BRANDO MARLON (1924-2004)

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Sur les quais, E. Kazan

Sur les quais, E. Kazan
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L'Équipée sauvage de Laslo Benedek

L'Équipée sauvage de Laslo Benedek
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Le Parrain, F. F. Coppola

Le Parrain, F. F. Coppola
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Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen

Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen
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Né le 3 avril 1924 à Omaha (Nebraska), Marlon Brando Jr., rejeton turbulent d'un commerçant et d'une actrice amateur, connaît une vie scolaire mouvementée, couronnée par sa mise à la porte d'une école militaire. Sous l'influence de sa mère et de sa sœur aînée Jocelyn, également comédienne, il s'oriente vers l'art dramatique. Après un an de formation à la Dramatic Workshop, sous la houlette de Stella Adler, partenaire puis rivale du fameux Lee Strasberg, puis d'une expérience avec le metteur en scène d'avant-garde allemand Erwin Piscator, il débute à Broadway en 1944 dans la pièce à succès I Remember Mama de John van Drutten. Les rôles se suivent, et Brando y est régulièrement remarqué. Il crée notamment, avec Tallulah Bankhead, L'Aigle à deux têtes de Jean Cocteau, affiche prometteuse qui fut pourtant l'un des plus célèbres fiasco de l'histoire de Broadway.

Un élève de l'Actor's Studio

Le triomphe de la pièce Un tramway nommé Désir, en 1947, consacre l'avènement du dramaturge Tennessee Williams, confirme le metteur en scène Elia Kazan et fait de Marlon Brando une légende et un porte-drapeau : il y est à jamais Stanley Kowalski, brute épaisse étrangement séduisante en tee-shirt blanc couvert de sueur, qui trouble et terrorise à la fois la fragile et vieillissante Blanche Dubois (interprétée par Jessica Tandy puis Vivien Leigh). Il y impose avec éclat un jeu physique, convulsif, anticonventionnel, mais cependant réaliste, étrangement poétique en même temps que naturaliste, un jeu qui réunit tous les contrastes, tantôt sobre et tantôt flamboyant. Il va influencer la formation de l'acteur pour les décennies à venir : il est l'exemple le plus imposant de la méthode de formation, inspirée des idées de Konstantin Stanislawski et divulguée par Lee Strasberg à l'Actor's Studio.

En 1950, le réalisateur Fred Zinnemann, dont Les Anges marqués (The Search, 1948) interprété par Montgomery Clift vient de remporter un énorme succès, consacre cette nouvelle façon de jouer en faisant appel à lui pour C'étaient des hommes (The Men), où Marlon Brando compose le portrait à la fois saisissant et sensible d'un jeune militaire que la guerre a rendu paraplégique. Mais la gloire n'arrive que l'année suivante, avec Un tramway nommé Désir (A Streetcar Named Desire, 1951), porté à l'écran par Elia Kazan, où l'interprétation de Brando, violente, érotique, exacerbée par une caméra qui colle jusqu'à l'épiderme de l'acteur, provoque la même sensation qu'à la scène, mais cette fois à l'échelle universelle. Quelques années plus tôt, le personnage aurait été un « méchant » sans nuance : Brando, avec son tee-shirt savamment déchiré, fait de lui une icône érotique masculine inédite. Emblème d'une génération entière (il touche un public plus mûr que son contemporain James Dean), il vole de succès en succès, mêlant œuvres originales ou polémiques (Viva Zapata !, 1952 ; Sur les quais [On the Waterfront, 1954], tous deux d'Elia Kazan), classicisme rigoureux (le shakespearien Marc-Antoine dans Jules César [Julius Caesar, 1953], de Joseph L. Mankiewicz, où, malgré le « marmonnement » que certains lui reprochent, il manie en virtuose le verbe shakespearien) et calcul commercial (L'Équipée sauvage [The Wild One, 1953], de Laszlo Benedek ; Désirée, 1954, de Henry Koster, où il interprète le rôle de Bonaparte). Il s'essaye même à la comédie musicale : malgré des talents vocaux et chorégraphiques limités, son interprétation du séduisant joueur Sky Masterson dans Blanches Colombes et vilains messieurs (Guys and Dolls, 1955) de Joseph L. Mankiewicz, est irrésistible. L'originalité de son génie, l'imprévisibilité de ses choix autant que de son jeu, et la qualité de son travail lui permettent à chaque fois de s'en sortir avec panache.

