MOLDAVIE

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quelques données-clés.
Nom officielRépublique de Moldavie (MD)
Chef de l'ÉtatMaia Sandu (depuis le 24 décembre 2020)
Chef du gouvernementNatalia Gavrilita (depuis le 6 août 2021)
CapitaleChisinau
Langue officiellemoldave (roumain)
Unité monétaireleu moldave (MDL) 1
Note : Le rouble de Transnistrie est l'unité monétaire officielle dans la région séparatiste de Transnistrie
Population2 954 000 (estim. 2021)
Superficie (km2)33 843

La Moldavie depuis l'indépendance

Quelle Moldavie indépendante ?

La république de Moldavie (Moldova) déclare son indépendance le 27 août 1991. Son territoire s'étend sur celui de l'ancienne République socialiste soviétique de Moldavie, constitué en 1940 par le rassemblement de deux entités voisines démembrées : une partie de la Bessarabie prise à la Roumanie à la faveur de la Seconde Guerre mondiale et une partie de l'ancienne République autonome soviétique socialiste moldave, constituée en 1924 par Staline en territoire ukrainien, et sur le territoire de laquelle subsistent des îlots roumanophones isolés, principalement ruraux.

La Bessarabie est la partie nord-est de la Moldavie historique, principauté fondatrice, par sa réunion avec la Valachie, du royaume de Roumanie. Sur les 51 000 kilomètres carrés de Bessarabie prise à la Roumanie, seuls 30 000 kilomètres carrés restent à la république de Moldavie, après amputation et affectation à l'Ukraine par les Soviétiques de la Bucovine du Nord (capitale Czernowitz [Cernăuţi en roumain ; Tchernovtsy en russe]), de la région de Herţa et, au sud-est, du Boudjak, province frontalière des bouches du Danube et seule façade maritime de la Moldavie (départements – judeţe – de Cetatea Albăæ [Akkerman, en autrichien ; Bielgorod-Dnistrovski en russe] et Ismail).

La petite République socialiste soviétique autonome moldave (8 300 km2) a été dissoute en 1940 et son territoire partagé entre une bande de 3 440 kilomètres carrés le long de la rive orientale du Dniestr, affectée à la nouvelle République socialiste soviétique de Moldavie, et le reste réaffecté à l'Ukraine. Cette « République socialiste soviétique autonome moldave » n'avait été fondée entre les deux guerres par le gouvernement soviétique que pour matérialiser le maintien de ses prétentions sur la Bessarabie frontalière, dont il n'a jamais admis que le Conseil du pays (Sfatul ţării) ait saisi l'occasion de la révolution d'Octobre pour s'affranchir de la précédente occupation russe et voter la réunification avec la Roumanie. L'actuel conflit en Transdniestrie, ou Transnistrie (de Nistru, nom roumain du Dniestr), est en germe dans la création de cette éphémère république dont les anciens attributs (hymne, drapeau) sont aujourd'hui repris et le territoire résiduel tenu par les autorités séparatistes transnistriennes.

Une indépendance par défaut

La Moldavie indépendante a été immédiatement reconnue par la Roumanie, ce qui était une façon de ne pas poser, du moins dans l'immédiat, la question de leur réunification. La République de Moldavie a donc dû trouver ses marques identitaires, non seulement vis-à-vis de la Russie, mais aussi par rapport à l'ancienne mère patrie. L'enthousiasme de la réouverture de la frontière sur le Prut – hermétiquement fermée au temps de l'U.R.S.S. –, la conscience très forte chez les intellectuels moldaves d'appartenir à la roumanité et à la latinité, comme le désir de bien-être identifié avec l'Ouest, poussaient pourtant dans le sens du rapprochement. C'est ainsi que les premières manifestations de souveraineté de la Moldavie indépendante ont porté sur l'adoption du drapeau bleu, jaune, et rouge, identique, aux armoiries près, au drapeau de la Roumanie, l'adoption du roumain comme langue officielle et le retour à l'alphabet latin, et l'adoption d'une monnaie, le leu, homonyme de la monnaie traditionnelle roumaine.

