PANAMÁ

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Nom officielRépublique du Panamá (PA)
Chef de l'État et du gouvernementLaurentino Cortizo (depuis le 1er juillet 2019)
Note :
CapitalePanamá
Langue officielleespagnol
Unité monétairebalboa (PAB)
Population4 348 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)75 320

Le Panamá de Torrijos à nos jours

Omar Torrijos au pouvoir : régime fort et affirmation de la souveraineté nationale

Arnulfo Arias a remporté l'élection présidentielle de mai 1968 dans un contexte agité ; il devient alors président pour la troisième fois (1940, 1949 et 1968). Mais ses soutiens politiques sont hétéroclites (une partie des grandes familles traditionnelles, des secteurs réformistes, un secteur des officiers de la garde nationale), et sa tentative d'éliminer d'éventuels adversaires en modifiant la hiérarchie de la garde nationale lui est fatale ; cette dernière le renverse par un coup d'État le 11 octobre 1968. L'intervention des militaires, censée être provisoire, va instituer un régime fortement personnalisé.

En quelques mois, le colonel Omar Torrijos (devenu général en 1969) s'impose à la fois comme le commandant de la garde nationale et le dirigeant de la junte au pouvoir. Il gouverne de fait le pays jusqu'à sa mort en 1981, sans avoir le titre officiel de chef d'État. En 1972, une nouvelle Constitution lui reconnaît le rôle de « chef suprême de la révolution panaméenne ». Elle met également en place un pouvoir populaire et prévoit des élections législatives en 1978. L'Assemblée nationale, dans laquelle les partisans de Torrijos sont majoritaires, élit Aristides Royo à la présidence de la République, une charge uniquement symbolique.

Avec un discours nationaliste et modernisateur, Torrijos entend donner à son pays un visage nouveau. Personnalité charismatique, gouvernant de manière personnelle et directe, il dispose d'un véritable soutien populaire, en particulier parmi la population la plus défavorisée. Il sait également rallier le soutien de l'élite traditionnelle, en ne remettant pas en cause son poids économique. Le pouvoir de Torrijos repose sur le contrôle et la fidélité de la garde nationale, utilisée en particulier contre ses opposants, et sur la direction des services secrets, confiée dès 1970 à Manuel Noriega, officier de la garde nationale qui a soutenu le coup d'État de 1968. Ce n'est qu'en 1979 qu'il crée un parti, le Parti révolutionnaire démocratique (Partido Revolucionario Democrático, P.R.D.), mais celui-ci ne parviendra jamais à un haut niveau d'organisation.

Sur le plan de la politique interne, il lance, dès 1969, un vaste programme de réforme agraire, il nationalise l'énergie et les télécommunications et crée des entreprises publiques dans l'industrie et l'agro-exportation. Il établit également, en 1972, un nouveau Code du travail. L'investissement public est financé par une dette extérieure, qui devient très importante (2,2 milliards de dollars en 1980), mais aussi par de larges ouvertures faites au secteur bancaire étranger. Des conditions très favorables sont, en effet, proposées aux banques (taxation faible, secret bancaire) contre l'obligation de contribuer au financement de la politique économique du gouvernement.

La politique étrangère de Torrijos est audacieuse et témoigne de sa capacité à s'affranchir de la tutelle de Washington. Il rétablit les relations diplomatiques avec Cuba en 1974, adhère au mouvement des non-alignés en 1975, soutient les sandinistes au Nicaragua. C'est sur la question du canal de Panamá que le changement s'avère le plus important. À l'issue de longues négociations, il obtient, en février 1974, la signature d'une « déclaration de principe » qui établit la fin de la propriété à perpétuité du canal par les États-Unis. En septembre 1977, il signe, à Washington, les traités Torrijos-Carter qui remplacent les traités de 1903, véritable aboutissement de sa politique : le canal passera sous souveraineté panaméenne le 31 décembre 1999. Pendant la période transitoire, les deux pays devront le gérer ensemble. Le Panamá reçoit une part accrue des droits sur le trafic. Au niveau militaire, le retrait des troupes nord-américaines est programmé, même si les États-Unis se réservent le droit de protéger militairement la zone du canal en cas de conflit, et conservent une priorité de passage pour leurs navires de guerre. L'application par le gouvernement nord-américain est toutefois limitée par la loi votée au Congrès des États-Unis, en 1979, qui permet de garder une forte influence dans la gestion du canal. Tout au long des années 1980, face à la crise régionale en Amérique centrale (victoire des sandinistes au Nicaragua en 1979, puis développement de la guérilla anti-révolutionnaire de la Contra, insurrections révolutionnaires au Salvador et au Guatemala), les gouvernements Reagan (1981-1989) puis Bush (1989-1993) feront voter des mesures renforçant leurs capacités d'intervention militaire sur le canal.

Le 31 juillet 1981, le général Torrijos meurt dans un mystérieux accident d'avion. Homme fort du Panamá pendant près de douze ans, il a su faire évoluer son pays d'une position de subordination politique envers les États-Unis à un État moderne, affirmant sa souveraineté et profitant de sa position géostratégique pour moderniser et diversifier son économie, tout en pratiquant une politique de redistribution sociale. Selon ses propos, il a réussi à transformer « cette caricature de pays en une nation », et à faire rentrer son pays dans la zone du canal. À sa mort, son héritage demeure, néanmoins, encombrant. Le président Royo n'a pas de véritable rôle politique. Le P.R.D. est une structure faible, construite autour de la figure de son dirigeant, sans appareil partisan. Les autres partis (le Parti panaméiste authentique, la formation d'Arnulfo Arias, ou les petits partis libéral et républicain, qui autrefois représentaient les intérêts de l'élite traditionnelle) ont été très affaiblis. La garde nationale est la seule organisation consolidée. Ses cadres ont investi à la fois l'administration publique et l'économie. Mais la corruption et le népotisme sont très importants, et le trafic de drogue commence à se généraliser. Enfin, le financement de la croissance économique par le recours à la dette fragilise une économie largement ouverte sur l'extérieur.

Le Panamá sous l'influence de Manuel Noriega

Jusqu'en 1989, la vie politique du Panamá est marquée par l'influence des militaires, et tout particulièrement de Manuel Noriega, véritable homme fort du pays, qui n'hésite pas à intervenir directement pour faire ou défaire les gouvernements, en plaçant des hommes à sa solde, remplacés dès qu'ils manifestent une velléité d'autonomie.

Manuel Noriega

Photographie : Manuel Noriega

Le général panaméen Manuel Antonio Noriega, commandant de la garde nationale, allié des États-Unis puis fervent nationaliste antiaméricain, trafiquant de drogue notoire, a contrôlé la scène politique du pays de 1983 à sa reddition en 1990. 

Crédits : William Gentile/ Corbis Historical/ Getty Images

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En août 1982, le président Royo est contraint à la démission, il est remplacé par son vice-président Ricardo de la Espriella. Noriega devient commandant de la garde nationale en septembre 1983. Il fusionne l'ensemble des forces armées, garde nationale, police et services de renseignements au sein des forces de défense de Panamá (Fuerzas de Defensa de Panamá), qu'il place sous sa direction. Trafiquant de drogue notoire, il est également agent de la C. [...]

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Canal de Panamá, 1
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Pour citer l’article

David GARIBAY, Lucile MÉDINA-NICOLAS, Alain VIEILLARD-BARON, « PANAMÁ », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 30 novembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/panama/