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NOVALIS (1772-1801)

La fusion des contraires

Cet autre thème, énoncé de manière laconique dans les fragments, devenu symbole dans le roman, est le fruit de l'expérience même de Novalis. Après la mort de Sophie, en effet, la mort lui semble devoir être la vraie vie, la vie une mort lente, et Tieck remarquera qu'il « lui était devenu naturel de considérer comme miraculeuses les choses habituelles et proches, et comme habituelles les réalités lointaines et surnaturelles ; il se mouvait dans la vie quotidienne comme au cœur d'un conte merveilleux, et le domaine lointain et inconcevable que la plupart des hommes pressentent seulement ou révoquent en doute était pour lui une patrie aimée ».

Les héros eux-mêmes vivent dans un univers où l'opposition entre nuit et jour, vie et mort, rêve et réalité a moins de sens encore. Heinrich, se réveillant après son rêve, dit à sa mère qu'« il lui semblait que cela était plus qu'un simple rêve ». Et ne trouve-t-on pas dans cette formule une invite pour le lecteur à faire sienne cette fusion de l'imaginaire et du réel : « Le monde supérieur est plus proche de nous que nous ne le pensons ordinairement. Ici-bas déjà nous vivons en lui et nous l'apercevons, étroitement mêlé à la trame de la nature terrestre. » Nous apercevons le même lien indissociable pour Novalis entre amour et religion : « Ce que j'éprouve pour Sophie n'est pas de l'amour, mais de la religion... Ma bien-aimée est l'abréviation de l'univers, l'univers est l'élongation de ma bien-aimée. » Enfin, littérature et histoire, science et poésie pour le poète ne font qu'un, dans cette aube d'un temps rêvé où, écrit Novalis, « les contes et les poèmes prendront rang d'histoire universelle ».

— Catherine KOENIG

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Pour citer cet article

Catherine KOENIG. NOVALIS (1772-1801) [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Média

Novalis - crédits : Hulton Archive/ Getty Images

Novalis

Autres références

  • ALLEMANDES (LANGUE ET LITTÉRATURES) - Littératures

    • Écrit par Nicole BARY, Claude DAVID, Claude LECOUTEUX, Étienne MAZINGUE, Claude PORCELL
    • 24 585 mots
    • 29 médias
    Lorsque paraissent en 1795 Les Années d'apprentissage, tout le monde salue d'abord ce roman comme la Bible des temps nouveaux. Jusqu'au moment où Novalis (1772-1801) le dénonce comme un nouveau Candide, hostile à la poésie. La sagesse temporelle du livre négligeait selon lui l'essentiel : la vie...
  • ATHENÄUM, revue littéraire

    • Écrit par Pierre GRAPPIN
    • 768 mots
    • 1 média

    La singularité de la revue Athenäum, qui a paru de 1798 à 1800, est d'avoir été constituée expressément pour servir d'organe à une école littéraire en cours de formation, celle des romantiques allemands du groupe d'Iéna. C'est là, autour des frères August et ...

  • ROMANTISME

    • Écrit par Henri PEYRE, Henri ZERNER
    • 22 170 mots
    • 24 médias
    ...plusieurs philosophes du xviiie siècle y ont souscrit, mais ce n'est qu'avec le romantisme qu'elle prend sa forme généralisée. Schlegel et Novalis ont formulé à ce sujet un grand nombre de propositions qui ne semblent pas seulement des réflexions, mais des expériences très audacieuses au cours...
  • HEINRICH VON OFTERDINGEN (XIIIe s.)

    • Écrit par Pierre SERVANT
    • 582 mots

    C'est grâce à Novalis que le nom de Heinrich von Ofterdingen a gardé aujourd'hui toute sa puissance d'évocation ; comme il veut répliquer par un roman poétique au Wilhelm Meister de Goethe, qu'il juge trop réaliste et bourgeois, ce romantique de la première génération choisit...

  • Afficher les 9 références

Voir aussi