Sur les quais, E. Kazan

Sur les quais, E. Kazan

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Marlon Brando (à droite) dans une scène de Sur les quais (On the Waterfront, 1954), un film d'Elia Kazan récompensé par de nombreux oscars. 

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L'Équipée sauvage de Laslo Benedek

L'Équipée sauvage de Laslo Benedek

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«.Il existe une différence énorme entre l'homme et les autres animaux, l'humanité étant la seule espèce dont le comportement soit à ce point influencé par son appartenance culturelle..» L'Équipée sauvage, sorti en 1953, mettait pour la première fois en scène le phénomène d'une bande... 

Crédits : Hulton Getty

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Peu à peu, cependant, son caractère difficile, ses caprices et ses excentricités rejaillissent sur sa popularité, rendant les financiers méfiants. On s'étonne qu'il galvaude son talent dans une comédie anodine comme La Petite Maison de thé (The Teahouse of the August Moon, 1956), de Daniel Mann, mais peut-être que la tentation de jouer un Japonais lui était irrésistible. Il est certainement plus à son aise quand il apporte une épaisseur romanesque à l'officier nazi qui prend peu à peu conscience de ses erreurs dans Le Bal des maudits (The Young Lions, 1958), d'Edward Dmytryk, et surtout quand il apparaît en poète canaille, traînant sa guitare et moulé dans un blouson en peau de serpent, dans L'Homme à la peau de serpent (The Fugitive Kind ; 1959), de Sidney Lumet, qui lui fait retrouver la prose de Tennessee Williams dans laquelle il se glisse avec bonheur. Le rôle avait été écrit pour lui, mais Brando ne l'avait pas interprété au théâtre ; néanmoins, le monologue sur les oiseaux sans pattes, condamnés à voler éternellement, est murmuré comme une chanson et reste un moment inoubliable.

Bien qu'il ne réalise qu'un seul film, très personnel (le long western maniériste et masochiste, La Vengeance aux deux visages (One-Eyed Jacks ; 1961), dont il prend les rênes après avoir, comme producteur, licencié Stanley Kubrick), ses sautes d'humeur font parfois la une. Le tournage des Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty) en 1962, où il fait remplacer le réalisateur Carol Reed par Lewis Milestone, est épique. Ses conquêtes féminines comme son engagement social et politique (auprès de Martin Luther King, par exemple) le maintiennent à la une des journaux.

Un jeu complexe et tourmenté

À la fin des années 1960, les films qu'il interprète ont plus de difficultés à rencontrer leur public, même lorsque le réalisateur s'appelle Charlie Chaplin : dans La Comtesse de Hong Kong (A Countess from Hong Kong, 1967), dernier film du maître, il incarne avec compétence un homme d'affaires rigide. Mais c'est la plus vive Sophia Loren qui intéresse le cinéaste. Obnubilée par le phénomène médiatique, la presse oublie de relever un génie d'acteur resté intact : le douloureux shérif en proie à la haine de toute une ville dans La Poursuite impitoyable (The Chase, 1966), d'Arthur Penn ; le sobre militaire homosexuel de Reflets dans un œil d'or (Reflections in a Golden Eye, 1967), de John Huston, où il remplace Montgomery Clift au pied levé ; le tueur à gages haut en couleur de Missouri Breaks (1976), western d'Arthur Penn. Autant de créations magistrales, dans des registres très différents, auxquelles la nouvelle maturité et la prise de poids de l'acteur donnent un relief incomparable.

