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REDON ODILON (1840-1916)

<it>Fleurs dans un vase à long col</it>, O. Redon - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Fleurs dans un vase à long col, O. Redon

Que l'imaginaire et le rêve soient, pour l'art, de plus d'importance que la représentation de la nature à la manière des impressionnistes, ses contemporains, tel est le message que nous laisse Redon. Cet artiste, discret et réservé, se donnait clairement pour but de mettre « la logique du visible au service de l'invisible ». Un monde magique où règnent la peur des forces mystérieuses et d'étranges visions se déploie dans les lithographies de sa première période et lui vaut, au-delà même des frontières françaises, la considération de collectionneurs éclairés, des écrivains symbolistes, puis de la nouvelle génération de peintres français représentée par Gauguin, Émile Bernard et les nabis. Au début du xxe siècle, un Redon inattendu semble se manifester, avec ses natures mortes aux fleurs d'un style détendu, ses évocations de figures mythologiques et ses paravents décoratifs. Au lieu de sujets étranges, ce sont désormais des coloris éblouisssants qui créent le climat envoûtant de ses œuvres. Le public comme les critiques ne surent pas toujours saisir le lien entre les deux aspects de la production de l'artiste, et sa renommée connut en conséquence une éclipse ; expositions et travaux critiques ont contribué à lui restituer sa véritable place : celle d'un visionnaire qui, enraciné dans l'époque de l'Art nouveau, annonce certains aspects du surréalisme.

Dans la solitude de Peyrelebade

Bien qu'Odilon Redon fût né à Bordeaux, son père avait mené la plus grande partie de son existence à La Nouvelle-Orléans et y avait acquis, comme « colon », quelque fortune. Confié aux soins d'un oncle, Redon passe son enfance dans le domaine isolé et hanté de Peyrelebade, dans les Landes, tout entouré de forêts sauvages et d'étangs marécageux. À l'âge de vingt ans, il se rend à Paris, mais il ne trouve guère de satisfaction dans l'étude de l'architecture, pas plus que dans l'enseignement du peintre académique Jean-Léon Gérome. Dix ans plus tard, il prend part à la guerre entre la France et la Prusse. À quarante ans, il épouse une jeune fille créole, Camille Falte ; il manifeste dès lors plus d'assurance dans sa production, où il est encouragé par un autre artiste isolé, Rodolphe Bresdin. Ses séries de lithographies, éditées à vingt-cinq ou cinquante exemplaires, trouvent progressivement leur place dans la communauté des connaisseurs avertis. Les principaux titres sont Dans le rêve, À Edgar Poe, Les Origines, Hommage à Goya, La Nuit, Songes, La Maison hantée ; la dernière série est constituée par des évocations de La Tentation de saint Antoine de Flaubert, et de l'Apocalypse.

<it>Le Cyclope</it>, O. Redon - crédits :  Bridgeman Images

Le Cyclope, O. Redon

Ce « créateur de monstres » mena une vie étonnamment calme et uniforme. Il passait ses étés à Peyrelebade, au domaine où il avait connu, pendant son enfance, l'angoisse et l'inquiétude, et qui, après la mort de son père, était devenu, en partie au moins, sa propriété. Il y travaillait à ses fusains, qu'il appelait « mes peintures noires » ; l'hiver, il regagnait Paris et reprenait ses travaux de l'été ; laissant libre cours à son imagination visuelle, il les affinait pour aboutir à ces lithographies qui firent sa renommée. Joris-Karl Huysmans, dans À rebours, a signalé ces réalisations comme le produit le plus achevé de la décadence. Pour Redon, Peyrelebade était donc la base de son inspiration, de son chagrin et de sa productivité. Au cours des années 1890, il perdit sa propriété, mais, à ce moment, il avait déjà surmonté ses angoisses. Tout maintenant était transformé. La sombre période était close : c'en était fini du fusain, de la lithographie, et de la ténébreuse vision qu'ils impliquaient.

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Écrit par

  • : docteur ès lettres, University distinguished professor of art history, emeritus, University of Kansas, États-Unis

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

<it>Fleurs dans un vase à long col</it>, O. Redon - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Fleurs dans un vase à long col, O. Redon

<it>Le Cyclope</it>, O. Redon - crédits :  Bridgeman Images

Le Cyclope, O. Redon

<it>Sacré-Cœur</it>, O. Redon - crédits : Peter Willi/  Bridgeman Images

Sacré-Cœur, O. Redon

Autres références

  • ODILON REDON. PRINCE DU RÊVE (exposition)

    • Écrit par Maïten BOUISSET
    • 968 mots

    Il n'y avait pas eu d'exposition monographique consacrée à Odilon Redon à Paris depuis 1956. Il faut donc saluer l'initiative de la Réunion des musées nationaux qui, sous la direction de Rodolphe Rapetti, donne à cet artiste singulier une place prépondérante dans l'histoire de la création...

  • APOCALYPSE DE JEAN

    • Écrit par Jean HADOT
    • 6 538 mots
    • 3 médias
    ...quelques fresques baroques. Il fallut attendre la fin du xixe siècle pour que l'intérêt se portât de nouveau sur ce livre mystérieux. En 1899, Odilon Redon publia une série de lithographies extrêmement évocatrices pour en illustrer les scènes principales. Depuis lors, surtout après la Seconde...
  • IMPRESSIONNISME

    • Écrit par Jean CASSOU
    • 9 484 mots
    • 32 médias
    ...exposition (1886) qui se tient au-dessus du restaurant de la Maison Dorée, rue Laffite, on ne trouve plus Renoir, ni Monet, ni Sisley, ni Caillebotte, mais Odilon Redon, Signac et Seurat. Le premier de ces trois noms montre comment des charmes purement chromatiques, ceux que l'impressionnisme avait dégagés...
  • MOREAU GUSTAVE (1826-1898)

    • Écrit par Pierre-Louis MATHIEU
    • 2 071 mots
    • 3 médias
    À côté de ses propres élèves, il convient de mentionner le nom d'Odilon Redon, qui trouva sa vocation de peintre à la vue d'Œdipe et le Sphinx. Bien qu'il s'agisse moins d'une filiation que d'une métamorphose, on retrouve à l'origine de nombreuses œuvres de Redon les peintures les plus connues...
  • SYMBOLISME - Arts

    • Écrit par Jean-Paul BOUILLON
    • 5 745 mots
    • 5 médias
    ...centre mystérieux de la pensée, et de là tombèrent dans des raisons scientifiques ». Dans une formule célèbre significativement transmise par Sérusier, Redon juge l'impressionnisme « trop bas de plafond » ; mais des textes moins souvent cités et moins épigrammatiques sont aussi plus explicites : « Les...

Voir aussi