début des années 1960 une critique vigoureuse des thèses de l'école néo-classique. À l'origine de ces recherches, on trouve l'ouvrage de Piero Sraffa Production of Commodities by the Means of Commodities. Samuelson a rédigé, à l'occasion de ce débat, un important article : « Paradoxes of Capital Theory : A Summing up » (« Les Paradoxes de la théorie du capital : un résumé ») publié en novembre 1966 dans le Quarterly Journal of Economics.

Les recherches de Samuelson se sont traduites par la rédaction de centaines d'articles dans des revues spécialisées, auxquels il faut ajouter d'innombrables articles de presse destinés au grand public. Son célèbre modèle sur les cycles économiques, dont J. R. Hicks s'inspirera, a ainsi revêtu la forme d'un article de la Review of Economic Statistics. En théorie du commerce international, Samuelson est associé à l'élaboration du théorème Heckscher-Ohlin-Samuelson (H.O.S.), approfondissement de la notion d'avantage comparatif mise au jour par Ricardo.

Sur le plan méthodologique, Samuelson a contribué au développement de l'expression mathématique en économie. En 1951, il est devenu président de la Société d'économétrie américaine (Econometric Society). Il a pris une part active aux travaux de nombreux comités et associations, certains de nature strictement scientifique (outre la Société d'économétrie, il présida à partir de 1961 l'American Economic Association), d'autres plus orientés vers la préparation de décisions administratives ou gouvernementales. Dès 1941, il est nommé expert auprès du National Resources Planning Board, puis remplit cette fonction auprès du Trésor américain (en 1945), du Comité des conseillers économiques (1960) et de la Banque centrale américaine (la Fed).

Les rapports étroits qu'il a entretenus avec le président Kennedy lui ont valu une notoriété dépassant le monde des spécialistes. Samuelson est devenu son conseiller économique pendant la campagne de l'élection présidentielle de 1960. Il fut ensuite chargé de préparer, en 1961, le rapport au président sur l'état de l'économie américaine. La politique économique de l'administration Kennedy porte l'empreinte de ses conceptions, avec l'engagement d'une relance budgétaire typiquement keynésienne.

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Pour citer l’article

« SAMUELSON PAUL ANTHONY - (1915-2009) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-anthony-samuelson/