MONTAIGNE MICHEL EYQUEM DE (1533-1592)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

L'exemplum...

Or le nombre de citations et d'exempla figurant dans les Essais et leur fréquence, notamment dans les chapitres du début, ont souvent amené les chercheurs à rapprocher l'ouvrage de Montaigne des recueils de « leçons » qui étaient à la mode à la Renaissance. Pierre Villey avait évoqué Adages et Apophtegmes d'Érasme, Lectiones antiquae de Celio Rodigino, De honesta disciplina de Pietro Crinito, Officina de Ravisius Textor, Épîtres dorées (traduction française des Epistolas familiares) de Guevara – bref, toutes ces collections d'anecdotes et de sentences où l'on repère effectivement l'origine des nombreuses histoires qui ponctuent les Essais. Il faudrait encore ajouter les Apophtegmata de Conrad Lycosthenes (dont Étienne Ithurria a retrouvé un exemplaire couvert d'annotations qui pourraient être de la main du futur auteur des Essais) et le Theatrum vitae humanae, ouvrage encyclopédique du médecin et philosophe bâlois Theodor Zwinger, qui se situe toutefois bien au-dessus d'une simple compilation. C'est là le cadre culturel où les Essais viennent prendre place, tout en le dépassant. Les matériaux de Montaigne en effet ne sont pas toujours de première main, il prend son bien où il le trouve : « Et moi ai pris des lieux assez ailleurs qu'en leur source. » Si les citations, poétiques ou en prose, qui émaillent sa page, viennent directement de ses auteurs préférés, pour les exemples, les « lieux » dits communs, c'est-à-dire la topique du savoir anthropologique transmise de l'Ad Herennium à Érasme, il est certain qu'il a souvent recours à ces collectes préparées dès l'Antiquité à l'usage de l'éducation rhétorique et de l'édification morale. Il peut même arriver parfois de remarquer une structure similaire entre quelques chapitres de Montaigne et certaines sections de tel ou tel recueil de leçons.

Cela n'entraîne pas cependant une filiation directe des Essais avec ces compilations dont le xvie siècle était gourmand. Quelque chose change sous la plume de Montaigne : il y a d'abord l [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 13 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  MONTAIGNE MICHEL EYQUEM DE (1533-1592)  » est également traité dans :

ESSAIS (M. de Montaigne) - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Jean VIGNES
  •  • 1 017 mots

C'est vers 1572 que Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) entreprend la rédaction des Essais, qui l'occupera jusqu'à sa mort. Deux ans plus tôt, il a vendu sa charge de conseiller au Parlement de Bordeaux et s'est retiré en son château du Périgord. Non qu'il se consacre exclusivement à l'écriture : tout en administrant son domaine, Montaigne joue son rôle de gentilhomme catho […] Lire la suite

ALTRUISME

  • Écrit par 
  • Guy PETITDEMANGE
  •  • 3 312 mots
  •  • 1 média

Généralement, le terme d'altruisme qualifie une attitude morale concrète qui, par-delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel, calculateur et soucieux de préserver le soi, et du désir érotique qui porte éperdument vers autrui mais un autrui à posséder. Une sorte d'aura entoure le terme d'altruisme. On est aux confins de […] Lire la suite

AUTOBIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Daniel OSTER
  •  • 7 548 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « L'autoportrait comme projet »  : […] Il semble qu'on puisse distinguer au sein de l'entreprise autobiographique un projet autoportraitiste, dont le trait essentiel serait le choix d'une syntaxe thématique et analogique au lieu du récit chronologique. C'est plutôt dans la fragmentation, l'addition, la relation métaphorique ou métonymique (« tracer des pistes joignant entre elles deux éléments », note Leiris) que l'autoportraitiste che […] Lire la suite

