BAER KARL ERNST VON (1792-1876)
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Karl Ernst von Baer est un naturaliste d’origine allemande, russe de facto, que l’on tient pour un des pionniers de l'embryologie moderne. Il fut en réalité bien plus que cela et, entre autres, naturaliste, entomologiste, géologue, géographe et explorateur des terres du nord de la Sibérie.
Né le 12 février 1792 en Estonie d'une famille noble dont le berceau est la région d’Osnabrück prussienne, Karl Ernst Ritter von Baer Edler von Huthorn étudie d’abord à Reval (Tallin) puis apprend la médecine à l'université impériale de Dorpat (actuellement Tartu), passe sa thèse en 1814, puis voyage durant trois ans (Vienne, Berlin) pour parfaire ses connaissances. En Allemagne (Würzburg), il rencontre Ignaz von Döllinger qui l'oriente vers l'anatomie comparée et dirige ses recherches sur le blastoderme du poulet. Sous l'influence de Karl Friedrich Burdach, professeur de physiologie à Koenigsberg, Baer devient prosecteur (médecin spécialisé dans les travaux pratiques d’anatomie et les dissections) à la faculté de cette ville (1817), puis professeur d'anatomie (1819) et de zoologie (1826) ; c'est dans cette ville qu'il parvient à des découvertes fondamentales pour une science toute neuve, l'embryologie. Il décrit la notochorde, les vésicules cérébrales, le tube neural formé de feuillets. En 1826, il corrige l'erreur de De Graaf en décelant la présence de l'ovule des mammifères à l'intérieur du follicule ovarien (De ovi mammalium et hominis genesi epistola, 1827) et montre que tout fœtus a pour origine un ovule. Dans Über die Entwickelungsgeschichte der Thiere (1828), il décrit le développement embryonnaire des vertébrés, de la fécondation de l'œuf à la naissance et consolide, un demi-siècle après C. F. Wolff, la théorie de l'épigenèse. Dans une espèce donnée, le développement de l'embryon se déroule toujours suivant le même plan. Considérant des espèces voisines, au sein d'une même famille, Baer établit la loi des ressemblances embryonnaires relatives aux vertébrés : « Je possède, écrit-il, conservés dans l'alcool, deux petits embryons dont j'ai omis d'inscrire le nom, et il me serait actuellement impossible de dire à quelle classe ils appartiennent. Ce sont peut-être des lézards, de petits oiseaux, ou de très jeunes mammifères, tellement la similitude du mode de formation de la tête et du tronc chez ces animaux est grande [...]. Les pattes des lézards et des mammifères, les ailes et les pattes des oiseaux, ainsi que les mains et les pieds de l'homme dérivent tous de la même forme fondamentale. » Ces observations, étendues au règne animal, le conduisent à grouper les animaux en quatre « types » de développement fondés sur la symétrie segmentaire, massive, périphérique ou radiale. Ces quatre modes de développement permettent de distinguer les quatre embranchements de Cuvier : vertébrés, annelés, mollusques, échinodermes. En outre, il établit une série de lois. Premièrement, au cours du développement embryonnaire, les « traits les plus généraux d'un grand groupe, écrit-il, apparaissent dans l'embryon avant les traits les plus spéciaux » ; ainsi au cours de son ontogenèse un oiseau est d'abord un vertébré. Deuxièmement, « les structures les moins générales naissent des plus générales ». Troisièmement, il n'est pas vrai que les embryons des animaux supérieurs passent par des stades au cours desquels ils ressemblent aux formes adultes d'animaux situés plus bas dans l'échelle de l'évolution. Il met en évidence le rôle du chorion, de l'amnios et de l'allantoïde du poulet et des mammifères. Après la publication par Darwin de L’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle (1859), il s'oppose – surtout sur la base de sa croyance en une[...]
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Écrit par
- Jacqueline BROSSOLLET : archiviste documentaliste à l'Institut Pasteur, Paris
- Encyclopædia Universalis : services rédactionnels de l'Encyclopædia Universalis
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Autres références
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EMBRYOLOGIE
- Écrit par Maurice PANIGEL , Josselyne SALAÜN , Denise SCHEIB et Jean SCHOWING
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...détermination du sexe viennent compléter ces découvertes et contribuent à approfondir les connaissances sur le développement des êtres. C'est à K. E. von Baer qu'on doit la théorie des feuillets germinatifs selon laquelle les parties de l'embryon se forment par différenciation successive de « feuillets... -
PANDER CHRISTIAN HEINRICH (1794-1865)
- Écrit par Stéphane SCHMITT
- 1 036 mots
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...et tout au long de leur vie), mais il évita prudemment d’entrer dans les détails. Cette description des feuillets embryonnaires fut reprise ensuite par von Baer, qui la généralisa à l’ensemble du monde animal en 1828 ; elle allait devenir ainsi le fondement de l’embryologie descriptive moderne.... -
PRÉFORMATION ET ÉPIGENÈSE
- Écrit par Maria Teresa MONTI
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...sans doute celui des œufs des mammifères, dont l’existence était admise de tous, mais que personne n’avait jamais vus. En 1827, le biologiste allemand Karl Ernst von Baer (1792-1876) isole et observe finalement à l’intérieur du follicule de De Graaf une formation ovulaire identique à celles qu’il trouve... -
SPENCER HERBERT (1820-1903)
- Écrit par Bernard VALADE
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C'est en rendant compte pour la Westminster Review de la troisième édition (1851) des Principles of Physiology General and Comparative de W. Carpenter que Spencer repéra l'énoncé de la loi de Baer et son application à la biologie animale ainsi qu'à la biologie végétale. « Ajoutée à ma réserve...
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