De fortes résistances à l'idée de réunification ont cependant vu le jour. Certaines réticences ont pu provenir de Roumanie ; la Moldavie est pauvre et le budget à lui consacrer pour qu'elle rattrape économiquement la Roumanie aurait été lourd pour un pays qui sortait lui aussi d'une expérience socialiste désastreuse. En outre, la perspective d'intégrer l'O.T.A.N. et de rejoindre l'Union européenne (U.E.) était perçue en Roumanie comme pouvant être rendue plus difficile, ou au moins plus longue, par une réunification socio-économique et stratégique délicate. De surcroît, Bucarest, déjà embarrassée par ses minorités magyare et tzigane, aurait dû faire face à un problème de minorités (russophone, ukrainienne, gagaouze, juive, polonaise, bulgare, etc.) autrement plus important en Moldavie.

Ce sont ces minorités qui manifestent le plus d'hostilité à l'idée de réunification avec la Roumanie. Les russophones, en particulier, ainsi que les Ukrainiens ne veulent renoncer ni à leur langue, ni à la suprématie politique et culturelle qu'elle leur donnait dans le cadre de l'Union soviétique, dont le modèle alimente toujours plus ou moins leur nostalgie. Les Gagaouzes, population turcophone et chrétienne orthodoxe installée dans le sud du pays et qui a obtenu un statut d'autonomie en 1994, préfèrent également le russe au roumain dans leur communication interethnique et se réservent le droit à l'autodétermination en cas de réunification avec la Roumanie.

Sécession de la Transnistrie

C'est toujours le refus de toute réunification qui a servi de motif à la province située à l'est du Dniestr, et n'ayant donc jamais appartenu à la Grande Roumanie, pour faire sécession dès 1991 et s'autoproclamer « République moldave de Transnistrie ». Malgré la présence de Moldaves roumanophones (une petite moitié des Transnistriens) et de quelques représentants des minorités (juive, polonaise, etc.), les russophones (30 p. 100 selon un recensement, contesté, de 2004), alliés aux « ukrainianophones » (28 p. 100) détiennent le pouvoir économique, culturel, militaire et politique. Le russe est langue officielle dans cet État sécessionniste dont le premier président, en fonction jusqu’en décembre 2011, Igor Smirnov, n'était pas moldave, mais citoyen de la Fédération de Russie. Son successeur, Evgheni Șevciuk, est issu de la minorité d’origine ukrainienne.

Les liens de la Transnistrie sont étroits avec la Russie qui dispose toujours des bases militaires de sa 14e armée, commandée en son temps par le général Alexandre Lebed. La 14e armée a partagé avec ses alliés transnistriens (25 000 hommes, contre 20 000 hommes pour la Moldavie) une très grande quantité d'armes légères et de munitions de tout calibre, dont le commerce alimente les caisses aussi bien publiques que mafieuses de la Transnistrie.

Le gouvernement légal de Moldavie a essayé, en 1992, de reprendre par les armes la province sécessionniste, soutenue militairement et politiquement par la Russie mais, avec des forces armées inférieures en nombre et surtout en armement, cette guerre, faite d'escarmouches meurtrières (700 morts), fut vaine, et le conflit est figé depuis lors.

Moscou s'est engagé, au sommet de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (O.S.C.E.) qui s'est tenu à Istanbul en 1999, à retirer ses troupes de Transnistrie, mais il ne l'a fait que très partiellement en 2000 et maintient depuis lors le statu quo. En couvrant cet état de non-droit, les Russes se conservent ainsi des bas [...]

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Mircea Snegur

Mircea Snegur
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Écrit par :

  • : rédacteur sur la région des Balkans, Institut royal des affaires internationales, Londres
  • : professeur d'histoire, université de l'Illinois, Urbana-Champaign
  • : rédacteur en chef de Lettre(s), titulaire d'un D.E.A. de roumain, Institut national des langues et civilisations orientales, doctorant à l'université de Paris-III
  • : maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Barbara BUCKMASTER, Keith Arnold HITCHINS, Philippe LOUBIÈRE, Yann RICHARD, « MOLDAVIE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/moldavie/