JEUJeu et rationalité

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Réalité, jeu et sacré

Pour Huizinga, « sous l'angle de la forme, on peut [...] définir le jeu comme une action libre, sentie comme fictive et située en dehors de la vie courante, capable néanmoins d'absorber totalement le joueur ; une action dénuée de tout intérêt matériel et de toute utilité ; qui s'accomplit en un temps et dans un espace expressément circonscrits, se déroule avec ordre selon des règles données et suscite dans la vie des relations de groupes s'entourant volontiers de mystère ou accentuant par le déguisement leur étrangeté vis-à-vis du monde habituel ».

De son côté, Caillois définit « essentiellement le jeu comme une activité libre : à laquelle le joueur ne saurait être obligé sans que le jeu perde aussitôt sa nature de divertissement attirant et joyeux ; séparée : circonscrite dans des limites d'espace et de temps précises et fixées à l'avance ; incertaine : dont le déroulement ne saurait être déterminé ni le résultat acquis préalablement, une certaine latitude dans la nécessité d'inventer étant obligatoirement laissée à l'initiative du joueur ; improductive : ne créant ni biens, ni richesse, ni élément nouveau d'aucune sorte ; et, sauf déplacement de propriété au sein du cercle des joueurs, aboutissant à une situation identique à celle du début de la partie ; réglée : soumise à des conventions qui suspendent les lois ordinaires et qui instaurent momentanément une législation nouvelle, qui seule compte ; fictive : accompagnée d'une conscience spécifique de réalité seconde ou de franche irréalité par rapport à la vie courante ».

Dans ces deux définitions, on peut noter que la zone du jeu se trouve prise, comme les limbes, entre l'enfer de la « réalité » soumise aux instincts et le paradis du sacré, du divin. Ainsi, pour ces auteurs, on échappe au jeu soit vers le bas (réalité, vie pratique), soit vers le haut (sacré, efficience divine), avec les implications morales que les termes haut, bas, sacré, réalité comportent, comme on a l'occasion de le noter.

Jeu et « réalité ordinaire »

Huizinga, par exemple, explique qu [...]


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Écrit par :

  • : licencié ès lettres, Ph. D., associate professor, Yale University, Connecticut, États-Unis

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Pour citer l’article

Jacques EHRMANN, « JEU - Jeu et rationalité », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 23 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jeu-jeu-et-rationalite/