LITTÉRATURE & PSYCHANALYSE

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Relancer le désir indicible

Il reste un point que nous n'avons pas abordé, le plus délicat peut-être de tous ceux qu'il a fallu aborder pour faire le tour de ces problèmes. Celui en tout cas sur lequel on aura bientôt compris qu'aucun critique n'ose s'expliquer longuement. Celui de l'écriture critique même.

On sait quelles querelles – quelles ambitions de scientificité, quel éloge de l'impressionnisme, quelles accusations en retour d'élitisme ou de rabaissement – a suscitées depuis des années le souci de procéder dans les sciences de l'homme avec la même rigueur que dans les sciences exactes. On sait aussi que le public cultivé a eu du mal à accepter l'envahissement des belles-lettres par des « méthodes » de description et d'interprétation calquées sur les disciplines qui se vouaient à l'élaboration d'un savoir (linguistique, ethnologie, etc.). L'appellation de critique littéraire, une fois mises à l'écart les diverses spécialités de l'histoire littéraire, connote depuis toujours un art de l'essai, un goût et si possible un talent de bien écrire. Comme s'il était obscurément question de rivaliser avec l'art de la fiction et de la poésie. Surtout, parce qu'il était de toute nécessité de relayer des écrits pleins de suggestion par un commentaire lui-même suggestif : en contrepoint à un discours-Soleil, on désirait au moins un discours-Lune !

Laissant leurs embarras aux autres modes d'approche du texte, je ferai état pour terminer de ceci : pour la critique textanalytique, la qualité de l'écriture est une exigence à proprement parler théorique. Pour moi, les lecteurs sont d'emblée présents dans mon travail, nécessaires à l'interprétation, pris dans une stratégie d'écoute : sans eux, je dialoguerais avec mon texte, et chacun sait bien que le psychanalytique suppose une relation au minimum triangulaire. Si je suis seul avec le texte, je le regarde, il me contemple de ses yeux fantomatiques, et rien n'a lieu qui fasse effet de vérité inconsciente, rien ne peut se manifester, surgir e [...]


1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 12 pages

Écrit par :

  • : professeur de littérature française moderne et contemporaine à l'université de Paris-VIII-Saint-Denis

Classification

Autres références

«  LITTÉRATURE & PSYCHANALYSE  » est également traité dans :

AUTOBIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Daniel OSTER
  •  • 7 548 mots
  •  • 5 médias

Dans le chapitre « Autobiographie et psychanalyse »  : […] Au moment où l'autobiographe énoncerait le constat de son imaginaire réussite – je parle et je dis cela de moi –, la psychanalyse pourrait lui souffler : ce n'est pas toi qui parles, ou bien : tu parles d'autre chose que tu n'énonces pas, ou encore : tu énonces une chose dont pourtant tu ne parles pas. À l'égard de l'autobiographie, la psychanalyse est essentiellement suspicieuse. Dans Un souven […] Lire la suite

AUTOFICTION

  • Écrit par 
  • Jacques LECARME
  •  • 2 432 mots
  •  • 2 médias

Avec le début des années 1980, on a assisté à l'étonnante aventure d'un néologisme dont on ne sait encore s'il correspond à un nouveau genre littéraire ou à un effet spécial d'affichage, aussi séduisant que trompeur. En 1977, le mot fut inventé par Serge Doubrovsky pour qualifier son livre intitulé Fils, roman , glosé à l'intérieur du texte romanesque qui en raconte l'invention, mais aussi le jus […] Lire la suite

BACHELARD GASTON (1884-1962)

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques WUNENBURGER
  •  • 3 479 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Une exploration de l’imaginaire »  : […] Il reste que cette voie de la philosophie des sciences, qui a pris part aux controverses les plus fondamentales avant 1950, ne comble pas Bachelard. Encouragé par des collègues comme Gaston Roupnel, historien des campagnes françaises, à l’université de Dijon, il ne parvient plus à négliger dans son travail académique ce qui l'habite et l'anime en profondeur : l'imagination rêveuse au contact de la […] Lire la suite

