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ALÉATOIRE MUSIQUE

On range sous la dénomination de musique aléatoire les pratiques compositionnelles qui rejettent totalement ou ponctuellement la fixité. Cette musique fondée sur le hasard et l'indétermination est née au cours des années 1950, en réaction au sérialisme intégral. La part d'indétermination et de hasard est désormais acceptée, annulant les oppositions binaires classiques : le continu ne s'oppose plus au discontinu, l'ordre au désordre, le hasard au contrôle. Toute idée de relation hiérarchisée dans le temps et dans l'espace est abandonnée.

L'œuvre ouverte

Pierre Boulez. - crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

Pierre Boulez.

Le concept d'œuvre ouverte est spécifique aux compositeurs européens, qui sont inspirés par des recherches essentiellement littéraires (alors que les compositeurs américains sont surtout influencés par des recherches picturales). Des écrivains comme Stéphane Mallarmé ou James Joyce ont en effet totalement repensé la notion de forme en ne concevant plus l'œuvre dans un déroulement linéaire, avec un départ et une arrivée fixés pour toujours. Le « Livre » de Mallarmé – qui n'a ni commencement ni fin obligés et dont les pages peuvent être lues dans n'importe quel ordre – exerça ainsi une influence très forte sur Pierre Boulez, qui tenta d'en donner l'équivalent musical dans sa Troisième Sonate pour piano (1957).

Luciano Berio - crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Luciano Berio

Le contrôle de tous les paramètres de la partition avait fini par priver l'interprète de toute liberté. Pour sortir de ce carcan, des compositeurs comme Boulez, Luciano Berio ou Karlheinz Stockhausen ont proposé de laisser à l'appréciation de l'interprète le choix du parcours de l'œuvre, qui va reposer sur des éléments permutables.

L'œuvre ouverte désigne donc une œuvre mobile, c'est-à-dire à l'intérieur de laquelle plusieurs trajectoires sont possibles. Dans ce type de pièce, la structure n'est pas fixée une fois pour toutes mais change à chaque exécution en fonction de l'interprète, car c'est lui qui donne à l'œuvre une forme parmi les multiples possibilités que la combinatoire rend possibles. La partition constitue un véritable programme d'action : c'est une œuvre à faire et cela suppose un nouvel état d'esprit car l'œuvre ouverte entraîne une nouvelle répartition des pouvoirs entre le compositeur et l'interprète, dont le rôle se trouve revalorisé.

Karlheinz Stockhausen - crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Karlheinz Stockhausen

Stockhausen, qui cherchait à dépasser les principes stables de la tradition occidentale, expérimenta dans son Klavierstück XI (1957) la notion de processus ouvert générateur de l'œuvre : le compositeur propose un ensemble de dix-neuf séquences indépendantes de contenu déterminé pour ce qui est de la hauteur et du rythme, à organiser dans un ordre arbitrairement choisi par l'interprète. Les indications de tempo, de dynamique et de mode de jeu notées à la fin de chaque séquence s'appliquent à la suivante mais, lorsque l'interprète tombe pour la troisième fois sur la même séquence, l'œuvre est achevée. Le parcours et la durée globales sont indéterminés et donc aléatoires.

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Écrit par

  • : musicologue, analyste, cheffe de chœur diplômée du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, chargée de cours à Columbia University, New York (États-Unis)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Médias

Pierre Boulez. - crédits : Erich Auerbach/ Getty Images

Pierre Boulez.

Luciano Berio - crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Luciano Berio

Karlheinz Stockhausen - crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images

Karlheinz Stockhausen

Autres références

  • ATONALITÉ

    • Écrit par Juliette GARRIGUES, Michel PHILIPPOT
    • 4 382 mots
    • 9 médias
    ...le dodécaphonisme étant abandonné, diverses techniques plus ou moins nouvelles furent proposées pour le remplacer. Il y eut d'abord les musiques dites aléatoires, dans lesquelles le ou les interprètes pouvaient improviser librement à partir d'une règle du jeu donnée par le compositeur. L'exemple le plus...
  • BROWN EARLE (1926-2002)

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 846 mots

    Associé de John Cage – aux côtés de Morton Feldman, David Tudor et Christian Wolff –, le compositeur américain Earle Brown, pionnier de la notation graphique et des formes ouvertes, est un des plus remarquables représentants de la mouvance expérimentale new-yorkaise des années 1950.

  • CAGE JOHN - (repères chronologiques)

    • Écrit par Juliette GARRIGUES
    • 647 mots

    5 septembre 1912 John Milton Cage, Jr., naît à Los Angeles.

    1938 John Cage entame ses recherches sur le piano préparé à la Cornish School of the Arts de Seattle.

    1939 John Cage compose Imaginary Landscape no 1, qui constitue l'acte de naissance de la « musique électronique vivante » (...

  • COMPOSITION MUSICALE

    • Écrit par Michel PHILIPPOT
    • 6 846 mots
    • 2 médias
    ...pseudo-solutions pour résoudre les problèmes de composition sont devenues tellement variées qu'il est presque impossible de donner une description de chacune. Une tendance qui eut une vie relativement éphémère (de 1955 à 1975 environ) fut celle de la musique dite (à tort) aléatoire ; elle consistait à...
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Voir aussi