AUDIARD JACQUES (1952- )

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Fils de Michel Audiard (scénariste-dialoguiste à succès de plus de cent films, et par là même auteur de répliques célèbres écrites pour Jean Gabin, Lino Ventura ou Jean-Paul Belmondo et filmées par Georges Lautner, Gilles Grangier et Henri Verneuil), Jacques Audiard est né en 1952. Il a été monteur puis scénariste, d'abord avec son père (Le Professionnel, G. Lautner, 1981 ; Mortelle Randonnée, Claude Miller, 1983) ou Denys Granier-Deferre (Réveillon chez Bob, 1984), mais surtout pour les premiers films de Jérôme Boivin auquel il fournit des histoires fort surprenantes (Baxter, 1989 ; Confession d'un barjo, 1991).

Depuis 1994, Jacques Audiard est un auteur-metteur en scène rare qui peaufine et radicalise chaque étape de la réalisation (écriture, tournage, montage), produisant des œuvres au style puissant et extrêmement personnel : récits complexes, personnages imprévisibles et violence esthétique mettent en place la vision inquiète d'un monde chaotique et difficile à appréhender. Regarde les hommes tomber (1994), son premier long-métrage, monte en parallèle l'histoire de deux truands minables et le parcours de celui qui se lance à leur poursuite plusieurs mois après. Au lieu de cultiver le bizarre pour lui-même, cette structure malmenant la temporalité réinvestit constamment du vivant et de l'imaginaire à l'intérieur d'une communication virtuelle inquiétante. Un héros trop discret (1996) déconstruit pour sa part le portrait d'un imposteur sous l'Occupation à travers un patchwork de flash-back teinté d'humour noir mêlé à l'insertion de faux témoins et aux confessions postérieures du protagoniste lui-même, vieilli et devenu philosophe ! Le vrai et le réel sont ainsi malmenés à mesure que le destin du personnage passe de l'extraordinaire à l'improbable : où est la vérité ?

Sur mes lèvres (2001) s'appuie sur une idée (une sourde se sert de sa capacité à lire sur les lèvres) et un insolite duo d'acteurs (Emmanuelle Devos, Vincent Cassel) pour tisser un polar sentimental montant sur un rythme saccadé une impressionnante quantité de très gros plans en mouvement. On peut voir De battre, mon cœur s'est arrêté (meilleur film et meilleur réalisateur aux « César » 2006, premier vrai succès public du cinéaste avec un million d'entrées) comme un remake du Pickpocket de Bresson. Sinon que la rédemption du voyou par la musique et l'amour, est ici montrée dans un registre bien plus violent. Romain Duris interprète le rôle de Tom, l'hypernerveux d'aujourd'hui, complice sans l'avoir cherché de la noirceur d'hommes perdus dans et par leur misogynie. Chargé des basses besognes chez des marchands de sommeil, cruel, exploitant la misère, il veut brusquement reprendre le métier de sa mère : concertiste. Une telle crapule pourra-t-elle devenir virtuose ? C'est le pari d'un film tendu, tourné caméra à l'épaule, et de personnages forts comme sa douce professeur chinoise qui parvient à exprimer une véritable communication artistique sans le secours des mots. Le final de ce dur roman d'apprentissage répond à la laideur du monde en montrant la sagesse d'un personnage apaisé qui a enfin trouvé sa place. Un prophète (grand prix du jury au festival de Cannes 2009, prix Louis-Delluc 2009) reprendra certaines de ces questions en les transposant dans l’univers de la prison. Inspiré des nouvelles de l’écrivain canadien Craig Davidson, De rouille et d’os (2012) part de la forme du mélodrame pour suivre la lente transformation de deux marginaux de la vie.

Vincent Cassel

Photographie : Vincent Cassel

Vincent Cassel dans A Dangerous Method (2011), de David Cronenberg. L'acteur interprète le rôle du psychanalyste dissident Otto Gross. 

Crédits : Mars Distribution

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  • : professeur honoraire d'histoire et esthétique du cinéma, département des arts du spectacle de l'université de Caen

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Pour citer l’article

René PRÉDAL, « AUDIARD JACQUES (1952- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 03 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jacques-audiard/