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DURAS MARGUERITE (1914-1996)

Marguerite Duras

Marguerite Duras

Marguerite Duras est une figure majeure de la modernité littéraire de la seconde moitié du xxe siècle. Son œuvre, qui s’ouvre avec Les Impudents en 1943 et s’achève en 1996 avec La Mer écrite, publié quelques jours après sa mort, compte plus de soixante ouvrages. Elle a également réalisé dix-neuf films. « Écrivez. Ne faites que ça », lui avait dit Raymond Queneau après lecture du manuscrit qui deviendra Les Impudents. Elle ne fera que ça pendant plus de cinquante ans, et l’histoire de sa vie se confond avec celle de son œuvre : « Écrire, c’était la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée » (Écrire, 1993). Empruntant diverses voies, celle du roman, puis celles du théâtre, du cinéma et du journalisme, mais sans jamais quitter le texte ni l’écriture, elle trouve peu à peu cette voix si singulière, en marge de toute école, reconnaissable entre toutes et pour autant ouverte à la multiplicité des formes et des genres.

De Marguerite Donnadieu à Marguerite Duras

Marguerite Donnadieu naît le 4 avril 1914 à Gia Dinh en Cochinchine – l’actuel Vietnam – où ses parents sont enseignants. Deux garçons l’ont précédée : Pierre, en 1910, le « frère voyou », puis Paul, en 1911, le « petit frère » dont la figure adorée ressurgit avec force dans les œuvres des années 1980. Les différentes affectations du père, puis de la mère après la mort de ce dernier en 1921, mèneront la famille à Hanoï, à Phnom Penh au Cambodge, puis à Vinh Long et Sadec dans le delta du Mékong, au sud de Saigon. En 1927, la mère acquiert une concession au Cambodge, à Prey Nop, au bord du golfe de Siam (golfe de Thaïlande aujourd’hui), qui s’avère incultivable, régulièrement envahie par la mer. Après avoir obtenu son baccalauréat, Marguerite Donnadieu part en France en 1933, et ne reviendra plus jamais sur les terres de son enfance. Et cependant cette enfance indochinoise constitue le sédiment de l’œuvre : « Je suis complètement séparée de mon enfance. Et, dans tous mes livres, elle est là, dans tous mes films, l’enfance est là » (Les Yeux verts, 1980). Si l’enfance indochinoise ne cesse de traverser l’œuvre entière, affleurant plus ou moins explicitement au travers des motifs qui la composent – l’histoire familiale, « histoire commune de ruine et de mort » (L’Amant, 1984), l’épisode des barrages, les figures de la mendiante et d’Anne-Marie Stretter ou encore les paysages illimités, tout particulièrement ceux du fleuve et de la mer – elle constitue également un matériau romanesque à part entière dont l’écrivaine s’empare dès 1950 avec Un barrage contre le Pacifique. Ratant de peu le Goncourt, ce roman autobiographique ouvre la voie du cycle indochinois qui se poursuit en 1977 avec sa version théâtrale L’Éden Cinéma, puis avec L’Amant et L’Amant de la Chine du Nord (1991) ; s’y rattachent également deux nouvelles publiées en 1954, Des journées entières dans les arbres et Le Boa.

De retour en France, elle entame des études de droit à Paris, et rencontre Robert Antelme qu’elle épouse en 1939. Ils emménagent rue Saint-Benoît en 1942. Cette même année, le deuil la frappe doublement : celui de son enfant, mort à la naissance, et celui du « petit frère » à Saigon. En 1943, le couple Antelme entre dans le réseau de résistance dirigé par François Mitterrand. Robert Antelme est arrêté et déporté en 1944. Marguerite Duras évoque cette période douloureuse de l’attente et du retour des camps de son mari dans La Douleur (1985). L’année 1947 marque le divorce du couple Antelme et la naissance de Jean Mascolo, fils de Dionys Mascolo avec qui Marguerite Duras a une relation amoureuse depuis 1943. Les années 1940 ont également signé son entrée en littérature avec la publication des Impudents (1943), puis de La Vie tranquille[...]

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Écrit par

  • : maître de conférences en littérature française, université de Lorraine, Nancy

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Marguerite Duras

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Autres références

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    • Écrit par Guy BELZANE
    • 1 700 mots

    Un barrage contre le Pacifique est, après Les Impudents (1943)et La Vie tranquille (1944), le troisième roman de Marguerite Duras (1914-1996). Publié en juin 1950, le livre fait sensation et reçoit un accueil globalement favorable de la critique qui le compare volontiers aux romans américains à...

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  • L'ESPÈCE HUMAINE, Robert Antelme - Fiche de lecture

    • Écrit par Guy BELZANE
    • 1 600 mots

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