PAPE LYGIA (1929-2004)

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De l'abstraction géométrique au néo-concrétisme

L'art abstrait a été introduit en Amérique du Sud par Joaquín Torrès-García, qui revint à Montevideo après avoir côtoyé les avant-gardes européennes, de Mondrian au mouvement Abstraction-Création. Buenos Aires, Rio de Janeiro et São Paulo sont touchées à leur tour ; de grands artistes apparaissent, tels les Argentins Rhod Rothfuss ou Gyule Kosice, et des groupes se forment, comme en 1945 Arte Concreto-Invencíon et en 1946 Madí, avec Carmelo Arden Quin. Le lien avec l'Europe demeure, spécialement avec l'art concret zurichois, comme en témoigne, en 1950, une exposition décisive de Max Bill au Museu de Arte de São Paulo.

Mais, à la fin des années 1950, certains artistes estiment le moment venu de voler de leurs propres ailes : sept d'entre eux rédigent en 1957 le Manifesto neoconcreto, qui sera publié en 1959 et traduit en français dans la revue Robho en 1962. Lygia Pape, qui appartenait au Grupo Frente depuis 1954, est une des signataires, de même que Lygia Clark, autre figure majeure de l'art contemporain brésilien (1920-1988). Avec Amilcar de Castro, Ferreira Gullar, Franz Weissmann, Renaldo Jardim et Theo Spanudis, les deux Lygia reprochent à « l'abstraction concrète-rationaliste » d'avoir préféré l'exactitude de l'« œil-machine » à la sensibilité de l'« œil-corps ». Tous demandent aux formes géométriques d'être le véhicule de l'imagination.

Lygia Pape réalise avec Renaldo Jardim, en 1958, un premier Ballet neoconcreto pour des formes géométriques animées par des danseurs ; en 1960, elle participe à l'« Exposition internationale d'Art concret » à Zurich. Alors qu'elle s'était jusqu'alors consacrée à la gravure sur bois (série des Tecelares ou Textiles, 1955-1959), elle aborde le livre d'artiste (Livro da Criação ou Livre de la création, 1959), le film (elle sera une des cinéastes du cinema Nôvo brésilien) et la vidéo (La Nouvelle Création, 1967), passant du documentaire à l'expérimental, et créant aussi bien des sculptures en bois qu'un « livre-poème » qui associe xylographies et poèmes concrets.

De son compagnonnage avec Lygia Clark et surtout Hélio Oiticica, avec lequel elle organise, en 1968, l'exposition « Apocalipopótese » à Rio, Lygia Pape retire la conviction que l'art nouveau doit impliquer davantage le spectateur. C'est à lui qu'il revient de déchirer l'enveloppe de plastique coloré pour faire naître, dans Ovo (Œuf, 1967), des cubes en bois. Dans la performance Divisor (1968), des représentants des différentes communautés de Rio sont invités à passer leur tête par les ouvertures ménagées dans l'immense toile de 30 mètres de côté qui les rassemble. L'artiste s'intéresse à « la possibilité d'une œuvre sans auteur ». Elle utilise aussi des insectes (Caixa de formigas ou Caisse de fourmis, 1967), dans des œuvres qui sont autant de paraboles politiques contre la dictature militaire instituée au Brésil en 1964.

L'architecture – qu'elle enseigne de 1972 à 1985 à la Faculdade de Arquitetura Santa Úrsula, avant de rejoindre l'École des beaux-arts de Rio comme professeur de sémiotique de l'espace –, est pour Lygia Pape source d'inspiration et de combat. L'espace urbain, avec ses logos et ses objets de consommation (Eat Me, 1976), ainsi que l'architecture des favelas, deviennent les thèmes récurrents d'un art à mi-chemin du conceptuel et du corporel, où les sensations physiques, les effets de lumière et de transparence se mêlent à la critique des institutions et du pouvoir. En 1981, Lygia Pape obtient une bourse de la fondation Guggenheim à New York, avec un projet sur l'architecture des Indiens et des favelas au Brésil.

Celle qui se proclamait « fondamentalement anarchiste » avait une prédilection pour les matériaux organiques, éphémères (Cortina de maçãs ou Rideau de pommes, 1996). Articulant art populaire et création contemporaine, elle sut donner à voir dans ses installations l'actualité poignante du Brésil, comme le massacre d'une centaine de prisonniers dans un pénitencier (Carandiru, 2001). De l'exemple de Max Bill à l'expression d'un [...]

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Écrit par :

  • : professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-X-Nanterre

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Thierry DUFRÊNE, « PAPE LYGIA - (1929-2004) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 20 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/lygia-pape/