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ROACH MAX (1924-2007)

Un phrasé africain

Aucun autre batteur au monde ne possède une aussi fabuleuse technique où se mêlent la grande tradition d'un Big Sid Catlett, le classicisme d'un Jo Jones et la hardiesse d'un Kenny Clarke. Existe-t-il une figure rythmique, aussi audacieuse soit-elle, que Max Roach ne puisse exécuter avec une souveraine aisance ? Toutes les ressources de l'instrument – toms, grande cymbale, cymbale Charleston (hi-hat), caisse claire, et même la grosse caisse, dont il tire de stupéfiantes séries de triolets – sont explorées, maîtrisées, magnifiées. Avec une frappe d'une clarté exceptionnelle, son jeu souple et tonique offre une infinie variété de timbres. Il est l'un des premiers musiciens de jazz à savoir marier la pulsation du swing et l'élégance de la valse (Valse Hot ; Jazz In ¾ Time, avec sa fabuleuse Blues Waltz, 1956 ; The Drum Also Waltzes dans Drums Unlimited, 1965). Avec lui, le fractionnement du temps est poussé à ses limites extrêmes grâce à la superposition de mesures aux caractéristiques différentes. D'où la complexité rare de son jeu mais aussi sa profonde richesse qui se traduit par une fascinante esthétique. La grosse caisse ne se satisfait plus de marquer le temps, mais devient une voix qui se détache de l'ensemble, en accentuations irrégulières, révélant des perspectives mélodiques insoupçonnées, pendant que la grande cymbale assure la continuité du tempo. Davantage encore qu'un « mathématicien » de l'instrument, Max Roach s'affirme comme un prodigieux architecte de sons et de rythmes. La rigueur et la netteté de son phrasé, la lucidité et la finesse de son écoute font de lui le partenaire rêvé des plus grands solistes, avec qui il dialogue sans effort sur les mêmes sommets.

Mais réduire Max Roach à une phénoménale virtuosité serait ignorer, sous l'acuité intellectuelle, une sensibilité proche de la sensualité, une passion qui, pour être intériorisée, n'en est pas moins brûlante. Quel batteur a mieux compris que lui tout le sens poétique du silence ? En témoignent ces improvisations très aérées, avec une très subtile utilisation de la densité du silence, qui ne cèdent jamais à la tentation de la facilité ou du remplissage. Les plus aventureuses variations ne sont chez lui que les éléments d'une homogénéité sans faiblesse. Qui d'autre aurait pu, comme lui, tenter et réussir avec cet éclat le pari d'un disque entier exclusivement consacré à des solos de batterie ?

— Pierre BRETON

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • BROWN CLIFFORD (1930-1956)

    • Écrit par Universalis
    • 392 mots

    Trompettiste américain de jazz né le 30 octobre 1930 à Wilmington, dans le Delaware, mort le 26 juin 1956 en Pennsylvanie, Clifford Brown est célèbre pour son lyrisme, la clarté de son timbre et sa technique exceptionnelle. Il est l'un des principaux représentants du style hard bop....

  • DAVIS MILES - (repères chronologiques)

    • Écrit par Pierre BRETON
    • 985 mots

    25 mai 1926 Miles Dewey Davis, III naît à Alton (Illinois), dans une famille noire, mélomane et bourgeoise.

    Septembre 1944 Miles Davis s'installe à New York, officiellement pour préparer son entrée à la Juilliard School of Music, en réalité pour rencontrer Charlie Parker.

    1945-1948 ...

  • JAZZ À MASSEY HALL

    • Écrit par Pierre BRETON
    • 270 mots

    Afin de s'évader d'un art classique porté à sa perfection par les grands orchestres swing et accaparé par les Blancs, afin de protéger l'esprit du jazz de l'invasion rampante des romances commerciales, quelques jeunes musiciens noirs inspirés par les audaces du guitariste...

  • LINCOLN ABBEY (1930-2010)

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    Chanteuse, parolière, actrice, écrivain et poétesse, Abbey Lincoln a manifesté sa vie durant un engagement sans faille en faveur de la culture afro-américaine et des droits civiques.

    Née le 6 août 1930, à Chicago, dans l'Illinois, Anna Maria Wooldridge se produit d'abord dans des clubs du Michigan...

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