BONHEUR

  • Écrit par 
  • André COMTE-SPONVILLE
  •  • 7 850 mots

Dans le chapitre « Le bonheur en acte »  : […] Est-il une autre voie ? Peut-être, et c'est ce que les philosophes appellent la sagesse. Mais comment la penser ? D'abord par opposition à ce qui précède. Si le divertissement est un bonheur manqué, la sagesse serait un bonheur réussi. Mais comment, si le désir est manque ? S'il n'était que cela, il n'y aurait pas d'issue, en effet, pas de bonheur, et le suicide sans doute – ou la religion – sera […] Lire la suite

SAUVAGE LE BON

  • Écrit par 
  • Bernard CROQUETTE
  •  • 1 038 mots
  •  • 1 média

On retrouve, dans la plupart des mythologies anciennes, la légende de l'âge d'or : les philosophes et les poètes grecs et latins, par exemple, ont souvent évoqué l'existence, dans des temps reculés et donc révolus, d'une humanité plus heureuse et plus juste ; plus près de nous, des générations de voyageurs et d'écrivains se sont plu à décrire des sociétés tout aussi étrangères aux institutions et […] Lire la suite

CHARRON PIERRE (1541-1603)

  • Écrit par 
  • Bernard CROQUETTE
  •  • 1 131 mots

Homme d'Église et homme de lettres français, Pierre Charron est connu surtout comme moraliste. Il abandonne l'étude du droit pour celle de la théologie et est ordonné prêtre. Il se signale par son enseignement et surtout par ses sermons. Les évêques se disputent bientôt, en ces temps troublés, cet éloquent champion de la foi catholique, chez qui la clarté et l'ordre n'interdisent pas la fougue, et […] Lire la suite

COLONIALISME & ANTICOLONIALISME

  • Écrit par 
  • Jean BRUHAT
  •  • 6 479 mots
  •  • 2 médias

Dans le chapitre « L'anticolonialisme de la Renaissance »  : […] À peu près dans le même temps apparaît en France une autre variante de l'anticolonialisme. Elle est suggérée par la multiplication des récits de voyages qui décrivent l'existence de populations à l'état de nature. Le « bon sauvage » devient le thème de cette littérature. Voilà des peuples qui vivaient libres et heureux : nous ne leur apportons que misère, oppression et guerre. Dans les Isles fo […] Lire la suite

COMPAGNON ANTOINE (1950- )

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO
  •  • 1 117 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Questions de poétique et d’histoire »  : […] Fils de militaire – le général Jean Compagnon, qui fut l’un des premiers à entrer dans Paris avec le général Leclerc en 1944 –, Antoine Compagnon suivit une éducation assez stricte et fut élève du Prytanée militaire de La Flèche : il tirera un beau roman de cette expérience ( La Classe de rhéto , 2012). L’adolescent liseur fait des sciences et entre à Polytechnique. Ingénieur des Ponts et Chaussé […] Lire la suite

DISCOURS DE LA SERVITUDE VOLONTAIRE, Étienne de La Boétie - Fiche de lecture

  • Écrit par 
  • Raoul VANEIGEM
  •  • 1 260 mots

Dans le chapitre « La rédaction »  : […] Selon Montaigne, La Boétie (1530-1563) aurait écrit son livre à seize ou dix-huit ans, soit en 1546 ou, plus probablement, en 1548, le corrigeant quelques années plus tard, alors qu'il était étudiant à l'université d'Orléans. Le chapitre xxviii du livre premier des Essais précise : « C'est un discours auquel il donna le nom de La Servitude volontaire , mais ceux qui l'ont ignoré l'ont bien propr […] Lire la suite

DOUTE

  • Écrit par 
  • Olivier JUILLIARD
  •  • 731 mots

Présent dans les discours les plus divers, le doute n'est pas plus un concept méthodologique qu'un argument pédagogique, à quoi cependant on l'a maintes fois réduit. De Socrate à Descartes, de Montaigne à Lessing et de Kierkegaard à Nietzsche, il transforme le cours d'une réflexion en expérience ; dans un discours en première personne comme dans un dialogue, il ordonne une progression, fait repère […] Lire la suite

Pour citer l’article

Fausta GARAVINI, « MONTAIGNE MICHEL EYQUEM DE - (1533-1592) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 juin 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/montaigne-michel-eyquem-de/