ODÉON-THÉÂTRE DE L'EUROPE

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Construit à l'initiative de Louis XVI, ce théâtre inauguré le 9 avril 1782 était à l'origine destiné à la troupe de la Comédie-Française. À son emplacement actuel, près du palais du Luxembourg, le projet de théâtre des architectes De Wailly et Peyre s'inscrivait dans une importante opération d'urbanisme du quartier. Sur une nouvelle place semi-circulaire, s'érige le bâtiment bordé sur trois côtés par des arcades, avec une façade dotée d'un avant-corps de huit colonnes doriques. La salle au plan circulaire, avec quatre étages de loges dont le dernier sous les arcades soutenant le plafond, disposait de 1 913 places avec une nouveauté pour l'époque : un parterre assis. L'endroit prend le nom de Théâtre-Français, avant de devenir Théâtre de la Nation en 1789, puis Théâtre de l'Égalité sous la Terreur, pour lequel De Wailly transforme son théâtre, en supprimant les cloisonnements de loges au profit d'« amphithéâtres » destinés au « Peuple » (1794). Après une période de fermeture, ces loges seront rétablies lors de la restauration effectuée par l'architecte Leclerc en 1796-1797, marquant ainsi de manière symbolique le nouveau changement de régime. Il rouvre ses portes sous le nom de Théâtre de l'Odéon. Victime d'un premier incendie en mars 1799, la salle est restaurée par l'architecte Chalgrin. Un second incendie, en 1818, amène une restauration immédiate menée par Baraguet. Dans ses grandes lignes le théâtre conserve l'aspect dominant de cette dernière réhabilitation. Les divers aménagements pratiqués au fil des années ont été surtout le fait de modernisations et d'améliorations techniques ou sécuritaires, associées à diverses décorations, comme celle du plafond de la coupole de la salle peint par André Masson en 1965. Avec ses 962 places, ce théâtre illustre les avantages, mais aussi les contraintes de la configuration dite « à l'italienne », tant pour les utilisateurs que pour le public. En 1967, il bénéficie de l'aménagement d'une petite salle de 50 places (Petit-Odéon, aujourd'hui salle Roger-Blin) permettant la représentation de petites formes dramatiques et de nouveaux auteurs, et dispose depuis 1996 d'une structure mobile baptisée La Cabane (200 places), dont la vocation itinérante dans la tradition du théâtre ambulant reste à confirmer.

Au xixe siècle, l'Odéon connaît sous différentes directions des activités artistiques diverses et une fréquentation fluctuante, avec un répertoire très varié allant de grandes œuvres romantiques aux adaptations romanesques. À l'aube du xxe siècle, ce théâtre prend une dimension nouvelle en 1906, avec la nomination à sa tête d'André Antoine. Considéré aujourd'hui comme l'un des inventeurs de la mise en scène moderne, Antoine est auréolé de ses expériences novatrices menées au Théâtre-Libre (1887), pour le renouvellement des formes d'expressions scéniques. À l'Odéon, jusqu'en 1914, il revisite les classiques français et étrangers, tout en offrant une large part à l'écriture contemporaine, modernise le théâtre et améliore les conditions d'accueil du public (suppression de 300 places). Entre 1914 et 1946, la direction la plus marquante est assurée par Firmin Gémier (1921-1930), disciple d'Antoine et fondateur du premier Théâtre national populaire, qui s'ouvre notamment aux grandes œuvres étrangères. Après la guerre, en 1946, l'Odéon est concédé à la Comédie-Française, et porte le nom de Salle du Luxembourg pour être distingué de la Salle Richelieu. Durant treize ans les Comédiens-Français y interprètent des auteurs contemporains, de Cocteau et Montherlant à... Marcel Achard ou Jacques Deval. En 1959, André Malraux, ministre des Affaires cuturelles, rompt cette convention et attribue l'Odéon – rebaptisé Théâtre de France – à Jean-Louis Barrault et à sa compagnie. Celui-ci s'engage dans une création à dominante contemporaine, marquée par les représentations des œuvres de Claudel, Beckett, Ionesco, Billetdoux, Genet ou Duras. Les événements de mai 1968, avec l'occupation et la détérioration du théâtre, mettront un terme à la gestion de Barrault. En 1970, avec le retour de la Comédie-Française, le théâtre est dirigé par son administrateur général, Pierre Dux, assisté de Jean-Pierre Miquel. Il devient Théâtre national de l'Odéon l'année suivante et, jusqu'en 1983, alterne dans sa grande salle, comme au Petit-Odéon, un répertoire d'œuvres variées, issues de la dramaturgie étrangère comme de nouveaux auteurs. Durant cette même période l'Odéon accueille diverses troupes et le Jeune Théâtre national. Le 6 mai 1983, un décret répartit les activités du théâtre en deux volets, l'un destiné sous la direction de Giorgio Strehler (1983-1988) au Théâtre de l'Europe, avec présentation de spectacles de grandes institutions européennes, l'autre consacré à l'accueil de différentes troupes et coproductions, avec un nouveau retour de la Comédie-Française en 1986. En 1990, sous la direction du metteur en scène espagnol Lluis Pasqual, le théâtre devient exclusivement Théâtre de l'Europe jusqu'en 1995. L'année suivante, sur nomination du président de la République, c'est Georges Lavaudant qui, jusqu’à la nomination d’Olivier Py en 2007, va assurer la direction de ce théâtre, alternant ses propres créations, avec des comédiens constituant une troupe officieuse, et l'accueil de grands spectacles internationaux (Robert Wilson, Carmelo Bene, Deborah Warner, Krystian Lupa...). Établissement public entièrement financé par l'État, l'Odéon-Théâtre de l'Europe a pour mission aujourd'hui de « produire, coproduire ou accueillir de grands spectacles européens, classiques ou contemporains ». Repoussés pendant quelques années, d'importants travaux de restructuration sont engagés en 2002, et visent à améliorer les conditions d'exploitation et d'utilisation. Le projet d'une seconde salle intégrée, un moment envisagé, ne verra pas le jour. Par contre, lorsqu'il rouvre ses portes en 2006, il dispose d'une deuxième salle aux Ateliers Berthier dans le XVIIe arrondissement de Paris.

En 2012, lorsqu’Olivier Py est nommé à la tête du festival d’Avignon, Luc Bondy lui succède jusqu’à sa disparition en novembre 2015. Stéphane Braunschweig est alors nommé directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe.

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Pour citer l’article

Jean CHOLLET, « ODÉON-THÉÂTRE DE L'EUROPE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/odeon-theatre-de-l-europe/