MARGUERITE Ire (1353-1412) reine de Danemark, de Norvège et de Suède

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Reine de Danemark, de Norvège et de Suède, née en 1353 à Søborg (Danemark), morte le 28 octobre 1412 à Flensburg, dans le Schleswig-Holstein (auj. en Allemagne).

Fille du roi de Danemark Valdemar IV, Marguerite n'a que six ans lorsqu'elle est promise à Haakon VI, roi de Norvège et fils du roi Magnus Eriksson de Suède et de Norvège. Cette union est destinée à contrer d'une part les prétentions dynastiques aux trônes scandinaves des ducs de Mecklembourg et d'autre part des intrigues menées par certaines factions aristocratiques au sein des pays scandinaves. Elle semble compromise en 1360 lorsque la vieille rivalité entre Valdemar de Danemark et Magnus de Suède resurgit, mais les revers militaires et l'opposition de la noblesse suédoise forcent Magnus à suspendre les hostilités en 1363. Le mariage est célébré à Copenhague la même année.

Les aspirations d'Haakon à la couronne de Suède sont contrariées après sa défaite face à Albert de Mecklembourg, qui va régner sur le pays de 1364 à 1389. Haakon réussit cependant à conserver le trône de Norvège. Marguerite y éclipse rapidement son mari et exerce semble-t-il le pouvoir à sa place. Leur seul enfant, Olaf, naît en 1370.

À la mort de son père en 1375, Marguerite réussit à faire élire Olaf au trône danois en exerçant la régence, malgré les objections des prétendants de Mecklembourg. Après la mort d'Haakon en 1380, Marguerite devient régente de Norvège, scellant ainsi l'union entre le Danemark et la Norvège. Marguerite assoit et étend alors son pouvoir : en 1385, elle reprend à la Ligue hanséatique les comptoirs de la côte ouest de la Scanie et réussit à préserver pour un temps les frontières sud du Danemark par un accord avec les comtes de Holstein.

Marguerite et Olaf, qui atteint sa majorité en 1385, s'apprêtent à entrer en guerre contre Albert pour imposer leurs prétentions au trône suédois, mais Olaf meurt brusquement en 1387. Déployant tout son talent diplomatique, Marguerite consolide sa position : elle se fait proclamer reine de Norvège et de Danemark et, en l'absence d'héritier, adopte son petit-neveu, Éric de Poméranie, âgé de six ans. Elle s'unit alors aux nobles suédois, qui se sont insurgés contre leur roi impopulaire et qui la proclament souveraine de Suède à Dalaborg en 1388. Après avoir vaincu Albert en 1389, Marguerite le fait prisonnier et ne le libérera que six ans plus tard, une fois la paix conclue. Les partisans d'Albert, qui se sont alliés à des pirates de la Baltique, ne rendront Stockholm qu'en 1398.

Marguerite règne désormais de façon incontestée sur les trois États scandinaves. Son héritier, Éric, est proclamé roi héréditaire de Norvège en 1389 et élu roi de Danemark et de Suède (qui inclut la Finlande) en 1396. Il est couronné l'année suivante à Kalmar. La noblesse s'oppose à cette occasion au pouvoir de plus en plus absolu qu'exerce Marguerite. Cette contradiction apparaît entre l'acte de couronnement, qui procède de la monarchie héréditaire absolue, et l'acte d'union, lequel favorise une monarchie constitutionnelle élective. En 1397, l'Union de Kalmar, qui réunit officiellement les trois royaumes scandinaves, tranche en faveur de Marguerite et de l'absolutisme.

Malgré le couronnement d'Éric, Marguerite continue à régner en Scandinavie jusqu'à sa mort. Elle cherche à étendre un pouvoir royal fort et centralisé et encourage la croissance d'un État scandinave uni centré sur le Danemark. Elle parvient ainsi à éliminer l'opposition de la noblesse, à soumettre le conseil d'État et à consolider l'administration en multipliant les magistrats royaux. Afin d'assurer l'indépendance économique du royaume, elle lève de lourds impôts et confisque les biens et les terres de l'Église ne versant pas de taxe à la couronne. Cette politique ne suscitera aucune rébellion, preuve de la solidité du pouvoir de Marguerite et de ses talents diplomatiques. En mettant adroitement à profit ses relations avec le Saint-Siège, cette dernière réussit à renforcer son influence sur l'Église.

Marguerite est aussi habile en politique étrangère. Elle vise en premier lieu à bloquer l'expansion allemande dans le nord et à garantir, voire étendre, la frontière méridionale du Danemark, deux objectifs qu'elle atteint par la diplomatie. Un conflit armé éclate cependant avec les comtes de Holstein, au cours duquel Marguerite meurt subitement, en 1412.

Marguerite aura réussi à établir la paix dans ses royaumes mais aussi à maintenir son pouvoir contre les aspirations des princes allemands et la très puissante Ligue hanséatique. L'union des trois États scandinaves qu'elle instaure en 1397, cimentée par une monarchie forte, perdurera jusqu'en 1521, presque sans aucune interruption, tandis que le Danemark et la Norvège demeureront unis jusqu'en 1814.

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Lennart T. NORMAN, « MARGUERITE Ire (1353-1412) reine de Danemark, de Norvège et de Suède », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marguerite-ire/