PARADOXE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Dilemmes logiques

Le dilemme logique existe au moins depuis le ive siècle avant notre ère. Son expression la plus simple est le paradoxe du Menteur : « Cette phrase est fausse. » Parfois implicitement, mais le plus souvent explicitement, ce simple énoncé est accompagné du raisonnement suivant : « Supposons que cette phrase soit vraie. C'est donc que ce qu'elle dit est faux. Donc elle n'est pas vraie. Donc elle est fausse. Etc. » Ce raisonnement, qui pourrait être plus longuement détaillé, et même formalisé, est imparable. Par ailleurs, n'importe qui peut dire la phrase du paradoxe du Menteur, même si ce qu'il veut exprimer ce faisant n'est pas clair. Le contexte est possible ; le raisonnement est correct ; il convient donc de s'interroger sur la conclusion à tirer.

Dans certains cas de dilemmes, en particulier en mathématiques, la solution se fait rarement attendre. Ainsi le paradoxe de Russell sur la théorie des ensembles : « Soit R l'ensemble des ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes. Supposons que R se contienne, alors, par définition, R n'appartient pas à l'ensemble des ensembles qui ne se contiennent pas eux-mêmes, à R donc. Donc R ne se contient pas lui-même. Il devrait donc appartenir à R, d'où une contradiction. » Historiquement, ce paradoxe (et d'autres proches) mit à mal la théorie des ensembles naissante, au début du xxe siècle. Dans ce cas précis, on résout le paradoxe en restreignant les règles qui permettent de définir un ensemble. Cela revient, finalement, à changer de langage.

Hors des mathématiques, il n'est (malheureusement ?) guère possible de changer de langage. Que répliquer, par exemple, au paradoxe suivant, dont on trouve une forme chez Buridan au Moyen Âge : « Socrate dit : „Platon dit faux.“ Platon dit : „Socrate dit vrai“ » ? Une solution élémentaire consiste à interdire les énoncés autoréférents, c'est-à-dire qui parlent d'eux-mêmes. Pourtant la phrase « cet énoncé est en français » est irréprochable. Plusieurs auteu [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages





Écrit par :

  • : maître de conférences à l'université de Poitiers, directeur adjoint, ancien élève de l'École normale supérieure

Classification


Autres références

«  PARADOXE  » est également traité dans :

ANTINOMIE

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD
  •  • 372 mots

N'est pas antinomie n'importe quelle contradiction, mais seulement celle qui joue entre des lois — soit des lois juridiques ou théologiques, soit des lois de la raison (Kant), soit des thèses déduites de lois logiques (théorie des ensembles) —, ni n'importe quel paradoxe, mais seulement ce qui heurte l'attente d'une cohérence entière dans un système rationnel ou logique. D'autre part, une antinomi […] Lire la suite

GRÈCE ANTIQUE (Civilisation) - L'homme grec

  • Écrit par 
  • André-Jean FESTUGIÈRE
  •  • 8 576 mots

Dans le chapitre « Le paradoxe socratique »  : […] Montrons maintenant comment le paradoxe socratique –  subir l'injustice vaut mieux que de la commettre – découle du premier principe sur la dignité de l'homme. Ce paradoxe a une préhistoire, il ne surgit pas tout à coup comme une nouveauté absolue. Dans un passage célèbre de son poème Les Travaux et les Jours (202-273), Hésiode avait recommandé déjà d'être juste parce qu'en définitive l'injustic […] Lire la suite

HEURISTIQUE

  • Écrit par 
  • Jean-Pierre CHRÉTIEN-GONI
  •  • 8 415 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Heuristique générale ou la logique de la découverte »  : […] Toute épistémologie est tenue de décider de deux problèmes : comment la certitude peut-elle être atteinte dans la connaissance scientifique – problème que l'on a coutume d'indexer sous le titre de « problème des fondements » –, et comment la découverte est-elle possible, découverte qui s'insère dans un mouvement spécifique résumé dans le terme de « progrès ». C'est la réponse à cette seconde inte […] Lire la suite

LANGAGES DE MASSE

  • Écrit par 
  • Jean BAUDRILLARD
  •  • 3 000 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « Paradoxe de la conjonction des incompatibles, de l'identité des contradictoires »  : […] « À 140 km/h, on roule plus vite en Renault 16. » « Trois rasoirs en un seul : quand Philips surpasse Philips. » « Vivre dès aujourd'hui en l'an 2000. » « Invisiblement habillée. » Ce principe de synthèse magique, corollaire de celui de tautologie, se révèle en politique comme le langage même du terrorisme et de la dissuasion : c'est le fameux Peace is war, war is peace de George Orwell ( 1984 ), […] Lire la suite

LOI, épistémologie

  • Écrit par 
  • Pierre JACOB
  •  • 6 839 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les paradoxes de la confirmation »  : […] Une loi de la nature ne se contente pas de décrire les phénomènes observés – les faits attestés – mais dévoile ce que pourraient être les faits dans des conditions hypothétiques irréalisées. Notre confiance dans une loi dépend donc de la confirmation ou de la corroboration que les preuves favorables lui confèrent. Réciproquement, une proposition nomologique infirmée par des contre-exemples n'est […] Lire la suite

ONTOLOGIE

  • Écrit par 
  • Paul RICŒUR
  •  • 15 647 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une nouvelle problématique ontologique »  : […] C'est ainsi qu'au début de ce siècle Frege et Husserl ont posé à la philosophie du langage le problème du rapport du sens à la référence, ou de la signification au remplissement, problème qui contient en germe une nouvelle problématique ontologique qui ne doit rien à la métaphysique pré-kantienne. La philosophie de Russell est, à cet égard, un extraordinaire chantier pour une ontologie entièremen […] Lire la suite

PARADOXE SUR LE COMÉDIEN (D. Diderot) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Anouchka VASAK
  •  • 1 050 mots

Dans le chapitre « La dialectique du paradoxe »  : […] C'est qu'il faut dépasser la thèse énoncée, et ne s'en tenir à la définition du paradoxe, celle qu'en donne l' Encyclopédie , que pour autant que l'on y entend ce « passage à l'extrême » qu'il suppose : « C'est une proposition, absurde en apparence, à cause qu'elle est contraire aux opinions reçues, et qui, néanmoins est vraie, ou du moins peut recevoir un air de vérité. » Fondé sur une tension en […] Lire la suite

RAISONNEMENT

  • Écrit par 
  • Robert BLANCHÉ
  •  • 5 005 mots

Dans le chapitre « Pathologie du raisonnement »  : […] Il y a un usage pathologique du raisonnement lorsque celui-ci, même correct, est employé hors de propos : par exemple, chez l'homme irrésolu qui délibère indéfiniment là où la situation exigerait une décision rapide, ou chez le schizophrène qui raisonne avec une logique irréprochable pour justifier des affirmations tout à fait déraisonnables. D'autre part, certains raisonnements, indépendamment de […] Lire la suite

SOPHISME

  • Écrit par 
  • Françoise ARMENGAUD
  •  • 901 mots

Transcription du grec sophisma , désigne l'artifice de langage dont usait le sophiste de l'Antiquité, le raisonnement trompeur ou embarrassant pour l'interlocuteur, l'argumentation fallacieuse, voire la faute de raisonnement. Primitivement, c'est le tour d'adresse ingénieux, la prestidigitation habile dans l'ordre du langage : on n'y voit que du feu ; le raisonnement paraît valide, bien que sa con […] Lire la suite

Pour citer l’article

Yannis DELMAS-RIGOUTSOS, « PARADOXE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 mai 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/paradoxe/