Rejeté par Hollywood, Marlon Brando se réfugie en Europe auprès de metteurs en scène comme Gillo Pontecorvo (Queimada, 1969) ou Bernardo Bertolucci (Le Dernier Tango à Paris [Ultimo tango a Parigi, 1972]). Cette même année, le jeune Francis Ford Coppola a du mal à l'imposer pour Le Parrain (The Godfather). Mais le triomphe du film, dû en grande partie à l'interprétation de Brando, et le scandale qui entoure la sortie du Dernier Tango à Paris valent à l'acteur le plus spectaculaire des come-back. Il obtient d'ailleurs un oscar pour Le Parrain, qu'il ne va pas chercher en personne, laissant la place à une Indienne qui profite de cette tribune pour protester contre le non-respect des droits de son peuple aux États-Unis.

Le Parrain, F. F. Coppola

Le Parrain, F. F. Coppola

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Adaptation du best-seller de Mario Puzo, Le Parrain (1972) de F. F. Coppola connaît un succès mondial en mêlant savamment histoire de la mafia et complexité des liens familiaux. Ici Al Pacino et Marlon Brando. 

Crédits : Jack Stager/ Paramount Pictures/ Album/ AKG-images

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Dans la dernière phase de sa carrière, Marlon Brando va tirer parti du statut mythique que ces deux films viennent de lui valoir. Il apparaît pour un salaire mirobolant, le temps de quelques minutes à l'écran, par exemple en militaire fou, dans Apocalypse Now ! (1979), de Francis F. Coppola, film construit « en creux » sur son absence. Il s'agit là de sa dernière composition réellement prestigieuse, où son maniement du monologue fait taire ceux qui ont longtemps moqué sa tendance à marmonner. Le goût de jouer, ou peut-être des nécessités plus terre à terre le sortent périodiquement de son isolement : il est tour à tour le père de Superman, dans la version Richard Donner, en 1978 ; l'avocat voué aux causes perdues dans Une saison blanche et sèche (A Dry White Season), d'Euzhan Palcy, en 1989 ; le savant fou dans L'Île du docteur Moreau (The Island of Dr. Moreau, 1996) de John Frankenheimer, incroyable numéro, au-delà du cabotinage, avec fond de teint blafard, yeux faits et voilette... Plus tristement, les feux se braquent sur lui après un tragique fait-divers qui mêle ses enfants à un meurtre. Mais la rareté de ses apparitions ne fait qu'accroître son statut de mythe. Il meurt le 1er juillet 2004, après une ultime apparition magistrale en malfrat obèse, tout de blanc vêtu, face à Robert De Niro dans The Score (2001) de Frank Oz.

Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen

Apocalypse Now, de F. F. Coppola, 1979 : M. Brando et M. Sheen

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La guerre comme un spectacle : cette formule trouve sa pleine vérité avec Apocalypse Now (1979), très libre adaptation de Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad, dont F.F. Coppola conserve surtout la dernière partie : la rencontre de Kurtz (interprété par Marlon Brando, ici, à gauche,... 

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On a dit de lui qu'il était l'acteur du siècle. S'il est difficile de l'affirmer, il est certain que, dans l'histoire de l'acteur au cinéma, il y aura eu un avant et un après Brando. Ce jeu, ineffablement élégant, même dans la rudesse, qui savait si bien manier les contraires, la grâce et la vulgarité, le masculin et le féminin, la sobriété et l'éclat, a obligé les acteurs qui l'ont suivi à travailler la complexité et les contradictions des personnages, là où, avant lui, on se contentait parfois d'un charisme de surface.

—  Christian VIVIANI

Bibliographie

P. Manso, Brando, la biographie non autorisée, Presses de la Cité, 1994

M. Brando & R. Lindsey, Les chansons que m'apprenait ma mère, Belfond, 1994.

Écrit par :

  • : historien du cinéma, maître de conférences à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, rédacteur à la revue Positif

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Pour citer l’article

Christian VIVIANI, « BRANDO MARLON - (1924-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 09 avril 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/marlon-brando/