AUDIARD MICHEL (1920-1985)

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Avant d'être scénariste et réalisateur, Michel Audiard s'est ingénié à mettre dans la bouche de comédiens célèbres des mots drôles, dits mots d'auteur. Il se souciait peu de vraisemblance ou de psychologie. Ses dialogues n'étaient pas réalistes. Ils étaient brillants, et d'autant plus savoureux qu'ils combinaient l'argot de la rue et la métaphore poétique. C'était tout le contraire du beau langage encanaillé : on retrouvait dans ses dialogues la spontanéité de Gavroche endiguée, intellectualisée, enrubannée de prestige littéraire. Les répliques écrites par Audiard avaient ainsi la saveur et l'improbabilité des textes destinés au théâtre.

Comme un certain nombre de vedettes de légende, Michel Audiard, né à Paris en 1920, a exercé les cent petits métiers qui mènent à tout : soudeur, coureur cycliste, opticien et, bien entendu, vendeur de journaux. De vendeur, il est devenu rédacteur, notamment à L'Étoile du soir et à Cinémonde. Il a aussi écrit quelques romans qu'il adaptera plus tard pour le cinéma. Ce sont les fameux films en « M », treizième lettre de l'alphabet, réalisés par le superstitieux André Hunebelle (Mission à Tanger, 1949 ; Massacre en dentelles, 1951 ; Mannequins de Paris, 1956). Immédiatement, le dialogue a pris le pas sur les autres éléments narratifs. Rapidement, ses qualités – vivacité, drôlerie et sophistication – allaient convaincre les producteurs, ainsi que les réalisateurs réputés commerciaux (Gilles Grangier, Denys de La Patellière, Henri Verneuil, Georges Lautner, Jacques Deray, Philippe de Broca, José Giovanni...). Surtout, Audiard a su travailler « sur mesure » pour les stars : Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Lino Ventura. Mais, à partir de 1968, le dialoguiste-scénariste s'avise qu'il pourrait être aussi bon réalisateur qu'un autre. Il met donc en scène des films qui se distinguent plus par la longueur de leur titre que par leurs qualités cinématographiques (Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages, 1968 ; Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais... elle cause, 1970 ; Le Cri du cormoran, le soir, au-dessus des jonques, 1970).

Michel Audiard était également une personnalité non pas mondaine mais extrêmement sociable. Son image était celle du convive gouailleur et farceur. Ceux qui le connaissaient mieux déclaraient que c'était là une pose, un masque. Ils renvoyaient les incrédules à la lecture d'une œuvre forte et grave, un livre intitulé La Nuit, le jour et toutes les autres nuits (1978), et qu'il faut lire absolument pour comprendre le personnage et l'écrivain.

—  Gilbert SALACHAS

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Pour citer l’article

Gilbert SALACHAS, « AUDIARD MICHEL - (1920-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 19 février 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/michel-audiard/