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GRAND JEU LE

Trop souvent rattaché à un surréalisme alors à son apogée, le Grand Jeu va, entre 1927 et 1932, mener une recherche qui lui appartient en propre. Bien sûr, on ne peut nier une certaine parenté entre les jeunes gens à l'origine d'une revue appelée, en dépit de son existence éphémère, à figurer parmi les plus prestigieuses du xxe siècle, et les amis d'André Breton. Il reste que leur exigence métaphysique ne saurait se confondre avec l'immédiateté de l'action voulue par celui-ci. Le heurt qui les opposera est venu de leur vision radicalement différente de la révolte.

Naissance du groupe : du simplisme au Grand Jeu

Reims, 1922. Quatre lycéens (Robert Meyrat, Roger Gilbert-Lecomte, Roger Vailland et René Daumal), unis par de puissantes affinités mystiques, se regroupent en une fratrie : les « Phrères simplistes ». Rimbaldiens dans l'âme, ils entendent retrouver la simplicité de l'enfance, sa connaissance intuitive et spontanée. Même si les commentateurs divergent quant à la date de naissance du « simplisme », on tient là l'embryon du futur Grand Jeu. Quelques textes de Meyrat, Gilbert-Lecomte et Vailland avaient déjà paru l'année précédente dans Apollo, revue qu'ils avaient fondée et qui préfigure Le Grand Jeu. Mais c'est dans Le Pampre, dirigée par René Maublanc, professeur de philosophie à Reims, que se font les véritables débuts littéraires en 1923, année où commencent aussi les premières expériences visant à entrevoir l'au-delà, les confins de la vie et de la mort.

La cohésion du groupe va se trouver lézardée en 1925. Pierre Minet fait son entrée dans le groupe, tandis que Daumal et Vailland gagnent Paris afin de poursuivre leurs études. Resté à Reims, Gilbert-Lecomte entame des études de médecine qu'il abandonnera vite. Une riche période de rencontres successives s'ouvre : Maurice Henry, Artür Harfaux et, surtout, Léon Pierre-Quint, futur mécène du Grand Jeu. C'est lui qui mettra les simplistes en relation avec le poète tchèque Richard Weiner, ami de Rilke et de Kafka. Bouleversé par cette rencontre, Weiner s'empressera de présenter ses nouveaux amis au peintre Josef Šima : à l'évidence, son œuvre fait écho à leur réflexion. Mais le contrepoids de ces rencontres est l'éloignement progressif de Meyrat, qui supporte de plus en plus mal la « vie dissolue » de Gilbert-Lecomte : lorsque, en 1927, le Grand Jeu se substituera au simplisme, Meyrat s'éloignera.

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Écrit par

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Autres références

  • DAUMAL RENÉ (1908-1944)

    • Écrit par Patrick KRÉMER
    • 1 149 mots

    Né à Reims en 1908, fils d'un instituteur qui ne dédaignera pas la plume, René Daumal semble avoir été porté très jeune à une forme d'hermétisme dont son œuvre portera toujours la trace. Il pressent que l'essentiel est ailleurs, sans doute dans les univers parallèles qu'il...

  • GILBERT-LECOMTE ROGER (1907-1943)

    • Écrit par François POIRIÉ
    • 489 mots

    Né à Reims dans un milieu bourgeois, Roger Lecomte (il ne deviendra Roger Gilbert-Lecomte qu'en 1928 pour se démarquer d'un père incompréhensif et inflexible) rencontre pendant ses années de lycée Roger Vailland et René Daumal avec lesquels il crée, encore adolescent, la revue ...

  • HENRY MAURICE (1907-1984)

    • Écrit par Marc THIVOLET
    • 783 mots

    Le meilleur propagateur de l'esprit surréaliste par voie de presse fut sans doute Maurice Henry. André Breton n'a-t-il pas écrit, en 1946 : « L'idée-image surréaliste, dans toute sa fraîcheur originelle, pour moi continue à se découvrir en Maurice Henry chaque fois qu'un matin encore...

  • MAURICE HENRY, LA RÉVOLTE, LE RÊVE ET LE RIRE (N. Feuerhahn)

    • Écrit par Milovan STANIC
    • 1 092 mots

    Maurice Henry (1907-1984), authentique précurseur de l'humour nouveau qui se dessine à l'horizon avant la Seconde Guerre mondiale, fut peintre à ses heures ; il a également travaillé comme journaliste et critique d'art et de cinéma, il a illustré de nombreux ouvrages et inventé des objets surréalistes,...

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