LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE)La littérature chrétienne

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Les nouvelles sources d'inspiration

Malgré toute son importance, cette fidélité à la tradition latine classique n'est qu'un aspect mineur de la littérature latine chrétienne. La vie chrétienne, dans ses formes extérieures et intérieures, représente évidemment un fait nouveau qui introduit dans la littérature latine des thèmes, des problèmes, des sentiments jusqu'alors inconnus. L'enseignement chrétien s'appuie sur des textes sacrés, l'Ancien et le Nouveau Testament, originellement lus en grec par les chrétiens d'Occident, mais peu à peu traduits en latin en diverses régions et selon différentes versions. Ces textes sont actuellement en cours d'édition et de reconstitution sous le titre Vetus Latina, grâce au gigantesque travail entrepris à l'abbaye de Beuron. Ces traductions anonymes n'avaient aucune valeur littéraire, et elles rebutèrent souvent les lecteurs cultivés ; Augustin reconnaît que leur style ne pouvait supporter la comparaison avec la dignité cicéronienne. Mais, à ceux qui acceptaient par esprit de foi de les lire, elles apportaient un renouvellement très profond de l'inspiration. Elles offraient à l'Occident latin toute la richesse d'images de la poésie hébraïque et de nouvelles perspectives sur l'histoire universelle. Un enrichissement de l'imagination, du style, de la manière de penser en résulta. On peut dire que les Confessions d'Augustin, par exemple, doivent une partie de leur charme à l'utilisation continuelle du style et des images des Psaumes.

Le principe de la littérature latine a toujours été l'imitation originale des modèles grecs. L'écrivain latin considère habituellement que l'art consiste à refondre en les paraphrasant et en les adaptant des matériaux littéraires d'origine grecque. La littérature latine chrétienne reste fidèle à cette tradition. Si personnel qu'il soit, Tertullien utilise des modèles grecs chrétiens dans ses argumentations apologétiques ou théologiques. A partir de la fin du iiie et pendant tout le ive siècle, la grande source de la littérature latine chrétienne est Origène. Son influence commence à se manifester chez Victorin de Pettau, elle triomphe avec Hilaire de Poitiers, qui le traduit littéralement dans certains de ses commentaires sur les Psaumes, avec Ambroise de Milan, qui suit parfois assez servilement les commentaires d'Origène sur le Cantique des cantiques, sur les Psaumes, sur l'Évangile de Luc. A la fin du ive siècle, Rufin d'Aquilée et Jérôme traduisent un certain nombre d'œuvres d'Origène. C'est peut-être grâce aux traductions latines qu'une certaine influence du penseur alexandrin a pu s'exercer sur Augustin. Au ive siècle, on n'hésite pas à adapter rapidement pour le public latin les œuvres grecques contemporaines. Ambroise de Milan est passé maître dans ce genre d'emprunts : son Hexaméron est puisé dans un ouvrage du même nom écrit par Basile de Césarée, son traité De l'Esprit-Saint et son Apologie de David sont des traductions de Didyme d'Alexandrie.

Une autre source d'inspiration de la littérature latine chrétienne, à partir du ive siècle, est constituée par le néo-platonisme grec. Longtemps restée stagnante, la philosophie grecque avait repris un nouvel essor au iiie siècle avec Plotin : ses successeurs, Porphyre, Jamblique et, au ve siècle, Proclus, développèrent sa pensée d'une manière systématique en construisant des édifices spéculatifs, qui ont eu une très grande influence sur toute l'histoire de la pensée occidentale. Les premiers rapports entre écrivains chrétiens et néo-platoniciens avaient été profondément hostiles : on peut l'observer clairement chez Arnobe. En effet, le mouvement néo-platonicien fut toujours un mouvement de résistance au christianisme, comme le montrent bien les écrits Contre les chrétiens de Porphyre et de Julien. Mais progressivement, peut-être grâce aux modèles grecs chrétiens, on s'habitua à penser que la doctrine néo-platonicienne était proche du christianisme. Un néo-platonisme chrétien, inspiré de Plotin et de Porphyre, se développa à Rome, sous l'influence du rhéteur Marius Victorinus, et à Milan dans l'entourage d'Ambroise et de Simplicien. Ambroise n'hésita pas à traduire des morceaux entiers de Plotin dans ses homélies De Isaac, De bono mortis et De Jacob. On sait l'importance du rôle que ce néo-platonisme chrétien a joué dans la conversion et dans la formation d'Augustin.

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Saint Augustin, Botticelli

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Cicéron devant le Sénat, accusant Catilina de conjuration, C. Maccari

Cicéron devant le Sénat, accusant Catilina de conjuration, C. Maccari
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Saint Jérôme dans sa cellule, J. Van Eyck

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Pierre HADOT, « LATINES (LANGUE ET LITTÉRATURE) - La littérature chrétienne », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 02 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/latines-langue-et-litterature-la-litterature-chretienne/