VENTURA LINO (1919-1987)

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Angelo Borrini, né à Parme le 14 juillet 1919, va suivre sa famille d'exportateurs lorsque, huit ans plus tard, elle émigre en France. Il mène alors la vie d'un petit Italien déraciné et sans goût pour l'étude. En marge de diverses occupations, il se passionne pour la lutte et finit par remporter le titre de champion d'Europe. Un accident interrompt peu après sa carrière. Il devient organisateur de rencontres de catch. C'est alors, en 1953, que Marc Maurette le remarque et le signale à Jacques Becker en quête d'un personnage de truand à opposer au Jean Gabin de Touchez pas au grisbi. L'essai est concluant et le nom d'Angelo Borrini, qui apparaissait pour la première fois dans un générique, va rapidement laisser place à celui de Lino Ventura.

Dans la production française des années cinquante et soixante, fertile en histoires de gangsters, Lino Ventura impose sa carrure et ce visage qu'on eût dit taillé dans le granit. Visage qui au fil des ans devait se raviner et devenir pathétique. Dans un premier temps, les rôles de truands alternent avec les rôles de « flics », et le spectateur apprend à reconnaître Lino Ventura dans Razzia sur la chnouff de Henri Decoin (1954) ou dans La Loi des rues de Ralph Habib (1956). En lui se devine une violence cachée, secrète, qui apparaît le temps d'une crispation de mâchoires. Dans Montparnasse 19 (1958), Jacques Becker lui donne l'occasion unique d'une création entièrement antipathique. Mais sans doute préfère-t-il l'action aux côtés de son ami Jean Gabin, qu'il a l'intelligence et l'habileté de ne pas copier. Le succès n'a pas été long à venir : quatre films en 1956, huit en 1957, quatre en 1958, cinq en 1959. C'est le temps du Gorille vous salue bien de Bernard Borderie (1957) mais aussi de Marie-Octobre de Julien Duvivier (1958), de Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1957) et d'Ascenseur pour l'échafaud de Louis Malle (1957).

Son succès dans Classe tous risques de Claude Sautet (1959) va installer Lino Ventura dans le rôle définitif de vedette. Vocable qu'il acceptait mal et qui le fit se montrer de plus en plus exigeant dans le choix de ses scénarios. Il pouvait aussi bien jouer la comédie (La Métamorphose des cloportes, de Pierre Granier-Deferre, 1964 ; L'aventure c'est l'aventure de Claude Lelouch, 1971 ; L'Emmerdeur d'Édouard Molinaro, 1973 ; La Gifle de Claude Pinoteau, 1974) que parodier son propre personnage (une série de films entre 1963 et 1965 avec Georges Lautner). Jean-Pierre Melville lui fournit par deux fois l'occasion d'affirmer ses qualités de sobriété et d'efficacité (Le Deuxième Souffle, 1966 ; L'Armée des ombres, 1969). Un taxi pour Tobrouk de Denys de La Patellière l'avait projeté, en 1960, au sommet du box-office. Quinze ans plus tard, avec une étonnante économie de moyens, Lino Ventura rendit angoissantes ses prestations d'homme solitaire dans Cadaveri eccellenti (Cadavres exquis de Francesco Rosi, 1975) et surtout dans Un papillon sur l'épaule, de Jacques Deray (1977). Têtu, tenace, jamais découragé, mais toujours seul, il paraît dans Un homme en colère de Claude Pinoteau (1978), Espion lève-toi d'Yves Boisset (1982), se livre à un effrayant corps à corps avec Michel Serrault (Garde à vue de Claude Miller, 1981), interprète le rôle de Jean Valjean, son seul film à costumes :, dans l'adaptation des Misérables par Robert Hossein (1981), et retrouve pour sa dernière grande interprétation, La Septième Cible (1984), Claude Pinoteau qui, dès 1972, avait su cerner son personnage avec Le Silencieux.

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LES TONTONS FLINGUEURS, film de Georges Lautner

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  • Michel MARIE
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Dans le chapitre « L'art de négocier »  : […] Le succès du film tient bien évidemment à l'interprétation des comédiens et à la nature des dialogues écrits par Michel Audiard. Mais aussi au fait que l'intrigue policière est traitée avec un réel sérieux. L'affrontement entre les Volfoni et le nouveau caïd Fernand Naudin est particulièrement meurtrier. Lino Ventura accomplit la mission que lui a confiée son ancien compagnon sur son lit de mort […] Lire la suite

Pour citer l’article

Raymond CHIRAT, « VENTURA LINO - (1919-1987) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lino-ventura/