Abonnez-vous à Universalis pour 1 euro

MAISONS-LAFFITTE

Château de Maisons-Laffitte, Yvelines - crédits : Petr Kovalenkov/ Shutterstock

Château de Maisons-Laffitte, Yvelines

Bâtie dans un site exceptionnel à l'ouest de Paris, entre une boucle de la Seine et la forêt de Saint-Germain-en-Laye, la ville de Maisons-Laffitte (Yvelines) porte inscrits dans son nom double les deux gestes fondateurs de son identité : la construction du château de Maisons (1641-1668) par François Mansart pour René de Longueil, sur la route du château royal de Saint-Germain, et le lotissement du parc (1834-1844) par le banquier Jacques Laffitte, acquéreur de Maisons en 1818, sur la ligne de chemin de fer de Paris à Saint-Germain. Le premier offre une exceptionnelle leçon d'architecture, accomplissement de la nouvelle culture architecturale établie par Pierre Lescot et Philibert Delorme et aboutissement de la transformation du château français en maison de plaisance au centre d'une nature restructurée ; le second constitue la première « cité-jardin » française, laboratoire d'une société industrielle en mouvement qui cherche à la campagne un ressourcement libérateur.

Quelques rares documents permettent de suivre la métamorphose du domaine de Maisons, depuis le modeste manoir, bâti à la fin du xvie siècle en bord de Seine, à proximité d'un petit village de mariniers et de maraîchers, jusqu'à la superbe « maison », « l'une des merveilles de notre architecture française » selon Jacques-François Blondel, qui domine de ses terrasses, de ses balcons et de son belvédère trois jardins, cour et avant-cour, petit parc et grand parc, percés d'avenues rectilignes jusqu'à l'horizon. D'autres archives décrivent pour le xixe siècle la transformation en banlieue paysagère de ce terroir (érigé en marquisat en 1658 et racheté en 1777 par le comte d'Artois, frère du roi Louis XVI et futur Charles X).

Au tournant du xixe siècle, contrairement aux intentions de l'initiateur de la conversion du domaine aristocratique en colonie moderne, le lotissement, qui avait fait disparaître l'avant-cour, aurait emporté aussi le château sans une campagne de presse qui conduisit l'État à sauver ce joyau de l'architecture du Grand Siècle (trop tard hélas pour préserver son écrin de jardins et même sa plate-forme complète). Mais, si le lotissement est devenu ville à vocation hippique (en continuité avec l'ampleur des écuries et comme en écho aux goûts du comte d'Artois), il a su garder son caractère face à un tissu péri-urbain gangrené par la spéculation immobilière et rester ainsi un modèle d'urbanisme de villégiature en bord de ville.

Le château de Maisons, le chef-d'œuvre de François Mansart

Le château de Monsieur de Longueil

Issu d'une vieille famille parlementaire parisienne et veuf de son épouse Madeleine Boulenc de Crévecœur qui lui apporte par un faisceau d'héritages une fortune considérable, René de Longueil (1596-1677) se voit en position de rebâtir magnifiquement le manoir familial, dans l'espoir courtisan de retenir le souverain sur la route du château royal de Saint-Germain-en-Laye. Il s'adresse à François Mansart (1598-1666), qui s'était déjà illustré en bâtissant le château de Berny (1623-1627) au sud de Paris et un corps neuf au château de Blois (1635-1638). Le château de Maisons et son avant-cour s'élèvent de 1641 à 1650 face à la Seine, à côté de l'ancien manoir, qui disparaît pour faire place au second parterre latéral vers le village, mais l'accroissement du domaine, la clôture du parc et la construction des accès monumentaux vers la forêt et sur l'axe transversal se poursuivent jusqu'en 1668.

Le château est bâti au croisement de trois grands axes : le premier, longitudinal, de l'entrée du parc vers la forêt de Saint-Germain, jusqu'à la grande perspective d'arbres plantés de l'autre côté de la Seine vers Paris, traverse successivement l'avant-cour, la cour, le vestibule central[...]

La suite de cet article est accessible aux abonnés

  • Des contenus variés, complets et fiables
  • Accessible sur tous les écrans
  • Pas de publicité

Découvrez nos offres

Déjà abonné ? Se connecter

Écrit par

  • : chercheur à l'Inventaire général d'Île-de-France
  • : professeur d'histoire de l'art à l'université de Paris-IV-Sorbonne

Classification

Pour citer cet article

Sophie CUEILLE et Claude MIGNOT. MAISONS-LAFFITTE [en ligne]. In Encyclopædia Universalis. Disponible sur : (consulté le )

Article mis en ligne le et modifié le 14/03/2009

Média

Château de Maisons-Laffitte, Yvelines - crédits : Petr Kovalenkov/ Shutterstock

Château de Maisons-Laffitte, Yvelines

Autres références

  • CIVILE CLASSIQUE FRANÇAISE ARCHITECTURE

    • Écrit par
    • 1 119 mots
    • 1 média

    Alors que l'architecture religieuse de la France du xviie siècle suit, dans l'ensemble, les leçons que lui donnent les églises baroques d'outre-monts, l'architecture civile s'engage dans des voies différentes qui aboutissent à l'une des créations majeures de l'histoire de l'art : une ...

  • MANSART FRANÇOIS (1598-1666)

    • Écrit par
    • 2 790 mots
    René de Longueil, qui commanda le château de Maisons en 1642, se révéla le client le plus satisfaisant pour Mansart, car sa fortune augmenta prodigieusement tandis que les travaux étaient en cours, et ses premières exigences, en termes d'aménagement, n'étaient pas très grandes. Pour une fois, Mansart...