BIOGRAPHIE

  • Écrit par 
  • Alain VIALA
  •  • 2 603 mots

Dans le chapitre « Un genre en division »  : […] Au fil du temps, la biographie a balancé entre la quête ontologique et la construction éthobiographique. On peut y distinguer selon ces mouvements cinq grandes phases, chacune ayant laissé des modèles qui restent actifs ensuite. Liée par ses origines à l'épitaphe et à l'éloge funèbre, la biographie a d'abord pris la voie de la vie des grands hommes, servant à enseigner la morale et l'histoire : a […] Lire la suite

CRÉATION LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Gilbert DURAND
  •  • 11 584 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre «  « Une histoire immortelle » »  : […] La création littéraire exalte en outre sinon le « héros », du moins le «  personnage ». La persona de l'actant littéraire peut aller du plus simple – le masque ou le costume obligé de l'emploi théâtral – au plus complexe, dans le roman psychologique ou dans l'épanchement lyrique de la poésie. Mais chaque fois s'opère une sélection des traits de personnalité, des situations et des actions des per […] Lire la suite

CRITIQUE LITTÉRAIRE

  • Écrit par 
  • Marc CERISUELO, 
  • Antoine COMPAGNON
  •  • 12 910 mots
  •  • 3 médias

Dans le chapitre « Sociologie et psychanalyse de la littérature »  : […] Taine rapportait l'individu à ses conditions sociales. Ce sera le principe du tout-venant de la critique marxiste, faisant de la littérature et de l'art un reflet de la situation économique, de la superstructure un décalque de l'infrastructure. De György Lukács à Lucien Goldmann, cette doctrine est devenue plus complexe, dès lors qu'elle a vu les sujets de la création dans les groupes et non plus […] Lire la suite

FOUS LITTÉRAIRES

  • Écrit par 
  • Jean-Jacques LECERCLE
  •  • 5 640 mots

Dans le chapitre « La psychanalyse à l'épreuve de la création »  : […] La principale version moderne de ce mythe est psychanalytique. C'est une version complexe et subtile, mais mythique néanmoins. On sait l'intérêt que portait Freud à la littérature. On sait aussi les rapports que sa pratique entretenait consciemment avec l'écriture littéraire : les récits de cas se lisent comme des romans, les grands complexes trouvent leur formulation première et exemplaire dans […] Lire la suite

AUTOBIOGRAPHIE, notion d'

  • Écrit par 
  • Alain BRUNN
  •  • 1 446 mots

Auto-bio-graphie : écriture de sa propre vie, écriture par soi de sa vie. Le terme est double : au sens large, est autobiographique toute écriture intime ; au sens étroit, l'autobiographie, distincte des Mémoires, du journal intime ou de l'autoportrait, est un genre parmi d'autres de l'écriture personnelle. Mais ce dernier a connu un succès immense, qui l'a conduit à annexer toute expression supp […] Lire la suite

IMAGINAIRE ET IMAGINATION

  • Écrit par 
  • Pierre KAUFMANN
  •  • 12 540 mots
  •  • 1 média

Dans le chapitre « Les mondes imaginaires »  : […] Mondes romanesques et cosmologies poétiques, mondes de théâtre ou de cinéma, nulle philosophie n'aurait aujourd'hui l'audace d'élargir à l'échelle de la curiosité, de la technique et de la création modernes l'effort déployé par les grands systèmes du xix e  siècle pour situer sous leurs catégories directrices les domaines fondamentaux de l'imaginaire. Simplement peut-on marquer les possibilités de […] Lire la suite

IMAGINATION (notions de base)

  • Écrit par 
  • Philippe GRANAROLO
  •  • 2 795 mots

Dans le chapitre « L’imaginaire plutôt que l’image »  : […] Cette continuité entre imagination et raison trouve une confirmation dans les recherches conduites par Gaston Bachelard (1884-1962) et par son disciple Gilbert Durand (1921-2012). Pour Bachelard, il existe une logique de l’imagination qui certes ne doit jamais se confondre avec une explication rationnelle des choses, mais qui est cependant l’opposé même d’un engendrement débridé. On peut s’en ren […] Lire la suite

Pour citer l’article

Jean BELLEMIN-NOEL, « LITTÉRATURE & PSYCHANALYSE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/litterature-et-psychanalyse/